mercredi 31 décembre 2008

Aéroports

Ces endroits ont ceci de déléctable lorsqu'ils confèrent à chacun la possibilité d'être soi-même, un autre possible. Celui que l'on croit ou que l'on veut voir: ici, un émissaire, là, un homme d'affaire qui attendrait entre deux avions, une femme vêtue d'une longue robe traditionnelle, noire et blanche zebrée, qui débarquerait d'un pays lointain. Aucune imposture n'est à priori envisagée à partir de cet horizon en partage, à l'étale de ces engins en cascade, puissants et bruyants prenant leur envol sur l'esplanade.

Au fond sur la cour, derrière les vitres, plane de longues autoroutes. Sur le tarmac noir et bleu mêlé de lignes jaunes et blanches traînent sur le sol des traces de kérozène et d'essence qu'un vent d'est rabat, peut-être l'alizée. Quel âge ont ces avions? Vers quel essor plongent-ils? Boeing, Airbus, que sais-je encore? Ces noms emportent avec eux vers l'azur des trainées de poudre, fleurons des hautes technologies, prouesses remplies d'orgueil, chairs à canon. Leurs épaules larges d'albatros soulèvent vers le front le poids lourd de leur carcasse et le succès de l'homme à s'élever contre lui-même.

Aucun étonnement à l'écoute d'une langue étrangère. Un nom soudain soulève un rêve à quelques lettres: l'évocation d'une ville, d'une destination splendide. Il se peut que ce soit l'hiver ou l'été non loin d'ici, à quelques heures de vol. L'écran d'affichage annonce les destinations d'Istanbul, Cordoue, Delphes, Ispahan... Rien que des mots où les temples et les palais cheminent vers l'acropole, et de là naissant: de belles phrases, des voiles, à défaut de ces ailes métalliques, emprunts de sables et de ciels divers dont le vent chargé d'histoire frémirait chaudement.

Seul bémol au tableau de ces lieux décharnés, ancrés dans l'occident, presque inhabités, c'est évidemment le cadre sécuritaire qui hante l'aéroport. Depuis l'entrée gardée par une escorte militaire jusqu'aux douaniers aux chemises blanches, aux mains neutres, gantées de talc et de plastique. Ces grands rethors connus pour leur philantropie et leur goût de l'ailleurs, derniers cerbères avant l'ultime porte et la délivrance.

Mon café a ceci d'exotique et je ne peux m'empêcher de penser à ces gens, témoins ordinaires de ce va-et-vient incessant, personnel de l'aéroport: au café, au contrôle, à l'enregistrement, ceux qui côtoient chaque jour de nouveaux voyageurs. Ne sont-ils pas frustrés devant ce peuple inventé et toujours différent ? A peine assistent-ils à quelques larmes, aux derniers souvenirs, aux déchirements du départ et la précipitation des derniers instants ou des retrouvailles. Leur clientèle est d'ailleurs, sans cesse renouvelée, sans fidélité, aux sourires de convenance et de circonstance, joies des départs, tristesses... Leur mémoire est de rejet, sans repères, distant à l'évidence. Il n'y a qu'à considérer la qualité du mobilier qui habite ces murs. Ces fauteuils intacts, fades, immobiles, plantés dans le présent de ces lieux, comme suspendus devant les baies vitrées, devant le spectacle qui se déroule en bas sous nos yeux puis l'horizon. La moquette bleue-grise, les escalators, le métal et le verre des édifices asceptisés semblables à nos banques ou nos assurances et centre commerciaux. Un garçon de café prend en photo un groupe attablé dans la salle du restaurant. Ces gens sont-ils seulement présents ou simplement envahis, dépassés par le rêve, l'illusion du voyage qui se loge là derrière eux sur la scène qui les cueillera peut-être un jour?

Il me semble que ce sont des fantômes, qu'ils ont été volés depuis longtemps par les lieux.

samedi 27 décembre 2008

Poésie sur le thème de la crise

Laissons nos craintes au dehors

Nos remords

Et l'époque
au suspens de ce monde

Aveuglé par la nuit

Les questions qui submergent l'hiver
que la pluie charrie et le vent plonge vers l'amertume

Les résolutions du silence.

"Il vaut mieux se taire ou ne rien dire encore"

Mais la question demeure:
Comment s'abstraire de ce jeu? Quand s'arrêtera la crise? Par quelle porte dérobée finiront l'hiver et le vent?

L'éclat des froides étoiles et cette lune blafarde ont semé leur poussière
Un parterre d'atomes. Une histoire insolite.

Aucun mot n'épuiserait le sujet, aucune élucubration géniale ou théorie sublime
Ne saurait

Ce monde est condamné

Les avenues à la ronde penchent comme abasourdies, illuminées par moments,

L'hystérie de ces mouvements de foules

Au devant la ville s'évapore dans un parfum d'ambre marine
Le temps d'un songe aux lumières de Décembre

Au-dessus le ciel gronde et montre
Sa gueule noire de monde et de cris inaudibles,

Le chant de la misère
De petits enfants perchés sur le seuil du temple
Les creux gargouillis de la boue, les cris de l'an Neuf
La prophétie d'un jour ou d'un alcool insolite qui épancherait l'oubli

Absurdités
Ce monde impossible est lointain

mardi 23 décembre 2008

Le monde du Meshugah

consommer devient, à l'approche des fêtes de fin d'année, un acte citoyen

Le monde du Meshugah

la brume resserre l'espace déjà plombé, atrophié, amputé de sa part verticale, "sur la tête de ma mère, il part à 59", l'église délivrait ceux et celles venus assister à l'enterrement : une grosse femme réagissait sur le peu de monde et exigeait de son fils de ne pas faire les cons; sur la mer calme, proche des plages de Portez et de Porsmilin, un cargo, feux maintenant allumés car la fin du jour approchait, avait jeté l'ancre, et sous le vent et la houle légère dérivait circulairement à son point d'attache, un navire des douanes, sur la coque duquel le liseré rouge nettement ne trompait personne, lentement et sagement et prudemment et silencieusement, s'en approchait, curieusement, près de ce mastodonte en arrêt et de cette frégate militaire sur zone, une frêle esquif, un zodiac, sorti de l'antre du monstre, évoluait à ras des flots, et, aussi petit qu'une fourmi, presque invisible, ne cassait de tourner autour d'eux,

