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mardi 31 mars 2009

Pris pour un violeur, un homme a été lynché en pleine rue à Montreuil

LE MONDE 30.03.09

Dans le quartier du Bel-Air, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), l'affaire fait beaucoup de bruit. Le 12 mars, un homme d'une trentaine d'années s'est fait lyncher en pleine rue devant le centre commercial, par plusieurs dizaines de personnes. Le motif ? Sa ressemblance avec le "violeur des stades", un pédophile en cavale soupçonné de plusieurs viols commis entre août et décembre 2008 sur de jeunes garçons aux abords des stades parisiens.

Dans les jours qui ont précédé l'agression, un portrait-robot du criminel a circulé sur les portables. "Les pères de famille tournaient dans le quartier avec la photo du pédophile, ils voulaient lui faire la peau", se rappelle un jeune habitant. "On savait que le pédophile rôdait près de l'école", raconte une mère de famille. "J'interdisais à mon fils d'aller seul dehors, j'avais très peur." Cette psychose aurait pu coûter la vie à un innocent, qui n'a en commun avec le violeur que ses origines maghrébines, sa barbe mal rasée et ses cheveux courts.

Jeudi 12 mars, en fin d'après-midi, un passant le prend pour le pédophile recherché, selon un portrait-robot qu'il avait vu dans le stade parisien où s'entraîne son fils. L'homme lui a d'abord tiré dessus au moyen d'un Flash-ball, pour l'immobiliser, avant de prévenir la police. Très vite, un attroupement de 20 à 30 personnes s'est formé autour de lui. L'innocent, effrayé, a pris la fuite. Une réaction interprétée comme un aveu de culpabilité. S'en est ensuivi un véritable lynchage : la victime, plaquée au sol, a été rouée de coups de poing et de pied.

"Il est clair que si la police avait dû différer l'intervention, les conséquences auraient pu être beaucoup plus dramatiques, compte tenu de la violence des coups et du nombre d'agresseurs", observe le commissaire de Montreuil, Thierry Satiat. Ce sinistre incident s'est achevé à l'hôpital en réanimation : la victime, totalement défigurée, souffre de multiples fractures et contusions au visage, à l'abdomen et aux jambes. Les médecins lui ont prescrit trente jours d'interruption temporaire de travail.

"LA LOI DE LA RUE"

"C'est un malheureux concours de circonstances", estime un commerçant témoin de la scène. "Le type n'a pas eu de chance, il avait le même visage que le violeur. N'importe quel père aurait fait pareil." Selon lui, l'incident était inévitable : "Un pédophile était en cavale depuis un an et la police ne réagissait pas. La loi de la rue a dû prendre le relais." Pour son collègue de travail au contraire, ce genre de réaction est "inadmissible" : "Il faut laisser la police faire son travail, on ne peut pas se faire justice soi-même." Bel-Air est un quartier populaire réputé calme. La menace d'un pédophile en liberté "a engendré un sentiment de peur tel dans le quartier qu'il a fait céder les barrières entre les gens, car elle touchait à ce qu'ils ont de plus précieux : leurs enfants", estime Dominique Voynet, la maire de Montreuil.

Deux enquêtes ont été lancées : la première pour savoir dans quelles conditions l'agression a été commise, la seconde pour connaître l'origine de la diffusion du portrait-robot. La municipalité et la police affirment ne pas avoir diffusé la photographie du violeur en liberté. "Il fallait protéger les enfants, rappelle Mme Voynet, mais comme le visage de l'homme ressemblait à celui de M. Tout-le-Monde, il risquait de tenter les gens de se faire justice eux-mêmes."

L'homme à l'origine du lynchage a été mis en examen samedi 28 mars pour "violence avec arme en réunion avec préméditation" et incarcéré à la maison d'arrêt de Villepinte. Selon la police, il parle d'une "mission" dont il s'est senti investi, celle de neutraliser celui qu'il croyait être le violeur. "La situation lui a ensuite complètement échappé", précise le commissaire. Selon plusieurs témoins, il s'agirait d'un père de famille, employé à la Ville de Paris, dont le fils avait été abordé par le pédophile, avant d'être sauvé de justesse par un parent. Le vrai suspect, Halim Taguine, a quant à lui été mis en examen une semaine après l'agression, le 19 mars, à Bobigny, pour "viols et tentatives en récidive".

Aurélie Collas

mardi 17 mars 2009

Quand viendras-tu ?

lundi 9 février 2009

De la l'Illusion du Libre Internet ou de l'Usage du Minitel?

