Un brave new word pour un brave new world, un monde à la Huxley, où les gens auraient oublié ce que parler veut dire.
Ce mot étrangement pénible, d'abord, qui court les rédactions et les discours officiels à une fréquence accélérée depuis le début de l'année : la « gouvernance ».
On le trouve sans relâche dans le quotidien les Echos ou chez la ministre Marisol Touraine, on l'entend en boucle chez les économistes de plateau télé, ou dans la bouche du président de la République, François Hollande, appelant, entre autres, le 17 avril dernier, à « renforcer la gouvernance mondiale » lors du forum Nouveau Monde.
Substantif formé à partir d'un participe présent, celui du verbe « gouverner », le mot « gouvernance » mériterait de se voir appliquer le châtiment qu'Orwell, autre maître de l'anticipation, désirait appliquer en son temps à un certain nombre de trouvailles propagandisto-journalistiques : la peine de mort. Un essayiste canadien vient en tout cas de s'occuper de cet irritant vocable dans un livre intitulé Gouvernance. Le management totalitaire (éditions Lux).
Docteur en philosophie et spécialiste des paradis fiscaux, Alain Deneault y retrace le parcours de ce véritable « coup d'Etat conceptuel », dont on pourrait en réalité faire remonter l'origine aux années Thatcher, et que la Banque mondiale a intégralement adopté, allant jusqu'à faire de la « bonne gouvernance » la condition sine qua non de l'accès à ses aides.
D'une totale plasticité, quasiment indéfinissable, le mot « gouvernance » conspire à faire de la politique l'analogue de la gestion d'entreprise. C'est un mot qui coupe totalement les ponts avec le monde de la passion et des idées, le monde des entités historiquement habitées, celui des mots et expressions comme « justice »,« République » ou « lutte des classes ».
Fred Dufour/AP/SIPA
Un mot qui habite un présent perpétuellement conjugué, la « gouvernance » ne désignant même plus l'acte de gouverner, mais un état à la fois désincarné et permanent, comme si l'« actance » se mettait soudain à désigner l'action.
On comprend, hélas, que le président Hollande s'épanouisse dans ce genre d'éther, lui qui ne s'est jamais distingué par une foi sans bornes dans les pouvoirs de la langue.
Passé le fameux discours du Bourget qui fit battre les cœurs il y a un an, il y a un siècle, la « hollangue » n'aura cessé de nous anesthésier.
Venue du fond des manuels de management anglo-saxons et des réunions d'apparatchiks du PS, elle n'empoigne jamais par une métaphore, une bourrasque lyrique, ne parlons même pas de souffle onirique.
« Soutenabilité », « stabilité »,« crédibilité », tels sont les mots livides qu'elle égrène, quand elle ne se lance pas dans des pétrifications lexicales comme « choc de simplification administrative ».
Le 28 mars dernier, François Hollande déclarait sur France 2 : « Je laisse faire. Je laisse dire. Ce qui comptera, c'est d'être jugé sur les résultats. On n'est pas jugé sur les discours.» Au pays de Molière, de Chateaubriand et du général de Gaulle, on n'en jurerait pas.
Ambitieux et pétillant d'intelligence, « le Mystère français », d'Emmanuel Todd et Hervé Le Bras, offre de nouvelles perspectives sur les paradoxes d'un pays moins déprimé qu'on ne le dit. Un livre que le président de la République gagnerait à ouvrir.
Emmanuel Todd et Hervé Le Bras
[...] Et voici que Hervé Le Bras et Emmanuel Todd, en 300 pages et 120 cartes, nous détaillent « le mystère français ».
Un livre passionnant, d'une richesse inouïe, d'une inventivité permanente, et qui, de plus, se lit comme un polar, puisqu'il s'agit de trouver le coupable, ou plutôt les coupables. En tout cas, les responsables de cet étrange paradoxe : la France, c'est une économie déclinante et une société pleine de dynamisme ; c'est un pays que les experts disent à l'agonie, qui broie jour après jour le plus sombre pessimisme, et qui dans le quotidien ne paraît pas s'en porter plus mal.
Chacun de nous jure que c'est la fin du monde pour demain ; en attendant, nous vivons mieux qu'ailleurs ; nous partons en vacances et nous faisons des enfants. Les Français ont le désespoir gai. Et quand ils finissent par rencontrer des experts optimistes, comme Le Bras et Todd, ils ont raison de leur faire fête. Quelle bonne nouvelle !
Je crois me rappeler dans le passé un Hervé Le Bras beaucoup moins enthousiaste sur le natalisme français et un Emmanuel Todd résigné à confier au Parti communiste le soin de soulager son noir chagrin.
Les trente paresseuses
Voilà deux merveilleux cartographes. Chacune des 120 cartes de ce livre est un plaisir pour les yeux et pour l'esprit : la solution d'une petite énigme, et parfois le trait moqueur de rusés sociologues.
Ce n'est pas le moindre mérite de ce livre que d'inventer des solutions graphiques originales qui rompent avec la tyrannie un peu rustique de la représentation départementale de tous les mystères français, qu'ils relèvent de la famille et de la sexualité, de l'industrie ou de l'immigration, des riches et des pauvres, des Plantagenêt et de la Lotharingie, de François Hollande et de Nicolas Sarkozy ou de Marine Le Pen.
Au lieu de la mosaïque départementale et de l'arbitraire qu'elle charrie, de vastes nappes de couleurs qui indiquent de grandes tendances régionales : d'un bout à l'autre du livre, les auteurs raisonnent en termes spatiaux : les mystères de la France s'inscrivent principalement dans la mémoire des lieux plutôt que dans des lieux de mémoire ponctuels.
Faisant le bilan des trente dernières années que nous venons de vivre, nos auteurs écrivent : « Chute du taux de croissance du PIB, décrue des effectifs industriels, baisse de la fécondité, augmentation des naissances hors mariage, baisse de la pratique religieuse, progrès de l'éducation. »
A quoi il faut ajouter un taux de chômage variable mais important, dépassant à plusieurs reprises les 10 % de la population active ; mais aussi, du côté positif de la balance, l'émancipation des femmes que l'on mesure très bien à travers l'éducation : en 2009, les filles sont pour 57 % dans le total des récipiendaires des baccalauréats généraux, 52 %, des bacs technologiques (et 43 % seulement, des bacs professionnels).
Résumé ainsi à grands traits, le bilan de ces trente paresseuses est tout de même moins brillant que ne le proclament les auteurs eux-mêmes : de réellement positif, on ne peut retenir que les progrès de l'éducation et, corrélativement, ceux de l'émancipation féminine que nous venons de pointer.
Ce n'est pas rien : à l'échelle de l'Occident tout entier, le tardif XXe siècle, en contraste avec les horreurs inédites de la première moitié, figurera comme celui de l'émancipation des femmes. Encore faudrait-il, s'agissant de l'éducation, tempérer l'optimisme quantitatif qu'inspire la montée continue et massive du nombre des bacheliers par la considération de la valeur relative de ce baccalauréat, tant à l'échelle internationale qu'à l'échelle nationale.
Mais laissons cela, qui excède le projet même du livre, car c'est à propos de l'éducation qu'y éclate ce véritable cataclysme anthropologique qu'est aux yeux des auteurs la substitution des régions périphériques aux régions intérieures au palmarès du dynamisme français. D'un bout à l'autre de l'ouvrage, les auteurs, notamment Emmanuel Todd, dont on connaît les thèses sur le rôle déterminant des systèmes familiaux anciens, n'en reviennent pas. Avec beaucoup d'honnêteté intellectuelle, car cela contredit directement leurs thèses et leurs penchants personnels, ils constatent une extraordinaire mutation.
Expliquons. Todd n'a cessé d'opposer, dans ses travaux antérieurs, la famille nucléaire, formée des parents et des enfants, à la famille complexe ou famille souche, étendue à la génération antérieure ou à plus d'un couple. La famille nucléaire libère, la famille complexe enferme. La famille nucléaire, qui encourage la liberté des enfants et l'égalité dans la fratrie, a porté les valeurs de la Révolution française ; elle est caractéristique du Bassin parisien et de la France de l'Est.
Sa carte coïncide avec celle d'un haut niveau éducatif au début du XXe siècle. Jusqu'ici nous sommes dans les normes. Or, voici qu'à partir de 1970, c'est la famille souche du Midi de la France et la famille postcatholique de Bretagne qui produit le plus de bacheliers, puis bientôt d'étudiants. Sensation : c'est la revanche de Bécassine, c'est le crépuscule de la Révolution !