samedi 20 décembre 2008

Le monde du Meshugah

dans ses petits souliers le pays replonge dans la crise politique sous la pression Astiz reste en prison il reçoit une décharge de taser et meurt peu après à l'hôpital "gorge profonde" est décédé fin de trêve entre le Hamas et Israël le choléra continue de semer la mort le bus à impériale de retour en version écolo l'institut français d'Athènes pris pour cible d'abord urbaine un expert "un choix de société" des services municipaux branchés les facteurs tentent l'aventure perquisition chez Julien Dray 150 000 emplois escomptés FO appelle tous les salariés à se mettre en grève le 29 janvier actions prévues le 8 janvier Yannick Jadot tête de liste du rassemblement europe-écologie dans l'Ouest Lemétayer candidat? un juge ordonne la remise en liberté de Coupat enquêtes préléminaires le sénat augmente la redevance TV quatre mois pour revoir la copie attention, vous êtes tracés! des spectacles à couper le souffle! la capitale n'est pas épargnée la famille porte plainte deux femmes tuées à l'arme blanche de la prison...à la galère accord sur les quotas 2009 de la recette familiale à la success story 13 milliards de dollars pour redémarer première perte d'exploitation de son histoire premier conseil d'administration naissance de Roudfenn Grafik le meccano industriel de l'Elysée quatorze ans de réclusion pour des viols sur sa belle-fille des mineurs mis en cause dans l'incendie d'une boulangerie l'ex-préfet Frémont de retour à Quimper un jeune étudiant décède à Lannion l'UMP vote le budget de la gauche l'internaute fait appel création en vue l'inégibilité de Philippe Paul demandée une charte pour améliorer la disponibilité "maltraitance institutionnelle" précautions d'usage aux manettes d'un sous-marin retards de salaires inquiétants tabernacle! c'est déjà la noël les deux prévenus relaxés encore moins de brestois en 2009? noël avant l'heure les rendez-vous du week-end entre rêves et désillusions musique aujourd'hui tendance folk à Bellevue médiavolo à Pontanézen musiques du monde à saint-Pierre concert de Noël des petits à l'auditorium concert des Groove Boys à kérinou concert à Portsall demain concert au Black Label Café concert de Noël à Saint-Renan ensemble choral du Bout du Monde à Lanildut sur les planches aujourd'hui comédie musicale au Quartz "le silence des communistes" au Quartz danse et musique de Géorgie à Plougonvelin match d'impro à la salle Saint-Louis demain la nuit la plus longue de l'année au Relecq-Kerhuon marionnettes à la mairie Michel Aumont dans "Tartuffe", faculté Segalen Ar-vro-Bragan à Plougerneau festival "Théâtre A Tout Age" à Plouguerneau Noël (et Brest) au Québec contes, films et documentaires The Enchanted Wood et pOOr bOy à Bellevue animations de Noël aujourd'hui fête de Noël pour les enfants de Bellevue invasion de lutins à Plouvien exposition de crèches de Noël à Porspoder marché de Noël à Daoulas marionnettes de Noël à Plouguerneau "les mystères de la Nativité" à Plouguerneau et aussi aujourd'hui Lunapark au parc de Penfeld VTT et BMX : festival Houpala à Lesneven surf : challenge "Tomahawk Classic" à Landunvez demain VTT et BMX indoor à Lesneven Lunapark au parc de Penfeld les Pères Noël motards brestois l'hiver 2008 se fête aujourd'hui et demain soutien au Caravansérail le braqueur présumé du "Flash" entendu pour d'autres faits une piétonne renversée par une automobile place de la Liberté fuite de gazole : un Brestois accidenté à Cast menaces sur conjointe : les deux hommes devant le tribunal un motard blessé au rond-point de Kergleuz blessé dans une chute de scooter entre Brest et Guilers BMO et les ferrailleurs animaux recueillis le gel de l'aide personnalisée votée l'autre gauche appelle à manifester à Quimper hôpitaux en danger : mobilisation nouvelles craintes sur la population en bref : prestations subventions, rémunérations... les fontaines allumées demain AE2D écrit à la chambre de commerce 4000 euros remis par les Fêlés de l'orthographe "Pour que Noël n'oublie personne" ASSEDIC Charleville-Mézières joue à Cerdan ce soir volley-ball marchés non-sédentaires des halles saint-Louis et Saint-Martin. Dojo brestois. Programme chargé durant les fêtes. Formation. Les bons tuyaux d'Arénicole. Ecole Notre-Dame des Carmes. Le concert de Noël des élèves Sanquer. Equipe 2 de tennis de table. C'est la départementale. Pilier Rouge. Marionnettes. Le théâtre du patro fait un tabac chez les jeunes Pen-ar-Créac'h centre social. Les meubles en carton ont la cote Kerinou ferme jestin : stages de sophrologie Quartier de l'Europe Meunier SA. Vingt nouveaux médaillés. Saint-Marc Petit-Paris. Le groupe scolaire en fête. Kerisbian. Des élèves initiés à l'équitation. Foyer laïque. L'AS brestoise remporte le tournoi en salle. Brest 2-Bellevue. PL Bergot. Jeunes comédiens recherchés à la section de théâtre. Albatros. Le Père Noël a débarqué sur la glace. Saint-Pierre. PL Le Gouill. Belle vitalité de l'activité marche. cavale blanche. jeunes diabétiques. Le foot au secours de la prévention. Ronarc'h. Les lycéens s'informent sur les études. Lambézellec. Kermaria. Résidants et écoliers réunis pour fêter Noël. Recouvrance. Ecole de Quéliverzan. Une opération en faveur du Bénin. Quatre-Moulins. Notre-Dame de Kerbonne. Le Père-Noël gâte les petits. Plouzané. Parti socialiste. Yves Quéméneur nouveau secrétaire de section. Anita Conti et Rased. Une réponse à Yves Du Buit. A savoir. Urbanisme : dénomination de voies pour les nouveaux quartiers.