De l'urgence de déménager et créer son "propre réseau" ou la volonté d'être libre:

Conférence de Benjamin Bayart, président de la FDN, militant pour le maintien et l'usage d'Internet libre.
http://www.fdn.fr/minitel.avi

mardi 3 février 2009

Le philosophe Vincent Cespedes revient sur l'émission "Paris-Berlin" diffusée sur Arte

« Si ma mémoire est bonne... »
Droit de réponse du philosophe Vincent Cespedes, relatif à l’émission Paris-Berlin du 13 novembre 2008 (ARTE) sur le thème du métissage.

Les propos de M. Zemmour – qualifiant de « ridicule » la remise en cause scientifique du concept de « races » humaines, se disant « pour la répression » au nom de l’« assimilation » républicaine, ou évoquant des « affrontements de bandes ethniques » dans nos banlieues – provoquent de plus en plus de réactions outrées. Pour ma part, ces propos ne m’ont pas surpris ; je connais les idées de M. Zemmour, ainsi que sa façon de fuir les arguments adverses en pratiquant la surenchère dès qu’il se sent acculé.

Je ne compte pas utiliser mon droit de réponse pour lui faire un « procès », car il a déjà eu lieu pendant l’enregistrement de l’émission (90 min.), lors d’une confrontation houleuse entre lui et moi. Je déplore seulement que mes interventions aient considérablement fondues au montage final (58 min.), ce qui non seulement dénature le sens de ma participation à ce débat, mais surtout fait croire que personne n’a réellement déconstruit les énormités prononcées par M. Zemmour.

Si ma mémoire est bonne, j’ai largement fait ce travail sur le plateau. Relevant ses amalgames (distinguant par exemple le « phénotype » et la « race »), j’ai pointé son manque de probité intellectuelle, dénoncé ses provocations et ses affirmations péremptoires, soutenu en cela par Renan Demirkan et Rokhaya Diallo, mais aussi par un public proprement scandalisé, qui a d’ailleurs pris à parti M. Zemmour. Je déplore que l’on ait choisi de tronquer le cœur de la polémique pour mettre en scène le débat en le soumettant à des impératifs superflus (égalité des temps de parole, télégénie d’un duel Blanc/Noire, crédibilité du polémiste Éric Zemmour à maintenir à tous prix parce qu’il en va de la crédibilité du « casting » et du débat lui-même, etc.). Le montage final fausse la réalité du débat que nous avons eu.

Toutes les idées peuvent être exprimées, même les plus nauséabondes, à condition qu’elles soient analysées, débattues et critiquées avec autant de rigueur dans le fond que de vigueur dans la forme. Tel est le tout premier rôle d’un intellectuel – a fortiori d’un philosophe – lors d’un débat télévisé. Si ma mémoire est bonne, cela a été fait avec énergie et conviction tout au long de l’enregistrement. Ce qui me pose problème, ce qui me « choque », c’est qu’il n’en soit presque rien resté au final.

Toutefois, la mémoire étant sélective, subjective et faillible, le « buzz » autour de l’émission gagnant chaque jour de l’ampleur, je demande au diffuseur (Arte) et au producteur (2P2L) de bien vouloir mettre en ligne l’intégralité de l’enregistrement, ou, à défaut, une retranscription fidèle et exhaustive des échanges. Autrement dit : de faire fi du spectacle au profit du sens.

Vincent Cespedes
Paris, 20 novembre 2008


Ce texte paru sur le site Arte.tv, accompagne une vidéo retransmettant l'intégralité du débat.
http://www.arte.tv/fr/accueil/Comprendre-le-monde/paris-berlin/2321286.html

Tribune de Michel Wieviorka en réaction aux propos d'E. Zemmour

Michel Wieviorka : “Eric Zemmour doit être sanctionné "
Article paru dans l'hebdomadaire Télérama

http://www.telerama.fr/idees/michel-wieviorka-eric-zemmour-doit-etre-sanctionne,36411.php

Coup de colère du sociologue Michel Wieviorka, qui ne comprend pas pourquoi les propos tenus la semaine dernière à la télévision par Eric Zemmour sur “les races” et la “hiérarchie des cultures” ne sont pas sanctionnés. Dans cette tribune envoyée à “Télérama”, il demande qu’Arte fasse connaître son indignation, voire que la justice soit saisie.