Alors, que s'est-il passé ? En vérité, une mutation très profonde qui s'enracine dans le subconscient anthropologique et religieux des populations. Utilisant avec beaucoup d'à-propos et de finesse les analyses de Schumpeter (Capitalisme, socialisme et démocratie), Le Bras et Todd montrent que le capitalisme et son individualisme féroce a besoin pour subsister de recourir, à titre d'antidote, à des couches protectrices précapitalistes, porteuses de valeurs communautaires, venues parfois du Moyen Age.
C'est ce rôle compensatoire et finalement intégrateur qu'a longtemps joué le communisme dans les régions déchristianisées : telle fut la « contre-société » communiste, bien analysée jadis par Annie Kriegel, dans les banlieues ouvrières. Ce fut aussi le rôle du catholicisme dans ses propres zones d'influence. Mais là s'arrête la comparaison.
Le communisme est mort, et les valeurs de contre-société qu'il animait sont mortes avec lui, alors qu'au contraire le catholicisme, qui, selon les auteurs, est mort comme croyance religieuse, est demeuré vivace comme structure mentale et sociale. Ce «catholicisme zombie» est, à leurs yeux, le moteur de l'élan vers l'éducation qui a porté par exemple la Bretagne au cours des dernières années. Une sorte de revanche posthume de l'Eglise sur la République laïque.
On peut discuter le détail de ces analyses. Je ne crois pas, pour ma part, que le catholicisme, qui est en effet moribond comme rituel (effondrement de la participation à la messe dominicale), soit mort comme croyance religieuse ; mais il est vrai que le catholicisme, si résiduel qu'il soit sous ses formes traditionnelles, continue de servir de substrat anthropologique à la moitié de la société française ; on le voit bien aujourd'hui en ces temps de mariage gay.
Il est non moins vrai, comme le notent brièvement les auteurs, que les institutions qui furent le moteur de la modernité pendant les Trente Glorieuses et au-delà furent souvent d'origine catholique : le Plan, la CFTC-CFDT, la revue Esprit, le journal le Monde.
Le FN, substitut au communisme
Campagne électorale pour les élections législatives du 2 janvier 1956 , Paris - SIPA
Campagne électorale pour les élections législatives du 2 janvier 1956 , Paris - SIPA
Il n'est pas jusqu'à « la métamorphose du Front national » qui ne trouve sa place dans cette interprétation d'ensemble.
Pour Le Bras et Todd, le FN façon Jean-Marie, né de la rupture du tissu social en région d'habitat groupé, était comme vitrifié.
Le FN façon Marine s'est éloigné de son fonds de commerce initial ; il a abandonné le thème prioritaire de l'immigration au profit de la défense des catégories économiquement et culturellement dominées des zones périurbaines et rurales.
Sans aller jusqu'à parler ici de « couche protectrice » par rapport au néocapitalisme, le fait est qu'il tend à se substituer au communisme, comme organe tribunitien, dans les zones déchristianisées que celui-ci occupait jadis.
L'ambition intellectuelle de ce livre est, on le voit, considérable. A une époque où le bricolage est dominant, il convient de saluer une entreprise de ce genre. Nos auteurs croient à l'anthropologie régionale comme Adam Smith croyait à la division du travail, Marx, à la lutte des classes, ou Toynbee, aux cycles des civilisations. Réduite à l'essentiel, cette anthropologie repose sur des strates successives dans le devenir des sociétés : au plus profond, les systèmes familiaux ; au-dessus, la religion ; plus haut encore, l'éducation ; et enfin, proche de la surface, l'économie !
Il est significatif que l'explication économique ne vienne que tout à la fin du livre, presque à l'état de remords. Par rapport à Marx qui faisait de l'économie sinon toujours la cause, du moins « l'antécédent le moins substituable » comme aimait à le dire notre maître Labrousse, quel renversement copernicien ! Chez Le Bras et Todd, l'antécédent le moins substituable est culturel.
La place faite à la religion et à l'éducation permet d'échapper à la tyrannie de l'explication monocausale par des systèmes familiaux disparus ou en voie de disparition ; mais elle ne permet pas d'échapper à un certain arbitraire : nos auteurs recourent indifféremment à la famille, à la religion, à l'éducation, comme variables explicatives selon le degré de pertinence de chacun de ces facteurs, dans chaque cas particulier. On y gagne en souplesse, on y perd en termes d'interprétation globale.
Un tel livre, qui pétille d'intelligence et qui fourmille d'interprétations passionnantes, est significatif de l'évolution de la pensée à l'époque contemporaine : le primat de l'économie, commun au marxisme et au libéralisme, est en train de sortir de nos esprits. Le Marx de gauche est bien mort ; le Marx de droite, comme philosophe de la nécessité économique, paraît le seul à conserver un avenir.
Le matérialisme historique n'était, selon l'expression du philosophe Frédéric Rauh, qu'un « spiritualisme économique » fort arbitraire, incapable de rendre compte de la plupart de nos comportements, et notamment de nos comportements politiques. Voilà nos sociétés contemporaines rendues à leur complexité, et la France créditée d'un avenir.
Pour ma part, je suis resté un peu plus marxiste que nos deux auteurs, donc moins optimiste qu'eux sur ce pays. Mais quoi ! il n'y a rien qu'un pessimiste déteste tant que de voir les autres penser comme lui. En tout cas, si j'étais Hollande, je lirais le Mystère français.
Le Mystère français, d'Emmanuel Todd et Hervé Le Bras, coéd. Seuil-La République des idées, 336 p., 17,90 €.
«La lutte des classes, au fond, ça résume notre réelle divergence. Vous, vous y croyez toujours et moi, je n'y ai jamais cru.» C'est par ces deux phrases lapidaires, pesées, longuement mûries par un aréopage de communicants que Jérôme Cahuzac concluait le débat qui l'opposa à Jean-Luc Mélenchon sur France 2, le 7 janvier 2013.
Un débat censé poser la première pierre de l'édifice social-libéral. Une construction idéologique nouvelle s'édifiant sur les ruines du socialisme dogmatique, nous disait-on, mais aussi... de la social-démocratie. Car c'est bien au cours de cette émission que le ministre du Budget avait sifflé la fin de la récréation. Le big bang fiscal promis par le candidat Hollande ? Il s'était bien produit. Circulez ! il n'y avait plus rien à attendre. La prestation de Cahuzac fut littéralement encensée par tous les éditorialistes de France et de Navarre, qui vantèrent sa fermeté, son brio, son expertise, mais aussi par bon nombre de patrons et encore plus de responsables et de collègues socialistes.
Un débat censé également faire diversion. Car, quelques semaines auparavant, Mediapart avait déjà mis en cause la probité de ce ministre droit dans ses bottes. Et c'est à ce moment qu'avait prospéré cette idée folle : l'espoir que Cahuzac le père de la rigueur efface les soupçons portés sur Cahuzac le fraudeur du fisc.
Plusieurs éléments ont permis d'étayer cette stratégie. Une légende Cahuzac est née dans la presse. L'homme ne vient-il pas des cercles rocardiens, apôtres du parler-vrai. N'a-t-il pas été proche de DSK, patron du FMI ? Mieux : n'a-t-il pas fait connaître dans la presse, non sans habileté, son désaccord à la suite de l'annonce par François Hollande d'un projet de tranche d'impôt à 75 % pour les revenus supérieurs à 1 million d'euros. Enfin, la gauche sociale-libérale tient avec lui son héraut : l'âme de Mendès France et la volonté de Jules Moch enfin réunies. Car ce chirurgien sait également trancher dans le vif : dans les coupes budgétaires, mais aussi dans les débats à l'Assemblée nationale. Quand tant de ministres ont les jambes qui flageolent, lui monte au front. Un vrai mousquetaire qui masque, en fait, un garde du Cardinal.
Comment François Hollande et son Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, ont-ils pu prendre le risque de s'en remettre, pieds et poings liés, à un seul homme qui, en quelques mois, s'est imposé comme l'arbitre des élégances économiques ? Le président de la République, que l'on décrit si habile, a fait là un pari insensé en l'intronisant chef de guerre du social-libéralisme naissant. A charge pour Cahuzac de porter la politique qui se met progressivement en place, qui a une cohérence forte mais qui est loin, bien loin de celle qui fut affichée pendant la campagne présidentielle.