vendredi 19 décembre 2008

Le monde du Meshugah

brume aux confins des eaux assoupies de la rade, aux côtes qui s'y ombrent au près, l'estran faisait moirer la solitude des flaques décelées, sous un ciel bleu imberbe, sa voix subitement devint inaudible au point de lui, jeune fille incroyablement mince, aux longs et libres cheveux blonds chutant en cascade sur sa taille de guêpe, escarpins blancs à talons, jupe noire, longue et droite aux complexes coutures, un gracieux gilet blanc électrisant ses courbes allégées de flanelle et de coton nacré, révéler les dessous des précédents métiers des chauffeurs de bus, au voisinage de la librairie Dialogues une vaste boutique profonde et creuse, vide de clients, de chaussures, qui s'y exposent en petit nombre telles des oeuvres d'art en des galeries contemporaines ayant pignon sur rue ou pas, de façon Champs-Elysées, de luxe, s'est créée, une jeune femme oisive, seule, ennuyée, tête dans la main, se livrait à de solides et compliquées, et inutiles peut-être, études sur son ordinateur portable, une unique étoile apparaît Sud-Ouest, orangeraie globuleux des lampadaires le long des routes où serpentent rouges et blancs les phares obéissants et entêtants et bipolaires et nécessaires à la nuit tombante de violet,

mercredi 17 décembre 2008

A partir des tableaux de Marc Chagall

Il faut tenter l'acte poétique, entendre les silences et l'éphémère, reprendre l'oralité à son compte, étendre le chant de la prose à l'éternité. De la musique. Violons, cuivres, clarinettes, cors et tubas. Au dehors joue la fanfare hallucinée du Meshugé. Des étoiles et le ciel larmoyant de splendides bleutés. Dans la pénombre d'une nuit monte les notes d'un violon, pour les fiancailles des amants exilés, nostalgique de la vieille Russie. Dans une ronde dansent les animaux de Léautaud, les cris et les joies de l'Arche de Noé, le monde sauvé par l'éclat des couleurs. La barbe rouge d'un homme délesté de mots, une grimace de clown à la place du visage, un oeil clos, l'autre hagard, regarde autant qu'il se donne en spectacle. Voici les failles, l'ivresse des sens d'un monde enfin délivré. Nature rêveuse sans cesse renouvelée par ces lumières vives. L'oubli et le festin de jadis, les flammes de la mémoire, fleurissent et brillent dans le ciel, sous le sceau de l'éternelle inconnue. Un enfant bercé par une femme inconsolable.
Le temple de Marc Chagall.

Les oiseaux de passage

C'est une cour carrée et qui n'a rien d'étrange :
Sur les flancs, l'écurie et l'étable au toit bas ;
Ici près, la maison ; là-bas, au fond, la grange
Sous son chapeau de chaume et sa jupe en plâtras.

Le bac, où les chevaux au retour viendront boire,
Dans sa berge de bois est immobile et dort.
Tout plaqué de soleil, le purin à l'eau noire
Luit le long du fumier gras et pailleté d'or.

Loin de l'endroit humide où gît la couche grasse,
Au milieu de la cour, où le crottin plus sec
Riche de grains d'avoine en poussière s'entasse,
La poule l'éparpille à coups d'ongle et de bec.

Plus haut, entre les deux brancards d'une charrette,
Un gros coq satisfait, gavé d'aise, assoupi,
Hérissé, l'œil mi-clos recouvert par la crête,
Ainsi qu'une couveuse en boule est accroupi.

Des canards hébétés voguent, l'oeil en extase.
On dirait des rêveurs, quand, soudain s'arrêtant,
Pour chercher leur pâture au plus vert de la vase
Ils crèvent d'un plongeon les moires de l'étang.

Sur le faîte du toit, dont les grises ardoises
Montrent dans le soleil leurs écailles d'argent,
Des pigeons violets aux reflets de turquoises
De roucoulements sourds gonflent leur col changeant.

Leur ventre bien lustré, dont la plume est plus sombre,
Fait tantôt de l'ébène et tantôt de l'émail,
Et leurs pattes, qui sont rouges parmi cette ombre,
Semblent sur du velours des branches de corail.

Au bout du clos, bien loin, on voit paître les oies,
Et vaguer les dindons noirs comme des huissiers.
Oh ! qui pourra chanter vos bonheurs et vos joies,
Rentiers, faiseurs de lards, philistins, épiciers ?

Oh ! vie heureuse des bourgeois ! Qu'avril bourgeonne
Ou que décembre gèle, ils sont fiers et contents.
Ce pigeon est aimé trois jours par sa pigeonne ;
Ca lui suffit, il sait que l'amour n'a qu'un temps.

Ce dindon a toujours béni sa destinée.
Et quand vient le moment de mourir il faut voir
Cette jeune oie en pleurs : " C'est là que je suis née ;
Je meurs près de ma mère et j'ai fait mon devoir. "

Elle a fait son devoir ! C'est à dire que oncque 
Elle n'eut de souhait impossible, elle n'eut
Aucun rêve de lune, aucun désir de jonque
L'emportant sans rameurs sur un fleuve inconnu.

Elle ne sentit pas lui courir sous la plume
De ces grands souffles fous qu'on a dans le sommeil,
pour aller voir la nuit comment le ciel s'allume
Et mourir au matin sur le coeur du soleil.

Et tous sont ainsi faits ! Vivre la même vie
Toujours pour ces gens-là cela n'est point hideux
Ce canard n'a qu'un bec, et n'eut jamais envie
Ou de n'en plus avoir ou bien d'en avoir deux.

Aussi, comme leur vie est douce, bonne et grasse !
Qu'ils sont patriarcaux, béats, vermillonnés,
Cinq pour cent ! Quel bonheur de dormir dans sa crasse,
De ne pas voir plus loin que le bout de son nez !

N'avoir aucun besoin de baiser sur les lèvres,
Et, loin des songes vains, loin des soucis cuisants,
Posséder pour tout cœur un viscère sans fièvres,
Un coucou régulier et garanti dix ans !

Oh ! les gens bienheureux !... Tout à coup, dans l'espace,
Si haut qu'il semble aller lentement, un grand vol
En forme de triangle arrive, plane et passe.
Où vont-ils ? Qui sont-ils ? Comme ils sont loin du sol !

Les pigeons, le bec droit, poussent un cri de flûte
Qui brise les soupirs de leur col redressé,
Et sautent dans le vide avec une culbute.
Les dindons d'une voix tremblotante ont gloussé.

Les poules picorant ont relevé la tête.
Le coq, droit sur l'ergot, les deux ailes pendant,
Clignant de l'œil en l'air et secouant la crête,
Vers les hauts pèlerins pousse un appel strident.

Qu'est-ce que vous avez, bourgeois ? soyez donc calmes.
Pourquoi les appeler, sot ? Ils n'entendront pas.
Et d'ailleurs, eux qui vont vers le pays des palmes,
Crois-tu que ton fumier ait pour eux des appas ?

Regardez-les passer ! Eux, ce sont les sauvages.
Ils vont où leur désir le veut, par-dessus monts,
Et bois, et mers, et vents, et loin des esclavages.
L'air qu'ils boivent feraient éclater vos poumons.

Regardez-les ! Avant d'atteindre sa chimère,
Plus d'un, l'aile rompue et du sang plein les yeux,
Mourra. Ces pauvres gens ont aussi femme et mère,
Et savent les aimer aussi bien que vous, mieux.

Pour choyer cette femme et nourrir cette mère,
Ils pouvaient devenir volaille comme vous.
Mais ils sont avant tout les fils de la chimère,
Des assoiffés d'azur, des poètes, des fous.