Par Michel Wieviorka (*)

Au sortir de la Deuxième guerre mondiale, Jean-Paul Sartre expliquait, fort justement, qu'après le nazisme, il n'était plus possible de tenir l'antisémitisme pour une opinion : c'est un crime. Sa remarque peut sans difficulté être étendue au racisme, en général. C'est pourquoi les
récents propos d'Eric Zemmour, sur Arte doivent être relevés. Pour lui, en effet, les races humaines existent, et se voient à la couleur de la peau. La « négation des races » lui est aussi insupportable que la « sacralisation des races » de la période nazie. Ces propos sont racistes
pour moi, sans l'ombre d'une hésitation. Ils le sont parce que les scientifiques, à commencer par les généticiens, ont apporté la démonstration du caractère fallacieux de l'idée de « races » : entre deux supposées races, en effet, la distance génétique n'est pas plus grande que celle qui sépare en moyenne deux individus supposés appartenir à une même « race ». Mais ne pourrait-on, à la décharge d'Eric Zemmour, accepter le raisonnement selon lequel les « races » sont non pas une réalité objective, mais une « construction sociale », une perception partagée dans une société racialisée ? Cette manière de parler de races est fréquente dans le monde anglo-saxon, où de bons esprits parlent de « races » et de « relations de races » sans qu'on puisse le moins du monde les tenir pour racistes. Mais dans ce cas, le propos s'affranchit nécessairement, et complètement, de toute prétention à l'objectivité, il ne s'intéresse qu'aux représentations ou aux perceptions. Ce n'est pas le cas d'Eric Zemmour, qui ne peut donc se réfugier derrière les catégories du débat américain : il a parlé en son nom, et non pas parce que dans la société règnerait l'image de races humaines. Ce n'est pas pour lui une question de construction sociale, mais bien de réalité physique, biologique – la couleur de la peau fonde la race.

Peut-on accepter que des propos comme ceux d’Eric Zemmour soient tenus dans l'espace public, et qui plus est, sur une chaîne prestigieuse – Arte –, connue pour son exigence intellectuelle et symbole de la capacité de la France et de l'Allemagne à travailler ensemble ? Certainement pas, et on attend des dirigeants de cette chaîne, de part et d'autre du Rhin, et au plus haut niveau, qu'ils fassent connaître leur indignation et qu'ils sanctionnent, pourquoi pas jusqu'en allant devant la justice, celui qui se laisse aller à des déclarations racistes, avec pour conséquence de salir leur chaîne et de ternir leur image. Car enfin : les programmes à contenu anti-raciste ne manquent pas, sur cette chaîne, et voici qu'elle accepterait de s'exonérer de ses propres responsabilités en se taisant et en laissant passer l'événement ?

La question vaut pour Arte, elle vaut aussi pour l'ensemble du système audiovisuel. Car ce n'est pas la première fois qu'un individu se permet sur les ondes de tels débordements. Il y a là un phénomène inquiétant. Dans d'autres domaines, on est prompt à s'indigner et à dénoncer le racisme. Ainsi, les cris de singe visant des footballeurs noirs et autres expressions de racisme sont-elles constamment dénoncées et combattues lorsqu'il s'agit des stades. Mais évidemment, il s'agit là de pourfendre le racisme populaire, celui de supporters sans grande éducation. Eric Zemmour, lui, relève de l'univers policé des spécialistes des plateaux de télévision, il est même de ceux qui nous expliquent les arcanes de la vie politique ; il est supposé apporter de l'intelligibilité là où l'actualité appelle décryptage. C'est ce qui le rend intouchable, comme s'il avait tous les droits. Pour lui, comme pour d'autres avant lui, qui appartiennent à la même grande famille de l'audiovisuel, et qui se sont laissés aller à tenir des propos racistes, l'impunité est la règle. Il faut donc le dire très nettement : les responsables de médias qui continuent d'accueillir Eric Zemmour doivent être tenus pour complices, du moins aussi longtemps qu'il n'aura pas été sanctionné par la justice ou, mieux encore, par ces médias eux-mêmes. Arte s'honorerait de faire savoir qu'elle l'interdit de plateau pour une certaine durée, tout comme Nicolas Domenach devrait se sentir sali de continuer à bavarder comme il le fait avec lui sur i>télé.