Décidément, le social-libéralisme n'a guère de chance avec ses héros. Notons juste que le mot naquit dans les années 80, qu'il fut incarné par le mouvement d'un certain Olivier Stirn et que son emblème était le coquelicot. Une rose dure plus longtemps.
Rédigé par Frédéric Ploquin le Vendredi 19 Avril 2013
Rien ne va plus dans la police marseillaise, où le manque d'effectifs criant déstabilise les troupes. Et perturbe la "reconquête" du territoire annoncée en haut lieu. Le directeur départemental de la sécurité publique aurait pris les choses en main.
Après les ripoux de Marseille, voilà les policiers de la capitale phocéenne au bord de la crise de nerf. Le « burn out » guette une bonne partie des effectifs de la sécurité publique dans le premier arrondissement, le territoire de l’élu socialiste Patrick Menucci, englobant une partie du Vieux port. Au point qu’ont été saisis voilà quelques jours le « pôle vigilance suicide » et la « cellule veille » du ministère de l’Intérieur.
Les conditions de travail se seraient dégradées au fil des semaines, comme le rapporte cette note adressée le 11 avril dernier par la hiérarchie intermédiaire au commandant : « A la suite de divers incidents, dysfonctionnements et autres problèmes de service qui subsistent, les fonctionnaires sont aujourd’hui excédés par cette situation, qui mène certains d’entre eux à parler de « suicide pour que les choses bougent ». (Une gardienne de la paix a même été désarmée jeudi 18 avril à la demande de son époux).
En cause, le manque « cruel » d’effectifs qui ne permettrait pas de faire face aux missions élémentaires. Avec une seule Police secours pour trois, voire cinq arrondissements, les gardiens de la paix du premier arrondissement estiment qu’ils ne peuvent plus fonctionner. Le ton de la note ne laisse pas place au doute quant à l’urgence de la situation, comme en témoigne cet autre extrait :
« Ces conditions de travail sont intolérables et nuisent à la sécurité de l’ensemble, c’est pourquoi, avant qu’un acte grave et lourd de conséquences ne se produise, nous sollicitons les saisines immédiates du « Pôle de vigilance suicide » afin d’assister l’ensemble des fonctionnaires de l’USG 01 dont la situation professionnelle leur cause aujourd’hui des atteintes psychologiques grandissantes, nonobstant les graves dysfonctionnements internes » que les diverses réunions n’auraient pas permis d’aplanir. « Il serait très dommageable pour tous, poursuit l’auteur, que ce « cri d’alarme » ne soit pas perçu ni même considéré par l’autorité hiérarchique comme un « appel au secours » lancé par les fonctionnaires, abandonnés hiérarchiquement au niveau de la Division centre. La routine tue, aujourd’hui c’est le silence méprisant qui va conduire au suicide ».
Le dossier serait désormais entre les mains des conseillers du ministère de l’Intérieur. Un coup de blues qui devrait pousser la direction générale de la police nationale à accélérer sa remise en cause du management, un des chantiers ouverts par le patron de la police, Claude Baland. D'autant que sur le front des quartiers Nord et des trafics de stupéfiants, la nouvelle équipe mise en place se targue d'engranger des résultats plutôt positifs. Des succès obtenus au prix d'une mobilisation intense...
Coup de com de génie durant la campagne, devenu un boulet lorsqu'il a fallu la mettre en œuvre, la taxe à 75 % sur les revenus au-dessus d'un million d'euros annuel revient dans l'actualité à la suite des annonces de François Hollande, jeudi 27 mars sur France 2. Malgré la censure du Conseil constitutionnel fin 2012, le chef de l'Etat a précisé qu'il comptait relancer l'idée de cette taxe. Mais avec quelques changements.
La première proposition de François Hollande, lancée à la télévision le 27 février 2012, avait parfaitement rempli son rôle : argument choc, elle avait surpris, relancé la campagne du candidat socialiste, et poussé Nicolas Sarkozy à la fustiger, devenant ainsi de fait le défenseur des plus riches. M. Hollande avait alors expliqué que durant quelques années, il comptait mettre en place une taxe spécifique, qui toucherait les trois quarts des revenus au-delà du million d'euros par an.
Mais la mise en œuvre de cette idée s'était révélée des plus complexes. Quid des artistes, ou des gens aux revenus très irréguliers ? Parle-t-on d'un million d'euros pour un foyer fiscal, ou pour un individu ? Comment éviter que le cumul de cet impôt et d'autres n'aboutisse à des taux "confiscatoires" ? Autant de questions que le gouvernement avait dû trancher, pour aboutir à une taxe de portée plus symbolique que réelle.
Cela n'avait pas suffi au Conseil constitutionnel qui a retoqué le texte, le 29 décembre, moins en fonction de son montant (même si les Sages l'ont évoqué) que de son mécanisme de calcul, fondé sur les revenus de chaque personne physique là où l'impôt sur le revenu est calculé sur chaque foyer. Coup dur pour François Hollande, qui perd un symbole, cette censure fait les affaires de nombreux autres, PDG et personnes concernées, évidemment, mais aussi une partie du gouvernement, qui se montrait plutôt sceptique sur cette idée.
DES CONTRIBUABLES AUX ENTREPRISES
Mais le chef de l'Etat a tenu à relancer son projet. Et lors de son intervention télévisée du 27 mars, il a annoncé le dépôt prochain d'un nouveau texte instaurant une taxe exceptionnelle sur les hauts revenus. Avec une différence de taille : les 75 % ne seront plus payés en marge de l'impôt sur le revenu, mais par les entreprises. L'idée avancée par M. Hollande, et qui reste à préciser, est la suivante : "L'Assemblée générale des actionnaires sera consultée sur les rémunérations et, lorsqu'elles dépassent un million d'euros, l'entreprise aura une contribution à payer qui, toutes impositions confondues, atteindra 75 %."
En clair, ce sera désormais à l'entreprise de payer la surtaxe, libre à elle ensuite de la répercuter ou non dans la rémunération de son salarié. Un changement dû à l'avis rendu par le Conseil d'Etat, consulté pour éviter une nouvelle censure, et qui avait évoqué soit une taxe d'un taux moindre (66 %), soit cette solution de passer par l'entreprise. Le changement est plus que cosmétique : il pousse de fait les entreprises à ne pas offrir de rémunérations trop élevées à leurs cadres dirigeants sous peine de devoir s'acquitter de lourdes taxes.
En outre on peut déduire des propos de M. Hollande que le taux de ladite taxe sera en fait de moins de 75 %, puisque c'est "toutes impositions confondues" qu'elle atteindra ce montant. La taxe devrait donc, en elle-même, être plutôt de 50 %, auxquels s'ajouteront les charges classiques sur le salaire, selon Les Echos.
UNE TAXE PLEINE DE "TROUS"
Le quotidien économique estime que le nombre de personnes touchées par cette taxe sera très réduit, de l'ordre du millier, très peu de personnes gagnant plus d'un million d'euros par an, en revenus salariés. Selon l'Insee, en 2007, le salaire moyen gagné par les 1 % de salariés les mieux payés était de 215 600 euros. On parle ici des 0,01 % les mieux rémunérés, soit quelques milliers de personnes tout au plus.
Or, la plupart des personnes gagnant très bien leur vie (l'Insee évoque les "plus aisés" pour ces personnes représentant 0,01 % de la population et qui gagnent plus de 687 000 euros par unité de consommation et par an) ne sont pas salariées, ou du moins ne tirent pas l'essentiel de leur revenu de leur seul salaire, mais de revenus exceptionnels ou du patrimoine. Et cette fraction de leur revenu échappera à la future taxe "à 75 %".
On ne connaît pas encore le détail des modalités d'application de la taxe, mais on peut aussi s'interroger sur les types de revenu qu'elle concernera : seulement les salaires ? Ou également les stock-options et autres actions gratuites ? Et les primes exceptionnelles, qui composent elles aussi souvent une bonne part des revenus des très hauts salaires ?
De même, contrairement à une taxe adossée à l'impôt sur le revenu, une taxe touchant les entreprises ne concernera aucunement les professions libérales (médecins, avocats...), ni les acteurs rémunérés au cachet.