Ils sont maigres, meurtris, las, harassés. Qu'importe !
Là-haut chante pour eux un mystère profond.
A l'haleine du vent inconnu qui les porte
Ils ont ouvert sans peur leurs deux ailes. Ils vont.

La bise contre leur poitrail siffle avec rage.
L'averse les inonde et pèse sur leur dos.
Eux, dévorent l'abîme et chevauchent l'orage.
Ils vont, loin de la terre, au dessus des badauds.

Ils vont, par l'étendue ample, rois de l'espace.
Là-bas, ils trouveront de l'amour, du nouveau.
Là-bas, un bon soleil chauffera leur carcasse
Et fera se gonfler leur cœur et leur cerveau.

Là-bas, c'est le pays de l'étrange et du rêve,
C'est l'horizon perdu par delà les sommets,
C'est le bleu paradis, c'est la lointaine grève
Où votre espoir banal n'abordera jamais.

Regardez-les, vieux coq, jeune oie édifiante !
Rien de vous ne pourra monter aussi haut qu'eux.
Et le peu qui viendra d'eux à vous, c'est leur fiente.
Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux.

Jean Richepin

Le monde du Meshugah

vaste ciel pure et lumineux, insensé et doux, lisse et profond, quelques nuages blancs s'y sont un temps promenés mais maintenant il n'en demeure plus, le soleil se couche, l'horizon à l'Ouest s'incendie, le saint Château s'auréole d'or, les employés municipaux binaient avec rapidité et expérience et résultat les bordures de fleurs et constataient la friabilité de la terre noire, deux jeunes gens en apprentissage se faisaient gentiment interroger par leurs sympathiques et comiques tuteurs, sur le nom de telle plante, la qualité du binage était évaluée, les plafonds de la bibliothèque saint-Martin plombés d'eau s'écroulent, ceux de Lambézellec fuient, dus à des défauts de réalisation, récemment réalisées pourtant elles sont en procès contre ces entreprises du BTP qui se renvoient la balle entre fournisseurs, main d'oeuvre... nuages bouffants gris-bleu, pincée de rose en ce ciel bleu nuit, lointains orangés, traces de violet, des caisses de macarons de tous les goûts, de toutes les couleurs, passaient de main en main de bras en bras, le vernissage de l'exposition Saint-Pol-Roux avait lieu,

Notes prises lors d'une soutenance de thèse

Vieille, ébouriffée, les cheveux blancs, roux et blonds, vêtue d'un tailleur gris, de petites lunettes lui tombent sur le nez comme une ancre austère qui pose et souligne la gravité de ce monde. Tête baissée, déclinant quelquefois un bref hochement, elle se réserve, tout à son jeu théâtral: elle écoute, absorbe l'absence en recourant à l'objet, ces lunettes noires qu'elle abandonne ou chausse comme une ponctuation, un trait diacritique, une virgule.

Puis vient son tour de chant, elle se déploie sans doute, partant de la raison, décollant du sol, de la table où trône les volumes de cette fameuse thèse, de ce replis derrière les barriquades, aucun signe jusqu'alors n'était allé vers l'étudiante. Elle regarde enfin la coupable entamant dans le même temps quelques gammes d'orateurs, des phrases de grimoires de lignées professorales, de vieilles femmes. Elle élève la voix vers un point inaudible, bien au-dessus de la mêlée, sordide, noire, qu'elle estime probablement aveugle. Elle "réfute", "critique", "reproche", "note", "remarque", "reprend", autant de verbes performatifs qui puisent dans l'autorité le miroir de Narcisse. "Des manques et des absences figurent dans ce travail" et son orgueil de tragédienne est touché: ses écrits n'apparaissent pas dans la bibliographie... Le travail et le temps apparaissent sans mesure, en-deça des sphères insondables du savoir. Mais qui sont ces juges et quel est ce jeu, le sens étrange de ce rituel?

Il semble que le jury naisse ainsi, dans un rapport de domination, face à ses semblables et devant l'élève ou le novice à travers la pertinence de ses remarques et le nombre de ses critiques. La voix prend ainsi son envol et la jouissance de l'être supérieur, jeté tel un phoenix, à ce ton croissant dans l'espace, dans la vibrante mesure du savoir et de la prophétie, selon l'altitude vertigineuse de l'inventaire et l'assurance grave de ce corps tourné vers la foule avec l'approbation, le regard tendre et complice des autres sexagénaires.

mardi 16 décembre 2008

Le monde du Meshugah

le ciel s'est maintenant voilé, une brume suave et délicate, surprenante, presque imperceptible, ou bien n'est-ce que l'air du soir plus frais qui développe ainsi que les prémisses fausses un raisonnement hasardeux cette incertaine impression, avant-garde ou marche du voilement nocturne, épaissit subrepticement, comme à la dérobée, l'espace, la gelée matinale blanchissait les toits et le givre s'était déposée sur les vitres des voitures, à l'arrière-ban serein moineaux, mésanges, merles, grives et, giclant comme une tape sur l'épaule, le vol à tire d'ailes épaisses et claquantes, qui, soudain, brisa la tranquillité de l'air, d'une tourterelle peut-être fâchée, en tout les cas pressée, c'est au Passage Fleuriot de (la barre de la lettre "d" est effacée, grattée dans sa partie supérieure, et cette quatrième lettre de l'alphabet atrophiée, scalpée, décapitée, décoiffée tire la tronche en "o") Langle que la vaste tente chauffée aux bandes grises, blanches et vertes de Dialogues, qui bruisse de tant de passage, a été plantée, une grappe humaine patientait calmement devant les établis de planches posées comme à l'entrée d'une ruche, l'air est sec et doux, près du centre de torture Physic Form sarl, à la lettre "y" bleue coiffée d'un point blanc, deux bras levés en signe de victoire et d'effort et de souplesse, aux étoiles bleues croissant et décroissant au rythme d'un cardio-training, des cris comme des croassements ce sont les injonctions féroces d'une voix féminine qui s'envolent des fenêtres, souvent embuées, ouvertes desquelles apparaissent de sombres machines, des silhouettes en cadence, des corps en action, comme les motards de la police nationale qui, en bas de ces salles de torture, venait d'arraisonner sur le trottoir un véhicule fautif et, descendus de leurs machines, vérifiaient la carte grise et autres papiers administratifs, sautillent, volent, batifolent et glissent, piquent les branches du pommier,