Je plaide donc pour que les médias fassent eux-mêmes le ménage, faute de quoi leurs campagnes anti-racistes apparaîtront comme pure hypocrisie. Pour pouvoir faire ce ménage, il faut aussi qu'ils se montrent capables de réagir à chaud, quand l’événement a lieu. Il est déjà arrivé, en effet, qu'un animateur dont les valeurs morales ou éthiques sont incontestables se retrouve impuissant sur un plateau de télévision, débordé par les propos d'un invité. Il est vrai qu'il n'est pas facile, instantanément, de trouver les mots et les gestes adaptés à ce type de situation. Peut-être pourrait-on inclure, dans la formation des animateurs ou des journalistes, une préparation à faire face à des dérives comme celle qui nous préoccupe aujourd'hui ?

Certains voudront peut-être faire de cette affaire un problème politique, mettre en cause les orientations d'Eric Zemmour : là est d'autant moins la question qu'il est arrivé dans le passé que des propos racistes soient tenus à la télévision sans qu'on puisse les associer à des positions politiques publiques ou marquées. En fait, ce qui est en jeu est maintenant la dignité et la crédibilité de ceux qui, concernés par cet épisode, resteront silencieux ou passifs.

.
Michel Wieviorka


(*) Michel Wieviorka est directeur d’études à l’EHESS, directeur du CADIS et président de l’Association Internationale de Sociologie

Les propos d'Eric Zemmour, par les auteurs d'ARTIMED

Éric Zemmour réhabilite les « races »
Publié le 16 novembre 2008 par Henri Maler, Marie-Anne Boutoleau
ARTIMED

Éric Zemmour, éditorialiste au Figaro, habitué des plateaux télé (dont celui de Laurent Ruquier) assume ouvertement des prises de position réactionnaires, notamment en matière de mœurs et s’oppose ainsi à tout ce qui selon lui entraînerait la décadence de la France : le féminisme, « l’idéologie gay », les arabes et la religion musulmane (voir en « Annexe »).

Mais Zemmour a franchi un pas supplémentaire sur Arte le 13 novembre 2008 alors qu’il était invité de l’émission « impertinente » animée par Isabelle Giordano - « Paris-Berlin, le débat » -, intitulée ce jour-là « Demain, tous métis ? ». Sûr de lui et fort de la complaisance d’Isabelle Giordano, l’éditorialiste multicarte (et qui sans doute le restera…) put affirmer sans être contredit par l’animatrice, que Noirs et Blancs appartenaient à deux « races » différentes et qu’il y aurait une « hiérarchie » entre les cultures [1]. Comme si l’ethnocentrisme et le racialisme étaient des « opinions » comme les autres…

Face à Rokhaya Diallo, présidente (noire, le fait a son importance, du moins quand on a affaire à Zemmour) de l’association « Les indivisibles », à Vincent Cespedes, philosophe (qui s’en était déjà pris à Zemmour par le passé) et à Renan Demirkan, comédienne et écrivaine allemande d’origine turque, l’« impertinent » éditorialiste a argumenté avec un rare aplomb sur le fait qu’il existait des « races » reconnaissables à « la couleur de peau ». Il n’a pas été jusqu’à dire que l’une était supérieure aux autres, mais il s’en est fallu de peu...


- Éric Zemmour : - « Il y a le métissage racial, c’est-à-dire le mélange des races, physiquement. »
- Rokhaya Diallo : - « C’est, quoi, qu’est-ce que c’est les races ? Qu’est-ce que vous entendez par « races » ? »
- Éric Zemmour : - « Si y a pas de races, y a pas de métissage ! »
- Rokhaya Diallo : - « Ben non, parce que peut-être que le deuxième dont vous avez parlé... » [Allusion au métissage des cultures]
- Éric Zemmour : - « ...donc y a pas de question dans ce cas là ! »
- Rokhaya Diallo : - « Non, parce que vous parlez de deux métissages, donc peut-être que le deuxième existe. »
- Éric Zemmour : - « Oui, le deux... »
- Isabelle Giordano et Éric Zemmour, de concert : - « Parce que pour vous Rokhaya, les races n’existent pas ? »
- Rokhaya Diallo : - « Ben non. Enfin je... »
- Vincent Cespedes : - « Pas pour les scientifiques non plus... »
- Isabelle Giordano : - « On écoute la deuxième... la deuxième... »
- Éric Zemmour : - « Non, mais moi ce qui m’intéresse dans cette histoire - je vais très vite - j’ai le sentiment qu’à la sacralisation des races de la période nazie et précédente a succédé la négation des races. Et c’est d’après moi aussi ridicule l’une que l’autre. Qu’est-ce que ça veut dire que ça n’existe pas ? On voit bien que ça existe ! »
- Rokhaya Diallo : - « Mais comment on le voit ? Je ne comprends pas ce que vous voyez... »
- Éric Zemmour : - « Ben à la couleur de peau tout bêtement. »
- Rokhaya Diallo : « Et donc la couleur de peau selon vous fait que moi j’appartiens à une race différente de la vôtre. »
- Éric Zemmour : - « Mais évidemment ! Non mais... que vous redécouvriez... »
- Rokhaya Diallo : - « Bon ben alors... C’est intéressant... »
- Éric Zemmour : - « Ben évidemment, j’appartiens à la race blanche, vous appartenez à la race noire ! »
- Rokhaya Diallo : - « Non, j’appartiens à la communauté française et... »
- Vincent Cespedes : - « Peut-être que ça vous rassure, Éric : ça vous rassure d’appartenir à la race blanche !