Certaines contradictions sont difficiles à admettre. Entre 1989 et 2000, pendant que l'on déplorait le retrait des intellectuels de la scène publique française, Claude Lévi-Strauss s'exprimait régulièrement dans le grand quotidien italien La Repubblica. Pendant que le père de l'anthropologie structurale écrivait des phrases comme celle-ci : «Les hommes ne diffèrent et même n'existent que par leurs œuvres», la majorité des Italiens votait... Berlusconi. Allez comprendre... Comment voulez-vous croire, après cela, aux vertus d'une réflexion publique, à l'articulation possible entre les peuples et les penseurs ? Il ne reste qu'à s'en remettre à une solution voltairienne, encouragée par la publication de ces textes, rédigés en français et pourtant inédits chez nous : que chacun, plongé dans son livre, cultive son jardin, loin du bruit, mais près des hommes.
Car la pensée de Lévi-Strauss n'a rien de la rigidité qu'on prête aux structuralistes. S'il a une légère tendance à essentialiser les cultures («La pensée occidentale est centrifuge ; celle du Japon, centripète») et défend une conception un peu trop «scientifique» de sa discipline, il fait toujours preuve d'une forme admirable d'érudition. Son encyclopédisme brasse avec la même aisance le passé européen et les pratiques culturelles de tous les continents. Ce qu'il exprime, dans ces articles, n'est donc pas exactement un point de vue déterminé par une position ; c'est plutôt un point de fuite qui met chaque chose en perspective - «à l'échelle des millénaires», comme il le dit. C'est ainsi qu'il peut tirer une «leçon de sagesse des vaches folles», douter que l'agriculture soit un progrès («N'existe-t-il qu'un type de développement ?»), ou encore tourner en dérision d'invraisemblables hypothèses sur «la sexualité féminine et l'origine de la culture».
Vanités des vanités : les réflexions de l'anthropologue nous font sentir combien les sociétés changent vite. Son premier texte rappelle ainsi qu'en 1952 des fanatiques brûlaient le père Noël sur une place de Dijon, scandalisés que la fête d'anniversaire de Jésus devînt une fête païenne. Avec gourmandise, Lévi-Strauss saisit l'occasion de méditer sur le brassage de symboles qui accompagne toute invention de rituel. Notre Noël explose alors en arbres magiques médiévaux, en Saturnales antiques, en trophées de rennes de la Renaissance, il se rassemble en un curieux fourre-tout où notre générosité dialogue avec la mort : «La croyance où nous gardons nos enfants que leurs jouets viennent de l'au-delà apporte un alibi au secret mouvement qui nous incite, en fait, à les offrir à l'au-delà sous prétexte de les donner aux enfants. Par ce moyen, les cadeaux de Noël restent un sacrifice véritable à la douceur de vivre, laquelle consiste d'abord à ne pas mourir.»
Nous sommes tous des cannibales, de Claude Lévi-Strauss, Le Seuil, 272 p., 21 €.
Personnalisation, services exclusifs, financement aux petits oignons... Dans l'entreprise, l'automobile a la cote. Les salariés y puisent un supplément "prestige", les employeurs boostent, grâce à leurs flottilles rutilantes, le fameux esprit "corporate" qui leur tient tant à cœur. Et, financièrement, c'est win-win pour tous. Explications.
Elle s'appelait Renault 21 Manager. Dans les années 90, c'était le Graal du cadre téméraire... et chanceux. Le privilège était tel qu'il n'avait, souvent, même pas le droit d'en choisir la couleur. Blanc banquise pour tout le monde, et surtout pas une option que le collègue n'a pas. Sacerdoce de quelques privilégiés, la voiture de fonction ? Plus vraiment : rouler aux frais de la princesse est totalement passé dans les mœurs. En France, les ventes de véhicules particuliers aux loueurs, constructeurs, sociétés et administrations ont représenté 45,26 % l'année dernière (source : Association auxiliaire de l'automobile), contre... 26 % en 1991.
Ainsi donc, l'automobile, égérie du baby-boomer en quête de liberté, vit-elle de plus en plus sous perfusion de l'entreprise. En cause, tout d'abord : la baisse structurelle des ventes aux particuliers, presque continue depuis vingt ans, rarement interrompue par des effets de primes à la casse. En 2012, année sinistrée, ces dernières ont même plongé de 19,48 %. Pour Philippe Brendel, président de l'Observatoire du véhicule d'entreprise, les causes sont multiples : «Le recours aux véhicules de fonction, financièrement intéressants pour les entreprises et les collaborateurs, s'est tout d'abord développé. Mais il faut aussi relever que les activités des entreprises nécessitent de plus en plus de déplacements et de livraisons, notamment avec le phénomène du commerce par Internet et le développement des services.» Une voiture de fonction, c'est du win-win : le salarié, certes imposable par le dispositif de l'avantage en nature, paiera de toute façon sa voiture moins cher par ce biais que s'il l'achetait. Et l'employeur dépensera nettement moins que s'il augmentait son employé... Plus roublard, tu meurs.
L'apparition et le soutien de nouvelles formes de financement, toujours plus raffinées, a catalysé l'appétit de mobilité des sociétés, qu'il s'agisse du crédit-bail, marotte des petites PME ou de la plus tentaculaire «LLD», la location longue durée, choisie par les 4 500 entreprises qui disposent d'une flotte de plus de 500 voitures, louées et gérées (démarches administratives, assurance, assistance, entretien, réparations) pour des kilométrages et des durées définies par des établissements avant tout financiers que sont Arval, Lease Plan, GE Capital... Un business monumental, puisque, en France, la flotte gérée par les loueurs de longue durée dépasse le million de voitures... Pour les constructeurs, il faut prendre en compte la masse comme l'individu, l'ultraspécifique : la plupart des marques intègrent ainsi des cellules spéciales dédiées au sur-mesure. Renault, par exemple, dont le département Tech se consacre entièrement à l'adaptation des véhicules de société, qu'il s'agisse du transport de personnes à mobilité réduite, de l'aménagement d'utilitaires ou de la transformation de voitures particulières en autos-écoles. Sur un créneau plus envié, les constructeurs de prestige rivalisent d'attentions et de gadgets pour séduire les PDG pressés en quête d'un bureau mobile suraccessoirisé, surpersonnalisé. IPad intégrés aux dossiers, sièges spécifiques à réglages multiples, WiFi de bord... il n'y a presque pas de limites, comme en témoignent, entre autres, les berlines blindées proposées par BMW Security Vehicles ou les aménagements (cuir, boiseries) proposés par ses concurrents.
Finitions business
Ces dernières années, les marques ont aussi fait l'effort de calibrer leurs modèles, leurs services, en fonction d'exigences «pro». Des finitions exclusives «business» sont ainsi apparues en masse. Très équipées, elles chouchoutent la productivité du salarié mobile (GPS pour ne pas se perdre, climatisation pour garder la tête froide, radar de recul), sans oublier de flatter son ego. Octroyer une belle auto à un employé, c'est autant une manière de le valoriser que d'étouffer à l'avance d'éventuelles revendications... Comment réclamer quoi que ce soit à son patron lorsqu'il a eu la bonté de remplacer votre franchouillarde Clio de fonction par une VW Golf avec des jantes alliage ? Allons, ne soyez pas ingrat... Si vous êtes performant, le boss vous gratifiera dans deux ans d'une Audi A3. Un luxe inespéré ? Pas forcément : en matière de véhicule d'entreprise, le TCO, Total Cost Of Ownership, calcul sophistiqué (et variable selon son officine) du coût global d'utilisation d'une voiture d'entreprise, fait loi. A l'intérieur de ce barème, la valeur de revente estimée occupe une place prépondérante : les modèles chic ne sont pas forcément les plus chers, car ils décotent (parfois beaucoup) moins. De quoi relativiser les largesses de votre N + 12, même si celui-ci est soumis à une forte pression fiscale. Car, en France, où l'automobile a toujours été considérée comme un bien somptuaire, les entreprises rament pour rouler.