samedi 13 décembre 2008

Le monde du Meshugah

torrents et cascades formés par les pluies diluviennes du concert nocturne de la nature au sortir de son marathon atlantique et qui, au petit matin, déshydratée, essorée, comateuse, en reprise de souffle, épuisée, semble s'être plongée sous une couette bleue, l'air d'un opéra célèbre était diffusé à la radio du bus numéro 28 de 20 heures 12, crise de l'intégration à la française ce matin sur France Culture, d'Asie la grippe aviaire réentonne son couplet et les poulets sont derechef éliminés... les crises s'égrènent et se psalmodient comme un chapelet mais une relance est promise, créée et élevée à la dignité d'une vérité effective_ un ministère, un avocat et une majuscule y suffiraient; viennent de fleurir quelques timides primevères communes ou Primula vulgaris, curieux éclats d'un doux jaune pâle sous la haie vert sombre, pigeons et choucas de concert quêtaient de leur bec, sans transiger de leur effort, du talus et de l'amas de feuilles qui tel un plaid lui couvre les pieds, leur pitance en vers ou lombrics ou limaces ou araignées ou larves en tout genre,

vendredi 12 décembre 2008

Un hêtre

Il se pouvait que rien n'arrivât, ni personne. L'avenue ne conduirait nulle part. L'hiver déploierait sa solitude glaciale et limpide. Plus tard, dans un avenir incertain mais prévisible, la neige commencerait à fondre. Des ruisseaux, de l'eau vive partout dans la forêt. Le bois travaillerait, la terre aussi, les sèves, les germes. Un jour ce serait vert. Viride même, foisonnant. Il y a un mot pour cela: le printemps. Alors, sur sa gauche, dans cette sorte d'éternité neigeuse, il voyait l'arbre. Au-delà du talus, de la rangée de la longue théorie de colonnes hiératiques, il y avait un arbre. Un hêtre, sans doute. Il supposait, tout au moins. ça en avait tout l'air. Détaché de la masse confuse des hêtres, au milieu d'un espace dégagé, somptueusement solitaire. L'arbre qui empêchait de voir la forêt, qui sait? Le hêtre suprême. Il faisait trois pas de côté, il se trouvait très drôle. Il soupçonnait pourtant que ce n'était pas de lui, qu'il ne venait pas d'inventer. Non, sans doute: une réminiscence littéraire. Il souriait, fisait encore quelques pas de côté. Il semblait bien qu'il allait traverser l'avenue, sans préméditation, selon une marche oblique. Il ne se souvenait d'aucun autre arbre. Il n'y avait aucune nostagie d ans sa curiosité. Pas de souvenir enfantin, pour une fois, surgi dans un remous de sang. Il n'essayait pas de retrouver quelque chose d'inaccessible, une impression d'autrefois. Pas de bonheur ancien, nourrissant celui-ci. Juste la beauté d'un arbre, dont le nom même, supposé, vraisemblable, n'avait aucune importance. Un hêtre, sans doute. Tout aussi bien un chêne, un sycomore, un saule pleureur, un bouleau blanc, un frêne, un tremble, un cèdre, un tamaris. La neige et le tamaris pourtant, ça n'avait pas de sens. Il disait n'importe quoi. Emporté par l'alégresse, en somme. Un arbre, c'est tout, dans sa splendeur immédiate, dans l'immobilité transparente du présent. Il avait franchi le talus, il marchait dans la neige molle, immaculée. L'arbre était là, à portée de la main. L'arbre était réel, on pouvait le toucher. Il tendait la main, il touchait l'écorce en touchant la neige glacée que le vent avait plaquée sur le tronc du hêtre. Il s'écartait aussitôt, prenant du champ, du recul, pour mieux voir. L'ensemble du paysage minime sous ses yeux. Il réchauffait ses doigts au souffle de sa bouche, il enfonçait les mains dans les poches du caban bleu. Il se campait sur ses jambes, regardait. Le ciel de décembre était pâle, une vitre à peine teintée. On pouvait rêver au soleil. Le temps passerait. Le hêtre se déprendrait de son manteau neigeux. Avec un frémissement sourd, les branches de l'arbre laisseraient s'écraser sur le sol des touffes poreuses, friables. le temps ferait son travail, le soleil aussi. Il le faisait déjà. Le temps s'enfonçait dans l'hiver, sa splendeur rutilante. Mais au coeur même, glacé, de la saison sereine, un futur bourgeon vert se nourrissait déjà de sèves confuses. Il pensait immobile, toute sa vie devenue regard méticuleux, que le bougeon niait l'hiver niait l'hiver, et la fleur le bourgeon, et le fruit la fleur. Il riait aux anges, presque béat, à l'évocation de cette dialectique élémentaire, car ce bourgeon fragile, encore impalpable, cette verte moiteur végétale dans le ventre enneigé du temps, ne serait pas seulement la négation mais aussi l'accomplissement de l'hiver. Le vieux Hegel avait raison. La neige éclatante s'accomplirait dans le vert éclatant.     