Qu’importe si la quasi-totalité des scientifiques de toutes les disciplines ont depuis belle lurette contesté l’existence même de « races », définies par un ensemble de traits distinctifs, au sein de l’espèce humaine ! Éric Zemmour sait ! Et Isabelle Giordano [2], aussi impassible que son sourire, croit animer un simple débat d’opinions individuelles : une question de goûts. Par Saint Philippe Val, et quelques autres grands pourfendeurs des « rumeurs » qui seraient le monopole d’Internet, il suffit de lire l’article de Wikipedia sur les « races », pour acquérir les quelques connaissances qui permettent de faire taire les « rumeurs » propagées par les grands professionnels que l’on entend partout, et notamment sur Arte, une chaîne qui se prévaut d’être au service de la culture !

La suite du « débat » vaut également son pesant d’or. Interrompu au début de l’échange, Zemmour revient sur le deuxième « métissage » dont il voulait parler, et qui, selon lui, est « culturel ». S’il s’accorde à dire qu’il y a toujours eu un métissage culturel en France, il regrette en revanche la disparition de la « hiérarchie des cultures », qui faisait de la culture « française » la culture prédominante et favorisait ainsi l’« assimilation » des populations « étrangères » jusque dans les années 1970. Il explique : « Moi je crains que comme aujourd’hui on a supprimé cette hiérarchie, comme aujourd’hui on estime que toutes les cultures se valent, qu’on est un mélange de différentes cultures égales, et que ça, c’est ça qui nous mènera au multiculturalisme et donc à l’affrontement des cultures et donc des communautés. » Une « thèse » résumée dès son entrée en plateau : l’alternative au « multiculturalisme », « c’est une culture pour des races différentes ! »Est-ce à dire qu’il y aurait plusieurs « races » différentes mais égales entre elles (? ??) alors qu’il y aurait plusieurs cultures (ce que personne ne nie...) mais d’inégale dignité ?

Quant à Isabelle Giordano, soucieuse d’apaiser le « débat » et sans jamais se départir de son ineffable sourire, elle préfère à plusieurs reprises donner le change en insistant sur « [la difficulté] à s’accorder sur les mots »... En 1952, Claude Lévi-Strauss, dans Race et histoire, brochure alors éditée par l’Unesco, réfutait déjà le racialisme qu’il soit biologique ou culturel. Mais sur Arte, c’est désormais une question de mots. Et quelque temps plus tard, poussé dans ses derniers retranchements par Vincent Cespedes, Zemmour se retranche fugitivement derrière un autre mot : « type »...

Constant dans la dénonciation de tout ce qui menace la France virile, ces propos scandaleux d’Éric Zemmour ne sont nullement, dans son cas, un « dérapage », mais bien l’aboutissement d’une carrière toute vouée à la réhabilitation de la France « éternelle », c’est-à-dire blanche, phallocratique et hétérocentrée.

Nul doute que tous les épurateurs de la presse et des ondes (façon Philippe Val et ses amis) vont, à la suite de ces propos, s’étonner de la place envahissante qu’Éric Zemmour occupe dans les médias. Après avoir participé à « Vendredi pétantes », sur Canal+, animée par Stéphane Bern jusqu’en juin 2006, Éric Zemmour se répand au moment où nous écrivons dans l’émission « L’Hebdo » sur Tempo (chaîne de RFO), dans « On n’est pas couché », l’émission animée par Laurent Ruquier sur France 2 et dans l’émission « Ça se dispute », sur I-Télé. Entre autres collaborations dans la presse écrite, Zemmour, passé par Marianne, « éditorialise » depuis 1996 au service politique du Figaro.