Le paradoxe du diesel
Pour Louis Daubin, directeur du magazine professionnel Kilomètres Entreprise, les pouvoirs publics ont encore du chemin à parcourir. «Les ventes aux sociétés constituent l'une des portes de sortie de la crise actuelle. En Grande-Bretagne, 70 % des voitures sont vendues aux entreprises. En France, nous sommes encore loin de ce chiffre. La fiscalité anglaise est extrêmement favorable aux salariés, qui ne paient pas d'impôts sur les avantages en nature, mais aussi aux entreprises avec l'impôt sur les sociétés et la TVS. Notre politique n'est pas incitative... c'est elle qui a fait disparaître le haut de gamme français.» Autre bizarrerie bien de chez nous, particulièrement gênante en plein débat sur la fiscalité écologique : un système qui favorise outrageusement le diesel, à triple titre. D'abord parce que le gazole est toujours moins taxé que l'essence, mais aussi parce que les dispositifs fiscaux sont conçus... sur mesure. Ainsi la TVS (taxe sur les véhicules de société), dont le mode de calcul est basé sur les émissions de CO2, favorise-t-elle naturellement les diesels, car moins émetteurs de gaz à effet de serre (mais posant des problèmes de pollution, dont les particules fines). Ultime aberration : les entreprises peuvent récupérer 80 % de la TVA sur le gazole, mais zéro sur l'essence. Kafkaïen. En matière de véhicules d'entreprise plus qu'ailleurs, la fiscalité fait loi. Les modèles hybrides, qui cartonnent, lui doivent tout : non seulement ils bénéficient d'un bonus de 4 000 € maximum, mais ils ouvrent le droit à une exemption de TVS pour... huit trimestres. Ecolo ? Non, juste corporate. C.Au.
DIS-MOI DANS QUOI TU ROULES, JE TE DIRAI TA PLACE DANS L'ORGANIGRAMME...
Une voiture de fonction, c'est le Jolly Jumper du salarié. A la fois une compagne de route et une médaille d'honneur.
140 g : niveau de CO2 au-delà duquel la taxe annuelle double pour les véhicules de société.
LA CHEF DE PRODUIT : RENAULT CLIO
Efficace mais speed, le commercial moderne a besoin du meilleur outil qui soit.... La nouvelle Clio, déjà en tête des ventes, a tout pour lui plaire : des moteurs frugaux, une grande polyvalence d'usage et un look valorisant. Une bonne affaire pour nombre de petites entreprises, qui souhaitent rester propriétaires de leurs autos.
LE DIRCOM : BMW SÉRIE 3
Le Graal de l'homme qui commence à réussir dans la vie est ici : la Série 3 de BMW, connue pour son agrément de conduite, sa qualité de fabrication impeccable et son look sportif qui situe tout de suite les ambitions de son conducteur... Chic, mais pas dispendieuse : ses moteurs et ses niveaux d'émission font référence.
LA CHEF DE FAB : CROSSOVER HYBRIDE
Rouler économique sans trucider la planète ? Le rêve. Les hybrides bénéficient d'une exemption de taxe sur les véhicules de société pendant deux ans. Avec les avantages fiscaux liés aux diesels et au bonus de 3 795 €, cette 3008 Hybrid4, déjà confortable, bien fabriquée et douce à conduire, est une affaire redoutable, car elle consomme très peu eu égard à son gabarit.
LE DRH : VOLKSWAGEN GOLF
Entre deux rendez-vous avec le consultant en restructuration et le cost-killer du contrôle de gestion, notre homme gère son temps avec une rigueur de métronome. Hyperéquipée et dotée d'un agrément de conduite à la pointe, la Golf VII est la meilleure compacte du marché. Avantage majeur : une décote moins forte que les françaises, pour une valeur de revente plus élevée.
L'ATTACHÉ DE PRESSE : RENAULT TWIZY
Pour faire parler de soi, rien de mieux que le gadget du moment bardé d'autocollants : le petit quadricycle électrique de Renault n'a certes pas beaucoup d'autonomie (environ 70 km), mais il conviendra aux stricts urbains qui aiment se garer partout sans recracher un gramme de C02, ni aucun polluant. En plus, il est fun à conduire...
LA SECRÉTAIRE DE DIRECTION : OPEL ADAM
Difficile pour un salarié dans le coup de résister à la meilleure concurrente directe de la Fiat 500 : la petite Opel Adam, qui n'existe qu'en essence (attention, TVA non récupérable), son intérieur nickel et ses possibilités de personnalisation jamais vues sur le marché : 61 000 pour l'extérieur et 82 000 pour l'intérieur !
L'ACTIONNAIRE : AUDI A7
Sa réussite est derrière lui. Plus besoin de ramer, ses journées sont devenues plus cool. Alors il cherche le plaisir : l'A7, grand coupé à cinq portes d'Audi, comblera cet homme exigeant par sa qualité de finition stratosphérique, sa silhouette unique et ses performances de vraie sportive...
L'INFORMATICIEN : TOYOTA AURIS HYBRID
Fasciné par les systèmes compliqués, notre geek roule beaucoup, mais abhorre le diesel, de plus en plus contesté. Et, même s'il ne peut récupérer la TVA sur le sans-plomb (seuls les diesels le peuvent, à 80 % mais ça pourrait changer !), il a choisi une hybride essence, pour sa douceur de fonctionnement en ville et ses consommations plancher. Un pionnier !
LA DIRECTRICE MARKETING : CITROËN DS5
A défaut de posséder un jet privé, autant demander à son boss la voiture qui s'en rapproche le plus. Disponible en hybride diesel, avec un bonus de 4 000 € et une exemption de taxe sur les véhicules de société pendant deux ans, cette frugale DS5, au style et à la finition unique n'est presque plus un caprice...
45 % des voitures particulières vendues en 2012 l'ont été à des entreprises ou à des collectivités - 4 500 : entreprises françaises possédant une flotte de plus de 500 voitures.
SUR MESURE
Les constructeurs ont tous développé des cellules spéciales pour les entreprises. Pour les artisans, Renault Tech, par exemple, équipe sur mesure ses utilitaires. Les constructeurs allemands (BMW, Audi, Mercedes), quant à eux, rivalisent de raffinement pour proposer des bureaux mobiles high-tech pour PDG du CAC.
Au Palais, on ne trouve plus trace des sondages commandés par l'ex-président entre 2011 et 2012. Serait-ce parce que, payés par le contribuable, ils venaient informer... le candidat? Enquête.
Disparus, envolés, évanouis dans la nature. Les sondages payés par l'Elysée lors de la dernière année du quinquennat Sarkozy sont... introuvables ! Raymond Avrillier, militant écologiste grenoblois, a pourtant essayé de mettre la main dessus. Requérant méticuleux, citoyen acharné, l'homme avait réussi jusque-là un joli coup : il était parvenu, au prix d'un long bras de fer avec l'administration, à se faire communiquer par les services de la présidence de la République les enquêtes d'opinion commandées au début du quinquennat auprès, notamment, du cabinet Publifact de Patrick Buisson, le Docteur Folamour ès sondages de Nicolas Sarkozy. Il avait reçu par cartons entiers les documents de la première affaire de cet épique quinquennat : l'affaire dite « des sondages de l'Elysée ».
Voilà que les dernières études, elles, sont portées disparues. A commencer par celles, hautement sensibles, réalisées lors de l'année précédant la présidentielle de 2012. « Les études n'ont pas été transmises au service financier et ne sont pas en sa possession », lui écrit Bernard Trichet, directeur du service financier et du personnel de l'Elysée, en juillet 2012, après avoir promis à Raymond Avrillier, le 4 mai 2012, de les lui envoyer. En janvier 2013, c'est au tour de Sylvie Hubac, directrice de cabinet de François Hollande, de reconnaître son incapacité à transmettre les « études manquantes » : « Après consultation du service des archives et des anciens secrétariats des membres du cabinet chargés de ces questions sous le précédent mandat, il apparaît que lesdits documents n'ont pas été conservés à la présidence de la République. » La Cour des comptes elle-même, dans son rapport public de décembre 2012 sur la gestion de l'Elysée à la fin de l'ère Sarkozy, explique qu'ils « ne [lui] ont pas été transmis, pas plus qu'au service financier ou au service des archives de la présidence ». Et de préciser : « Cette situation n'a pas permis à la cour de s'assurer du rattachement de ces dépenses à l'activité présidentielle. » Car c'est bien là le problème.
Et les comptes de campagne ?