Semprun. J. 2002, Quel beau dimanche

Descartes par Henri Lefebvre

Les premiers chapitres tendent à situer l'émergence de la pensée cartésienne dans un processus historique et philosophique (les conditions historiques du cartésianisme). Lefebvre s'intéresse donc aux idées dominantes du XVIème siècle et des périodes précédentes correspondant au Moyen-Age. L'analyse de Lefebvre s'inscrit dans une conception marxiste qui vise aussi à observer l'organisation sociale du pouvoir en place. C'est sur ce point que l'on perçoit l'écho d'une réflexion menée par Michelet à l'égard du Moyen-Age. Lefebvre revient sur les figures politiques du féodalisme, telles que le serf et le vassal qui marquent l'expression d'une structure politique fortement hiérarchisée. Cette analyse s'établit aussi sur la base d'une réflexion sur le pouvoir religieux (ecclésiastique). Selon Lefebvre et Michelet la religion catholique s'est établie selon un « Ordre » strict qui détermine socialement la place de chacun. On y perçoit les notions caractéristiques de la pensée marxiste. Lefebvre s'interroge aussi sur la place de la personne (de l'individu par extension, terme moderne) au sein de la structure sociale, ce qui le place dans un rapport spécifique au Tout. Michelet évoque en ce sens la rupture des représentants de la religion, des théologiens, avec la « base ». La mortification de la nature constitue pour lui un symbole puissant qui démontre la pauvreté d'une idéologie peu innovatrice et imaginative, contrairement aux mythes grecs, romains ou juifs. Ces éléments situent globalement les conditions historiques du cartésianisme. Selon Henri Lefebvre, la conception philosophique de Descartes marque un changement ontologique du point de vue de la conception chrétienne du monde, dans la mesure où la réflexion du philosophe tend à modifier, voire supprimer la hiérarchie des substances, des intermédiaires dans un rapport personnel ou individuel au divin. Descartes modifie en ce sens une structuration des faits entre la conscience individuelle (le cogito, la res cogitans ou substance pensante) et la Vérité, scientifique et absolue. C'est en lui-même, dans sa conscience, qu'il trouve ou croit trouver l'infini. Descartes situe la découverte de la Vérité au coeur de la conscience et tend à prouver que celle-ci ne vient pas de lui-même. Elle est là, pourrait-on dire, apparaissant à l'examen de la conscience. On note aussi la nécessité de revenir sur la traduction de la fameuse proposition: « Cogito ergo sum ». La philosophie cartésienne rompt aussi avec un processus d'analyse syllogistique, basé sur le modèle de catégorisation aristotélicien. (Tout homme est mortel. Socrate est un homme, donc Socrate est mortel). Descartes s'oppose ainsi à une conception théologique et politique linéaire (observable sur un plan vertical) représentée par l'influence des écrits de Saint-Thomas d'Aquin au cours du moyen-âge. On comprend mieux encore, sous cet éclairage, l'impact de la philosophie cartésienne à l'échelle de l'histoire des idées. Il serait intéressant de s'interroger sur les réactions et les conséquences de cette nouvelle pensée, d'ailleurs similaire en certains points à la réforme protestante (ou janséniste), auprès des contemporains de Descartes et surtout des ecclésiastiques. Parmi les objections formulées à l'encontre des Méditations, on compte les écrits du théologien Catérus, qui déduit malicieusement de l'expression cartésienne la conclusion suivante: « Je pense donc je suis; or cette pensée et cet esprit, ou il est par soi-moi-même ou par autrui; si par autrui, celui-là enfin par qui est-il ? S'il est par soi, donc il est Dieu... » (Premières objections contre III, V et VI Méditations). Monsieur Descartes se prendrait-il pour Dieu ? Il y aurait là en somme une observation tout à fait critiquable et condamnable pour celui qui chercherait à maintenir l'ordre. La méthode de Desartes est en ce sens révolutionnaire et l'on perçoit depuis ce postulat l'apparition de nouveaux positionnements philosophiques: matérialiste d'une part, pour Spinoza et les philosophes du XVIIIè, spiritualiste et conservatrice pour les philosophes comme Malebranche ou Leibniz). Le Cogito pose un nouveau rapport dans la conception de l'individu (pensant) à la Vérité. Descartes y intègre une « donnée immédiate », objet de la conscience. Il en découle un certain nombre de questions qui porteront sur l'ordonnancement de la réalité. Si l'on pose comme un fait le rapport direct de de chaque « individu pensant » avec la vérité, comment établir un ordre de pensée entre les individus et surtout entre les pensées? Si l'ordre ne peut être préexistant à la connaissance, si la pensée qui avance constitue en avançant son ordre, comment fonder en réalité cet ordre? (réflexion posées par Leibniz et Spinoza).

La sorcière de Michelet

Lecture de La sorcière de Michelet, dont l'écriture et le sens critique annoncent d'une certaine manière la naissance d'une réflexion poursuivie par Michel Foucault ou encore aujourd'hui par Michel Onfray. Leur œuvre tient au même souci de compréhension de la société et de la politique, ce à travers un travail de réhabilitation de l'histoire. Les pages consacrées à l'avènement du christianisme, l'instauration de son pouvoir, voire son emprise, en Europe, notamment au cours du Moyen-Age, sont lumineuses. Quelques lignes illustrent ainsi le passage d'une religion et d'une philosophie à l'autre. Michelet constate que ce changement apparaît à travers le statut réservé à la nature, désormais bannie et mortifiée. Il note aussi l'absence d'imagination de la pensée chrétienne, représentée par l'austérité des « moines copistes » du Moyen-Age, qui ont en quelque sorte renoncé à l'approfondissement d'une réflexion ontologique.

Le monde du Meshugah

,pompiers et ambulanciers, nerveux, fuyant les ralentissements et les feux rouges, indisposés par les priorités, attentif à sa seule distraction, un homme, à la barbe grisonnante et drue, fumant un demi sur la table auprès de laquelle il se tient debout dans l'officine bâchée de l'entrée du bar Le Lakatao près des halles saint-Louis, dans le froid, à la nuit tombante, recroquevillé dans sa lutte contre l'engourdissement, un stylo à la main, planche sur les mots fléchés du journal, avec des gestes pesés et lents, bombardaient de leur passage éclair un son et lumière rouge et bleue les rues de la ville, les moineaux fébriles, rapides, une mésange paisible lissait son plumage blanc bleu et jaune, semblent ne s'occuper qu'à folâtrer dans les haies, sautillant de branche en branche, quittant quelque poste de guet pour mieux y revenir l'instant suivant, le temps d'une course et d'une visite dans l'antre d'un sapin, trottoirs et caniveaux se tapissent d'épines, leur odeur sauvage comme une ultime et intense réminiscence, des pins abattus et exposés à la vente, Brest se découvre telle une blanche ville lunaire, au Forum Roull, une tente aux bandes blanches et vertes a été montée, face à Dialogues Musiques, et les étudiants-employés-saisonniers y exercent de leurs doigtés le fastidueux labeur de l'empaquettage des livres ou disques ou DVD, une petite dame vêtue à la brestoise leur demanda mi anxieuse mi comique s'ils n'avaient pas vu un homme chercher sa femme, il s'était remis à pleuvoir, lourde, lente et cependant délicate, elle prenait son temps, les bus déclinent à l'actif des itinéraires bis, les consignent du P.C. affluent, de contournement, d'évitement, la pluie grésille et crépite sur les toits et les vitres, de courts tracts traînaient dans les poubelles et sur les marches métalliques de l'escalier s'adressait à "la jeunesse en crise" et invitaient prestement de commander pour Noël les cadeaux suivants : Les Conseils Ouvriers d'Anton Pannekoek, De la Misère en Milieu Etudiant considérée sous ses aspects économique, politique, psychologique, sexuel et notamment intellectuel et de quelques moyens pour y remédier et La Folle Histoire du Monde de Michel Bounan, les auteurs de ce tract invitaient ensuite à laisser commentaires et critiques sur http://nantes.indymedia.org/article/15565, ce soubresaut final "Contre l'Exploitation du Bétail Humain", et cette dernière formule "communisation vs socialisation",