Sans pouvoir consulter le contenu des sondages datés de 2011 et 2012, comment savoir si ces enquêtes payées par le contribuable venaient éclairer le président de tous les Français ou le candidat de la seule UMP ? Cette question est légitime à plus d'un titre. En octobre dernier, Marianne révélait ainsi une incongruité dans les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy parue au Journal officiel et pourtant ignorée de tous. En 2012, le candidat de la droite aurait dépensé 548 000 € de moins en matière de sondages et de communication qu'en 2007. Un demi-million d'euros disparus comme par enchantement ! On veut bien croire à une restriction budgétaire, mais il y a des limites : ainsi, pour la présidentielle de 2012, Sarkozy était-il le seul « gros » candidat à ne déclarer, comme les « petits », Cheminade, Poutou ou Arthaud, aucuns frais à la rubrique « conseil en communication »...
Des études et des conseils en com à l'attention du candidat auraient-ils été payés par le Château ? C'est la question à un demi-million d'euros ! On sait, par exemple, factures à l'appui, que, début 2011, un sondage Ifop portait sur « les sympathisants socialistes et la question de l'islam ». Que, au mois de juillet suivant, une « étude qualitative » du même institut s'intéressait à « l'électorat écologiste » et que, en septembre, enfin, c'est l'impact d'un passage à la télévision de Marine Le Pen qui était sondé ! OpinionWay, en février 2011, passait aussi au crible l'interview de Dominique Strauss-Kahn dans le 20 heures de France 2. Des centres d'intérêt très... électoraux !
Pas d'archivage
Si l'on en connaît certains thèmes, les études, elles, se seraient donc volatilisées. Ont-elles seulement été réalisées ? Si ce n'est pas le cas, il s'agirait alors de prestations fictives facturées plusieurs centaines de milliers d'euros à la présidence. Auraient-elles été égarées ? Difficile à croire : la boulimie sondagière de Sarkozy en début de mandat se comptait déjà en volumineux cartons. Peut-être alors ces enquêtes d'opinion ont-elles été exfiltrées ou passées à la broyeuse à l'heure du grand déménagement de l'Elysée ? Cette étrange disparition de documents qui doivent pourtant être conservés et archivés a été révélée mi-mars par Raymond Avrillier au procureur de Paris. Ce militant qui, par le passé, contribua à la chute du maire UMP de Grenoble Alain Carignon estime aujourd'hui que ce « détournement de fonds publics » («fonds», au sens d'«archives») relèverait du pénal. Me Jérôme Karsenti, avocat de l'association anticorruption Anticor, a d'ailleurs informé de cette « disparition » le juge Serge Tournaire, chargé du dossier des sondages élyséens portant déjà sur des faits de favoritisme, de recel de favoritisme et de détournement de fonds publics. Voilà qui devrait apporter de l'eau au moulin du juge Tournaire. Selon une source proche de l'enquête, celui-ci progresserait en effet « à grands pas » dans ses investigations.
Ces sondages mystérieusement disparus devraient toutefois intéresser une autre vénérable institution : le Conseil constitutionnel. Fin décembre 2012, les comptes du candidat Sarkozy avaient été rejetés par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP). Pour quelles raisons ? Nicolas Sarkozy ayant déposé un recours auprès du Conseil constitutionnel, les conclusions de la CNCCFP n'ont pas été rendues publiques. Selon plusieurs médias, certains déplacements datant d'avant son entrée en campagne officielle, le 15 février 2012, auraient été réintégrés, conduisant ainsi au dépassement du plafond de dépenses autorisées. Selon des informations transmises à Marianne par un haut dirigeant de l'UMP chargé des comptes de campagne, la CNCCFP aurait également réclamé que les contrats de travail de certains membres de l'équipe de campagne soient corrigés. Motif : ils débutaient « trop tard ». Est-ce parce que ces contrats prenaient effet, par exemple, une semaine avant la fin de la campagne ? Ou est-ce parce que la CNCCFP a jugé que la campagne du candidat président avait en réalité commencé bien avant la date « officielle » du 15 février 2012 ? Rien ne permet de répondre.
Cependant, dans la seconde hypothèse — campagne ouverte avant la date « officielle » —, la commission pourrait également demander que soient ajoutés aux dépenses de Nicolas Sarkozy les quelque 500 000 € portés disparus et révélés par Marianne. Avrillier, lui, considère qu'il faudrait « affecter aux comptes de campagne du candidat Nicolas Sarkozy » toutes les dépenses de l'Elysée en matière de « conseils en communication » et d'« études et sondages » à partir d'avril 2011. Soit, selon les estimations du militant isérois, plus de 1,3 million d'euros. Il l'a d'ailleurs suggéré par courrier à la CNCCFP. Mais comment savoir quelles sont les enquêtes qui étaient destinées au candidat puisque l'on sait désormais qu'elles ont disparu ?
Difficile d'en savoir plus pour l'instant. Le dossier est « en cours d'instruction », explique-t-on au Conseil constitutionnel. Les sages devraient rendre leur décision « avant la fin de l'année », peut-être « d'ici à l'été ». En tout cas, Nicolas Sarkozy, membre de droit dudit conseil, « ne siégera pas », assure-t-on. Il n'aurait d'ailleurs pas mis les pieds Rue de Montpensier depuis fin 2012.
Si jamais le Conseil constitutionnel suit l'avis de la CNCCFP, l'UMP perdrait automatiquement plus de 10 millions d'euros de remboursement de frais de campagne versés par l'Etat. Le non-remboursement ? Décidément, voilà un puissant outil de pression, y compris pour Jean-François Copé. Par le passé, le patron de l'UMP a fait savoir autour de lui, un brin bravache, que, « si Nicolas Sarkozy [l']emmerde, l'UMP ne remboursera pas sa campagne »...
Selon La Provence, le conseil général des Bouches-du-Rhône a voté vendredi 29 mars la prise en charge par la collectivité des frais juridiques de Jean-Noël Guérini, président PS de ce même conseil général, et Jean-David Ciot, député du département.
Au terme d'un vote vendredi matin, communistes, indépendants et la majorité des socialistes se sont prononcés en faveur d'un paiement de la défense au pénal de M. Guérini, et du licenciement de M. Ciot. La droite a voté contre. A gauche, note La Provence, seuls Michel Pezet, Marie-Arlette Carlotti et Janine Ecochard se sont abstenus.
M. Guérini avait été mis en examen le 5 mars pour détournement de fonds publics dans l'affaire du licenciement abusif présumé de M. Ciot, actuel premier secrétaire de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône, également mis en examen.
La justice s'intéresse aux indemnités touchées par M. Ciot au printemps 2011 lors de son licenciement après neuf années passées au cabinet de M. Guérini. Elle soupçonne derrière ce licenciement transactionnel une démission arrangée, destinée notamment à permettre à M. Ciot de se présenter aux élections législatives en juin 2012, à l'issue desquelles il a été élu député d'une circonscription d'Aix-en-Provence.
Le contribuable financera la défense de Guérini
La Provence - Marseille / Publié le vendredi 29 mars 2013 à 12H32
Au budget ce matin, le Conseil général des Bouches-du-Rhône vote la prise en charge des frais juridiques par la collectivité pour la défense au pénal de Jean-Noël Guérini et le licenciement de Jean-David Ciot.
La droite a voté contre. A gauche, seuls Michel Pezet qui a pris la parole, Marie-Arlette Carlotti et Janine Ecochard se sont abstenus. Communistes, indépendants et la majorité des socialistes ont voté pour. Le rapport a été adopté, le contribuable paiera.
Patrice Lumumba, père de l'indépendance de la République démocratique du Congo, a été assassiné le 17 janvier 1961. | AF
Une mission pas si impossible. Un membre de la Chambre des lords britannique a évoqué l'hypothèse d'une implication de son pays dans l'assassinat en 1961 de Patrice Lumumba, héros de l'indépendance congolaise, assurant se baser sur les confidences d'une ex-agent des services secrets aujourd'hui décédée.
Dans une contribution au magazine London Review of Books d'avril, le lord travailliste David Lea affirme que Daphne Park, une ancienne cadre du MI6, lui a confié en 2010 avoir"organisé" cet assassinat jamais éclairci, pour lequel la Belgique – ancienne puissance coloniale – a admis "une responsabilité morale".
La confidence était reprise mardi 2 avril par plusieurs médias britanniques. Selon le Guardian, Daphne Park, surnommée "la reine des espionnes", était considérée comme l'un des meilleures agents secrets britannique durant ses quatre décennies de service. Elle aurait été envoyée par le MI6 au Congo belge en 1959 sous couverture diplomatique, alors que les Belges étaient sur le point de se faire évincer du pays.
CONFIDENCES AUTOUR D'UNE TASSE DE THÉ
"Je prenais un jour une tasse de thé avec Daphne Park – nous étions collègues, de bords opposés, à la Chambre des lords – quelques mois avant qu'elle ne meure en mars 2010", écrit l'ancien responsable syndical. "Elle avait été consul et première secrétaire à Léopoldville, aujourd'hui Kinshasa, de 1959 à 1961, ce qui en pratique (cela a été ensuite admis) signifiait qu'elle était chef du MI6 là-bas", poursuit-il.
"J'ai évoqué la controverse autour de l'enlèvement et le meurtre de Lumumba et la théorie selon laquelle le MI6 pouvait avoir joué un rôle. 'En effet', a-t-elle répondu. 'Je l'ai organisé'", affirme David Lea.
Toutefois, des doutes persistent, soulevés par des historiens et d'anciens officiels. Un ancien cadre de l'Agence britannique qui connaissait l'espionne a ainsi confié au Times : "Cela ne ressemble pas à Daphne Park. Elle restait toujours discrète. D'autant que le MI6 n'a jamais eu de permis de tuer."
L'OMBRE DE LA CIA
Premier chef du gouvernement du Congo-Kinshasa, Lumumba fut assassiné, le 17 janvier 1961, après la prise du pouvoir par Joseph-Désiré Mobutu, par des responsables du Katanga, région minière qui fit un temps sécession avec le soutien de la Belgique.
Les forces de sécurité belges ont été accusées d'avoir à tout le moins couvert l'opération, voire de l'avoir commanditée ou coordonnée. En pleine guerre froide, l'ombre de la CIA a aussi plané sur l'opération fatale au dirigeant congolais, jugé trop proche de Moscou.
Une commission d'enquête parlementaire belge de 2001 avait conclu à la "responsabilité morale" de la Belgique. Le gouvernement avait alors présenté les excuses de la Belgique au Congo. En décembre dernier la justice belge a annoncé qu'à la demande de la famille de l'ancien dirigeant congolais elle allait lancerune enquête sur cet assassinat.
Les adeptes de la théorie du battement d'ailes de papillon capable de provoquer
une tornade à l'autre bout de la Terre ne pouvaient rêver meilleur
scénario. Six ans après sa parution, un essai virulent dénonçant l'échec
de l'intégration des Turcs en Allemagne, notamment en raison de leurs pratiques religieuses, est parvenu à créer d'importantes tensions entre ce pays et... Israël.
Une des clés de l'énigme est à Cologne. Le 26 juin, une décision du
tribunal de grande instance de cette ville de Rhénanie-du-Nord -
Westphalie qui interdit la circoncision à des fins religieuses est
rendue publique. L'affaire remonte à 2010, quand une circoncision
effectuée par un médecin sur un petit Tunisien de 4 ans tourne mal. Le
lendemain, la plaie saigne. La mère panique. L'enfant est envoyé à
l'hôpital, la blessure rapidement soignée.
MODIFICATION "DURABLE ET IRRÉPARABLE"
Début 2011, néanmoins, le procureur porte plainte pour atteinte
corporelle avec circonstances aggravantes contre le médecin, un Syrien
installé depuis 1991 en Allemagne. N'étant pas suivi par le tribunal, le
procureur fait appel auprès du tribunal de grande instance, qui, lui
aussi, relaxe le médecin, en raison d'une situation juridique peu
claire. Mais surtout, le tribunal affirme que la circoncision est un
délit pénal, parce qu'elle modifie le corps de façon "durable et irréparable". C'est bien parce que cette mutilation est irréversible que "le droit d'un enfant à son intégrité physique prime sur le droit des parents ". Du reste, à sa majorité, le délit pénal tombe et l'enfant peut décider de se faire circoncire. Le procureur ne s'étant pas pourvu en cassation, ce jugement est définitif et s'applique à toute l'Allemagne.
Ce jugement est historique. D'un trait de plume, des juges allemands viennent de condamner
un rite multimillénaire. Pourtant, rendu le 7 mai, le jugement passe
tout d'abord inaperçu. Ce n'est que fin juin qu'un universitaire, Holm
Putzke, alerte quelques journaux. Pas innocemment d'ailleurs. Né en 1973
dans la Saxe, ce professeur à l'université de Passau (Bavière) est
devenu depuis quelques années l'un des plus farouches opposants à la
circoncision. Exactement depuis 2006, quand un de ses ex-professeurs,
Rolf Dietrich Herzberg, lui demande d'étudier cette question, après avoir été choqué par la description d'une circoncision dans un essai qui a fait polémique - Die verlorenen Söhne, de la sociologue allemande d'origine turque Necla Kelek, traduit en français sous le titre Plaidoyer pour la libération de l'homme musulman (éd. Jacqueline Chambon).
"UNE NATION DE GUIGNOLS"
En 2008, à l'occasion d'un hommage au professeur Herzberg, Holm Putzke publie une étude de 41 pages truffée de références : Pertinence pénale de la circoncision des garçons. La mèche est allumée. "Il ne viendrait à l'idée de personne se revendiquant comme raisonnable de prendre au mot le texte entier de la Bible et d'aligner son comportement dessus ", écrit-il, en introduction, se défendant par avance de critiques.
Sous ses airs de gendre idéal, l'universitaire a manifestement envie de croiser le fer. "Certains
jugeront sans doute ce thème délicat en se souvenant probablement des
caricatures de Mahomet qui, publiées dans un journal danois, ont
provoqué un débat nourri sur le niveau des critiques autorisées à
l'égard de la religion ", anticipe-t-il. A tort. Son
article n'est lu que par quelques spécialistes et ne soulève aucun
débat. En revanche, le jugement qui repose sur son argumentation fait
l'effet d'une véritable bombe. Même Angela Merkel est sortie de sa
réserve traditionnelle. Seul pays au monde à interdire la circoncision, l'Allemagne risque de passer pour "une nation de guignols", confie-t-elle aux dirigeants de son parti, la CDU.
S'il ne s'agissait que de cela, l'affaire ne serait pas si grave.
Mais en interdisant la circoncision, l'Allemagne s'en prend à un rite
musulman, mais aussi à l'un des piliers du judaïsme. Significativement, la phrase exacte d'Angela Merkel, d'après témoins, était : "Je ne veux pas que l'Allemagne soit le seul pays du monde où les juifs ne peuvent pas pratiquer leur religion. Sinon, on passerait pour une nation de guignols."
Bien que le jugement concerne des musulmans et que cette communauté,
forte d'environ 4 millions de personnes dans le pays, soit infiniment
plus importante que la communauté juive (105 000 personnes, selon le
Conseil central des juifs en Allemagne), ce sont les représentants de
celle-ci qui sont de loin les plus virulents contre le jugement. "Si
la circoncision était interdite en Allemagne, les juifs seraient
poussés dans l'illégalité et, finalement, la vie juive ne serait plus
possible ici", déclare Dieter Graumann,
l'influent président du Conseil central des juifs en Allemagne. Un
homme dont une simple remarque a contraint au printemps des
représentants de l'équipe allemande de football à se recueillir à Auschwitz avant de disputer l'Euro 2012 en Pologne et en Ukraine.
Dans Die Zeit (du 16 août), deux rabbins du Centre Simon-Wiesenthal sont plus explicites : "Hitler
et ses exécuteurs ont tué plus de 1,5 million d'enfants juifs. Cela
explique pourquoi des parents juifs ne sont pas prêts sur la question de
la circoncision de leurs garçons à accepter des reproches ou des consignes émanant de quelque autorité allemande que ce soit."
Même si l'on ne compte qu'une centaine de circoncisions par an dans
la communauté juive en Allemagne, l'affaire est suivie au plus haut
niveau en Israël. Une lettre envoyée à ce sujet par le président Shimon
Pérès à son homologue allemand Joachim Gauck en témoigne. Mi-août, le grand rabbin ashkénaze d'Israël, Yona Metzger, se rend à Berlin, pour faire part au gouvernement à la fois de son indignation, de son incompréhension et de son espoir de trouver une solution. Tout en se montrant solidaire des musulmans, le grand rabbin fait remarquer
que, pratiquée par les juifs selon le commandement de Dieu à Abraham au
huitième jour du nourrisson, la circoncision est moins douloureuse que
chez les musulmans, où elle intervient plus tard.