mercredi 10 décembre 2008

Le monde du Meshugah

une large étendue d'eau stagnante, curieux site naturel dans cette zone, en laquelle les mouettes pataugent, nagent et glissent, se désaltèrent ou se reposent, cette mare s'est formée des milles et une pluies récentes sur une surface vierge, inutilisée par l'industrie, une jachère, au substrat probable de caillasses, de gravillons et de sable tassés, bordée sur trois côtés, contre lesquels elle se forma, se contient et ne se disperse pas, d'un talus de terre aux dimensions égales de hauteur et de largeur fabriqué par une tractopelle, du Port de Commerce, l'un des panneaux de sens interdit de la rue Traverse s'orne d'un malicieux sourire à la peinture blanche sur son fond rouge en plus de nombreux autocollants aux slogans contestataires ou sociaux sur ses joues, plus loin sur la peinture blanche du mur d'un immeuble qui assoit l'escalier marche après marche, sur sa gauche, majestueux, en le descendant, dépliant à travers le Cours d'Ajot quelques scènes maritimes, ce verbe conjugué "SABOTONS" en lettres capitales noires, sous une fenêtre accessible aisément, sans effort d'équilibriste mais peut-être de contortioniste, auprès d'autres inscriptions et dessins assourdis, délavés, éreintés, flétris mais tenaces, mal effacés par le jet granuleux et puissant des services municipaux, futur palimpseste, des fumées se tordaient en s'élevant de quelques cheminées d'entrepôts ou de navires siégeant en rade ou pénétrant à l'abri des digues, une nuée de moucherons sensibles au courant d'air faisait du yo-yo et, en contrebas du mur, sur la route menant à la quatre-voies, une file ininterrompue de voitures s'accordéonaient de concert, se talonaient, se poursuivaient, au-dessus du Château, du Port Militaire et au-delà les nuages tournaient à l'aigre, soudain un bolide blanc gicla ivre conduit par un jeune homme déterminé, son lascar d'acolyte à ses côtés, sous influx nerveux, siffla la rue Duquesne sur la voie de gauche, évitant les molles voitures embouteillées qui, à la queue leu leu, sur la voie requise, filaient doux, s'essuya au premier rond-point sur un quart de sa surface, dans le sens des folles aiguilles d'une montre et tourna à gauche vers la rue de Siam, le long des bâtiments de La Poste, bruyamment, de façon exubérante, le gyrophare bleue sur le toit, sirène hurlante, à la Starsky et Hutch

mardi 9 décembre 2008

Le monde de Meshugah

deux autres boules rouges le long du tronc pour un total de quinze, le parapluie noir acheté lors d'un marché, à Londres, si sensible, pend, inerte, accroché par sa lanière, à la pédale du vélo de course rouge empoussiéré, lui même suspendu en hauteur au plafond du garage, et ressemble ainsi à une araignée qui, sur le dos, ferait la morte, une ruée de feuilles sur la route comme la charge de milliers de sabots, non seulement le mois de décembre mais aussi celui de septembre sont calligraphiés en japonais et les dix autres probablement sur le sapin décoré, des petits paquets cadeaux, une gelée blanche dont les cristaux scintillaient sourdement s'était déposée sur toutes les surfaces, toits des maisons, voitures, haies, pelouses... en ce froid matin, la bouche exhalait des vapeurs blanches, un chat miaulait tendrement à une porte, l'horizon devenait safran, fauve puis rougissait de se coucher, la pluie se remet à tomber, intermittente, un type se soutenant au mur, une jambe raide, à l'une des entrées des Halles saint Louis, éclairée et abritée, soulevait avant de les reposer les quelques cannettes de bière qui traînaient là, dépité,

lundi 8 décembre 2008

La Tzigane


La Tzigane savait d'avance
Nos deux vies barrées par les nuits
Nous lui dîmes adieu et puis
De ce puits sortit l'Esperance
L'amour lourd comme un ours privé
Dansa debout quand nous voulûmes
Et l'oiseau bleu perdit ses plumes
Et les mendiants leurs Avé

On sait très bien que l'on se damne
Mais l'espoir d'aimer en chemin
Nous fait penser main dans la main
À ce qu'a prédit la tzigane

Apollinaire, G. 1913, Alcools

samedi 6 décembre 2008

Jailer (Asa)

Am in chains you’re in chains too I wear uniforms, you wear uniforms too Am a prisoner, you’re a prisoner too Mr Jailer

I have fears you have fear too I will die, you sef go die too Life is beautiful don’t you think so too Mr Jailer

Am talking to you jailer Stop calling me a prisoner Let he who is without sin- Be the first to cast the stone Mr Jailer

You suppress all my strategy You oppress every part of me What you don’t know, you’re a victim too Mr Jailer

You don’t care about my point of view If I die another will work for you So you threat me like a modern slave Mr Jailer

You don’t care about my point of view If I die another will work for you So you threat me like a modern slave Mr Jailer

If you walking in a market place Don’t throw stones Even if you do you just might hit One of your own Life is not about your policies All the time So you better rearrange your Philosophies and be good to your fellow man jailer

I hear my baby say I wan be president I wan chop money From my government What he don’t know Be say Mr Jailer

vendredi 5 décembre 2008

Le monde du Meshugah

destin douloureux que celui de ce parapluie noir londonien, un brin pigeon, si fragile, si frêle, ne supportant pas le vent échevelé et capricieux et roublard du Finistère, moribond tantôt, le voilà devenu hémiplégique à jamais, un bord pantelant telle une jambe folle, c'est le droïde déglingué et psychotique d'Alien vivant la risée infernale de son dernier tango sanglant comme un spi en grande pompe dressé dans les quarantièmes rugissants, la police brestoise montée sur leur fier scooter de moucheron exerçait son dur labeur quotidien, aux portes de la librairie Dialogues, en ayant immobilisé un véhicule qui quitta derechef les lieux, de leur radio, une façon de police-info en continu, une voix féminine délicieuse débitait onctueusement et précisément les nouvelles incessantes des tâches en urgence dont ils allaient devoir se coltiner, pourtant ils semblaient heureux car ils souriaient, ailleurs une femme ronde décore de façon "japonisante", avec des éventails rouges, le sapin à 600 euros, 26 milliards d'euros, de la bibliothèque Neptune, planté sous les escaliers, près de la salle multimédia, à l'une des entrées de la section jeunesse, et papote aimablement, les mains sur les hanches ou les bras croisés sous sa poitrine opulente, de longs très longs colliers de perles blanches ou rouges y serpentent, enorgueillie par son oeuvre qui fait arrêter le passant curieux, une de ses amies avait calligraphié le mot "décembre" sur un bristol qui pendait non loin de l'étoile bicolore chapeautant ou coiffant le sapin le plus gros car il y a en fait deux sapins, mais le plus petit était demeuré caché jusque là, tenus en laisse par des filins afin qu'ils ne tombent pas ou ne s'enfuient pas, le vent levé il plut de nouveau et c'étaient de grosses gouttes furieuses de tomber de si haut, calligraphie qu'elle était allée chercher dans un livre dès lors il n'y avait pas d'erreurs possibles, des éclairs sans tonnerre, au pied des entrées des commerces de Brest des petits sapins blancs ont été installés empotés, deux grands triangles emboîtés perpendiculairement en leurs médianes formant ainsi quatre triangles carrés ou ailes du sapin, à treize boules rouges insérées dans les treize trous correspondants, trois d'entre elles rangées verticalement par triangle blanc carré ou par aile et la dernière placée à l'angle formé d'un des côtés avec son hypoténuse, le tronc du sapin, en son faîte,

jeudi 4 décembre 2008

Le monde du Meshugah

un collier vert maintenant inutile lui entourait toujours le cou, l'odeur s'en était allé, un homme efflanqué, en imperméable, une serviette en toile à la main, une casquette rouge vissée sur le crâne aux cheveux gris, sortit de la bibliothèque d'Etudes en sifflotant le refrain de L'Internationale, sa foulée est aussi longue que celle de "l'homme qui marche" de Giacometti, pour rejoindre celle de Neptune, la pluie torrentielle persiflait, le tonnerre et les éclairs aveuglaient, assommaient et éclataient et faisaient frémir les murs et les usagers, les lecteurs qui lançaient leurs regards anxieux mais émerveillés vers le ciel d'un bleu orageux à travers les vitres, les emprunteurs surpris, sur le trottoir dans cet enfer un homme passa abriter sous un parachute tendu, rigide et rouge, la grêle ne voulut pas se faire oublier et ses billes cavalcadaient et tambourinaient sur le parapluie londonien, la semelle les pressait et les éclatait croustillantes, collantes et glissantes comme de la meringue glacée, les rues convulsaient, ondulaient, des vagues poussées par les rafales s'y formaient brusquement, fugitives, à l'existence éphémère le temps d'une bourrasque,

mercredi 3 décembre 2008

Le monde du Meshugah

dans son costard à paillettes le ciel furibard en pétard s'écroula et se déversa sans vergogne, s'adressant au fumeur accoudé au rebord de la fenêtre abritée sous son grand et solide parapluie : "qu'il fait froid! [un temps] c'est l'hiver!", les caniveaux s'enfiévrèrent, les trottoirs firent courir des ruisseaux impétueux et puissants, des torrents capricieux dévalaient vers les gueules pleines et repues des égouts, ce parapluie noir de Londres est à l'agonie, soulevé et retourné, les minces tiges de sa crinoline, de l'armature métallique, se courbent, glissent, s'échappent, se tordent et se cassent, s'effondre, ce parapluie meurt à petit feu, "AU FEU LES PRISONS!" écrit en lettres capitales noires sur le mur blanc de l'ancien garage faisant face à la bibliothèque Neptune dont les vastes locaux sont, maintenant, à louer, nul ne patientait sous l'ondée formidable, c'est à cette heure que le long du cinéma Liberté le pied se presse, les talons résonnent, le pas s'allonge, les cuisses forcent, le buste se courbe, les bras scandent une marche rythmée et forcée, ce sont des automates pressés et tendus et nerveux à l'idée d'être en retard, de manquer le début du film, d'être freinés dans une file d'attente, en groupe, seul ou alors en couple main dans la main, bras dessus bras dessous, même foulée et cadence semblable, ils sont portés par un même élan (l'amour? l'envie de faire pipi?), d'aucuns fument devant la série des lourdes portes vitrées, au-dessous des petites affiches des films et des horaires des séances, avant de s'y engouffrer happés par le puissant courant d'air chaud, sous l'ondée chacun se pressait et, le haut du corps abrité sous un parapluie, la tête sous un chapeau ou une capuche, râlait et se plaignait, des crises économique, alimentaire, financière et monétaire, industrielle, environnementale, immobilière, sanitaire, la bruine, frisquette, s'éparpillait, passagère et matinale, la ville demeura invisible de la route, de la perspective à travers champs qui s'y ouvre, qu'empruntait l'autobus, perdue, emmitouflée sous le ciel bas brumeux, le soleil et le bleu réapparurent enfin, un léger vent se faisait sentir, le chat roux passa le portail, s'en allant vers l'arrière de la maison puis, soudain, comme inquiet, d'une allure pressée, vivement revint au plus court et franchit la barrière pour disparaître,

mardi 2 décembre 2008

Le monde du Meshugah

un cloporte sans aucun doute, "voire de provoquer le déraillement du train des réformes mises en place par le gouvernement", un lombric pareille à une brindille dans la nuit se traîna de tout son long en ondulant sur le sol devenu glissant, une forte et âcre odeur nauséabonde venait du quartier des rosiers, de Meaux, la pointe d'un nuage éclatait d'un rose intense au lever du soleil cependant que plus au Nord le ciel se paraît de rose pâle et les nuages gris-blancs et immobiles paraissaient sans profondeur découpés dans du papier, les lourds nuages gris tandis qu'un téléphone sonne férocement sans qu'elle sache le nom de cette vibrante et entêtante et folle musique masturbatoire mais s'excusa trottinaient, paisiblement, vers le Sud, sans hâte, Nantes redeviendrait la capitale de la Bretagne : car celle-ci compte quatre départements "magnifiques", et ne lui dit-on pas que celle-là en est sa capitale alors que c'est les Pays de Loire; les journaux locaux font part dans leurs pages de l'effervescence et de l'émoi suscités par cette contradiction soulevée du plus haut de l'Etat, souriant, encourageant presque heureux, des filaments blancs pelotonnés grouillaient, s'étant entretenu avec le centenaire du vendredi enfin reposé, calmé, massé, la colère retombée, détendu et assagi, prêt à endurer sa leçon d'histoire, un chat à la tête démolie était étendu, une puissante grêle se mit à tomber soudainement et certaines billes blanches restèrent accrochées aux ardoises comme soudées, les os de ses pattes apparaissaient à vif et les vers y fourmillaient telle une pelote vivante, des Pères Noël répétitifs assiègent les augustes façades grises et délavées des maisons et des immeubles, sans originalité, suspendus, pendus ou simplement posés contre le rebord d'une fenêtre, soumis aux milles intempéries, il maigrissait à vue d'oeil pour n'être plus sur la fin qu'une couverture de poils, creuse, vide, un chapelet de petits os fragiles en lieu de ses pattes, de même que le Parti Socialiste, dégonflé,