"UNE QUESTION DE FOI"
La Turquie, dont sont originaires la plupart des musulmans vivant en Allemagne, fait aussi entendre sa voix. Dans un article paru dans la Süddeutsche Zeitung, Egemen Bagis, ministre turc chargé des affaires européennes, "observe avec étonnement que la liberté religieuse n'est plus totalement garantie en Allemagne" où, pourtant, elle est protégée par la Loi fondamentale. Selon lui, la circoncision est "une question de foi dont les frontières ne peuvent être définies arbitrairement par des tribunaux". D'ailleurs, note-t-il, "si
le tribunal avait vraiment eu l'intention de protéger l'intégrité
physique des enfants et leur liberté religieuse individuelle, il aurait
logiquement dû inclure le baptême chrétien dans son jugement"
- Egemen Bagis omet que, dans la circoncision, il y a un coup de
bistouri. Etonnamment, le jugement de Cologne a eu des conséquences dans
toute l'Allemagne - les associations de médecins ont recommandé à leurs
adhérents de cesser toute circoncision -, mais aussi à l'étranger.
En Suisse, les hôpitaux de Zurich et de Saint-Gall ont décidé, en juillet, de suspendre
les circoncisions en attendant l'avis des comités d'éthique. Au grand
dam des représentants des communautés religieuses qui auraient préféré
que la consultation précède la décision. Fin août, l'hôpital de Zurich a
annoncé reprendre les opérations au cas par cas, en tenant compte "du bien de l'enfant", et en exigeant l'accord écrit des deux parents. En Autriche, des gouverneurs de province ont demandé aux hôpitaux de ne plus pratiquer de circoncisions avant que le ministère de la justice
redonne son feu vert. En France, la circoncision est une atteinte
corporelle volontaire et donc théoriquement condamnable sur le plan
pénal, mais aucune plainte ne semble jusqu'à présent avoir été déposée. En Europe, c'est la Suède qui se montre la plus restrictive. Aucune circoncision n'est possible sans intervention médicale.
Les partisans de la circoncision mettent souvent en avant l'exemple
des Etats-Unis. Dans ce pays, la circoncision était la norme dans les
années 1960 : 80 % des nouveau-nés étaient circoncis. Ce n'est plus ici
une question religieuse mais de prophylaxie. L'excision du prépuce,
petit repli cutané qui recouvre le gland, a des effets bénéfiques, que
ce soit face à la maladie ou pour l'activité sexuelle, comme l'a indiqué
Richard Guédon (Le Monde du 29 août).
POURCENTAGE DE NOUVEAU-NÉS CIRCONCIS EN CHUTE LIBRE
Et pourtant l'exemple américain devient moins probant, puisque le
pourcentage des nouveau-nés circoncis est en chute libre : il représente
aujourd'hui moins de 50 % des petits garçons. Là encore, des
associations médicales américaines ont émis des réserves quant aux
risques liés à l'opération. En Californie, une pétition pour interdire la circoncision n'a pas reçu assez de soutiens pour imposer un référendum sur la question.
Tout se passe donc comme si le jugement de Cologne avait importé en
Europe un débat qui touchait surtout le continent nord-américain, et
sous l'angle davantage médical que religieux. On en a un bon exemple
avec le juriste Rolf Dietrich
Herzberg, l'un des hommes par qui le scandale est arrivé, pour qui le
jugement ne s'en prend pas à l'éducation religieuse, mais "condamne
seulement la minimisation dépourvue de toute empathie de ce que l'on
fait à l'enfant désarmé avec la circoncision, ainsi que le mépris qui
l'accompagne du droit fondamental à l'intégrité corporelle".
A l'instar d'Angela Merkel, la classe politique
est d'autant plus gênée que, selon les sondages, 56 % des Allemands
approuvent le jugement. Signe de cet embarras, le 19 juillet, alors
qu'ils avaient interrompu leurs vacances pour approuver le plan d'aide aux banques espagnoles, les députés en ont profité pour voter une motion sur le sujet. La CDU, le Parti libéral et aussi le Parti social-démocrate demandent au gouvernement de présenter à l'automne un projet de loi qui, "en prenant en considération le bien-être
de l'enfant et la liberté religieuse, comme le droit des parents à
l'éducation, assure qu'une circoncision médicalement appropriée des
garçons sans douleur inutile est en principe autorisée".
"BLESSURE INTENTIONNELLE "
Lors de sa visite à Berlin, le grand rabbin Metzger a donné son
accord pour que des médecins participent à la formation des spécialistes
de la circoncision, mais il a refusé toute idée d'anesthésie. Preuve de
la complexité du débat : le Conseil des juifs en Allemagne a, par la
suite, pris l'exact contre-pied de cette position. Consulté par le
gouvernement dans le cadre de la préparation de la loi, le Comité
d'éthique propose d'autoriser la circoncision, à condition de traiter la douleur, d'avoir l'accord des parents qui auront été informés des risques et que l'intervention soit faite par un spécialiste médical.
Une tentative de compromis qui ne fait pas l'unanimité. Ni à l'extérieur - l'association des pédiatres allemands juge "scandaleux" que le droit des enfants à l'intégrité physique ne soit pas respecté - ni même à l'intérieur. Pour le juriste Reinhard Merkel, membre du Comité d'éthique, la circoncision, "blessure intentionnelle ", est injustifiable au regard de la loi allemande. Mais, dit-il, "à cause des abominables crimes de masse organisés dans le passé dans ce pays, les responsables politiques allemands ont le devoir unique au monde d'avoir une sensibilité particulière à l'égard de tout intérêt juif. Il n'y a pas à discuter". Bien qu'il le déplore, il ne voit donc pas d'autre solution que de reconnaître ce "privilège judaïco-musulman".
En autorisant la circoncision, la future loi réglera sans doute le
problème de la douleur, mais pas celui de l'intégrité physique.
Révélatrice de tensions en Europe entre une société laïque et des
communautés religieuses, mais aussi des difficultés de l'Allemagne à assumer son passé, la polémique n'est pas près de s'éteindre.
Uma Thurman, alias "Black Mamba", l'héroïne de Kill Bill qui
assouvit sa vengeance à la pointe de son katana, vient de trouver un
avatar dans la réalité. En Turquie, une femme enceinte de 26 ans a tué
puis décapité l'homme qui avait abusé d'elle pendant plusieurs mois
avant de jeter sa tête dans le square du village, rapportent le Daily Mail et la presse turque (1, 2, 3) Quand la police l'a interpellée, cette jeune mère de deux enfants a lancé : "Voici
la tête de celui qui a joué avec mon honneur. Tout le monde aurait
insulté mes enfants. Désormais, personne ne pourra le faire. J'ai lavé
mon honneur. Les gens parleront de mes enfants comme étant ceux de la
femme qui a lavé son honneur."
La jeune femme, enceinte de cinq mois, demande aux autorités de
l'autoriser à avorter malgré le fait que les dix semaines de grossesse
prévues par la loi turque soient dépassées depuis longtemps. Celle qui
est devenue une héroïne pour des groupes féministes turcs avait été
violée pendant des mois par son agresseur, qui avait pris des photos
d'elle nue et menaçait de les envoyer à ses parents si elle refusait de
coucher avec lui. Elle s'est finalement procuré un revolver, lui a tiré
dessus à dix reprises, dont plusieurs fois dans les parties génitales,
avant de lui couper la tête et de la jeter dans un square. L'autopsie a
révélé que l'homme avait également été poignardé au ventre avant de
mourir.
«La parole prophétique répond essentiellement à l’épiphanie du visage, double tout discours, non pas comme un discours sur des thèmes moraux, mais comme moment irréductible du discours suscité essentiellement par l’épiphanie du visage en tant qu’il atteste la présence du tiers, de l’humanité tout entière, dans les yeux qui me regardent. »
Emmanuel Levinas, Totalité et Infini, 1961
« […] tout rentre dans le silence qui seul parle, parle du fond du passé et est en même temps tout l’avenir de la parole. Car le Minuit présent, cette heure où manque absolument le présent, est aussi l’heure où le passé touche et atteint immédiatement, sans l’intermédiaire de rien d’actuel, l’extrémité de l’avenir. »