On n’ose penser que c’est la défense de la pureté de la race blanche et de la culture franco-française qui a valu à Éric Zemmour d’être en 2006 membre du jury du troisième concours d’entrée à l’ENA (réservé aux salariés du secteur privé ou aux personnes exerçant un mandat électif national ou local) en 2006 [3].

Curieusement, Éric Zemmour, si prompt à disserter sur l’« endogamie » supposée des Turcs ou des Allemands, se montre beaucoup moins prolixe au sujet de l’endogamie, socialement déterminée, des « élites »…

Marie-Anne Boutoleau et Henri Maler

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Annexe : quelques « pensées » d’Éric Zemmour

Épouvanté par ce qu’il considère être une « féminisation »de la société qui entraînerait la décadence d’un Occident viril, Éric Zemmour avait déjà consacré un ouvrage entier en 2006 [4] à la dénonciation des féministes (« Le féminisme porte en lui comme tous les mots en "-isme", un totalitarisme » [5]) et de l’« idéologie gay ». En « homme » , il s’était alors vanté sur le plateau de Thierry Ardisson de ne jamais changer les couches-culottes de son enfant, afin de ne pas perdre sa virilité en s’abaissant à effectuer cette tâche « féminine » [6].

En 2008, Zemmour revient avec un roman, Petit frère, dans lequel il dénonce la « perversité » de l’antiracisme dont il prétend « faire le procès », en se référant entre autres à Alain Finkielkraut pour qui « l’antiracisme est le communisme du XXIe siècle ». Dans ce livre, Zemmour part en croisade contre la « défrancisation » : « chacun se sent de moins en moins français - je le montre dans la langue, voyez, ils parlent un français de plus en plus abâtardi. » Qui « ils » ? Les jeunes, et en particulier ceux des quartiers populaires et des banlieues, surtout s’ils sont « Arabes ». Pour Zemmour, c’est la fin de la « nation » française, et les guerres tribales nous menacent d’autant plus que désormais les vrais « Français » seraient minoritaires dans notre pays, et forcés de « s’adapter » aux coutumes - forcément « sauvages » - des nouveaux arrivants, comme le Ramadan (Propos tenus et thèse défendue lors de l’émission « Les Grandes gueules », sur RMC, le 7 janvier dernier, à écouter sur Dailymotion).

Notes
[1] Notons au passage que l’intitulé même de l’émission : « Demain, tous métis ? » portait lui-même à confusion, sous entendant par l’utilisation de la forme interrogative que nous n’étions pas déjà tous peu ou prou « métis », comme si certains appartenaient à des « races » (encore) pures…

[2] Dont la biographie, sur le site d’Arte, dit assez la compétence sur un sujet d’une telle importance : « Après des débuts à "Bouillon de Culture" puis à "Demain", Isabelle devient en 92 et pour 10 ans, la Dame du Cinéma de Canal+. Rôle qu’elle a repris pour F2 en 06-07 avec l’émission "Jour de fête", après avoir animé le "Fabuleux destin" sur F3 pendant 2 ans. Elle s’est aventurée à la radio sur France Inter en 94 avec Planète Livre puis à Europe 1. Revenue sur France Inter en 03 dans le "Fou du Roi", elle a créé le 1er RV à l’écoute des ados en 04, le "Monde selon wam", récompensé par les Lauriers d’or du Sénat. Elle est l’auteur de "Martine, portrait intime" (02), "Romy Schneider" (03), "Les bonnes choses de la vie" (04) et "Voyage au pays des psys" (06). »

[3] Selon une note publiée en 2006 sur le site du Centre de Préparation au concours d’entrée à l’ENA de Bordeaux intitulée « Éléments d’information sur les membres du jury 2006 » et encore disponible au moment où nous écrivons.

[4] Le premier sexe, aux éditions Denoël.

[5] Interview d’Éric Zemmour sur le site d’Actualité du livre le 7 mai 2006.

[6] Lire à ce sujet « Les choses en main, lettre ouverte à Éric Zemmour et à tous ceux qui se sont contentés de naître », par Patience Philips sur le site du collectif « Les mots sont importants ». Lire aussi : « Mais pourquoi est-elle si méchante ? » par Vincent Cespedes sur le site de Sisyphe et « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire (ou la violence ordinaire d’Éric Zemmour) » sur le site des « Chiennes de garde ».

samedi 31 janvier 2009

Attali vs Sand

Au détour d'un bureau de presse: la lecture d'un entretien entre Jacques Attali et Shlomo Sand retranscrit dans l'Express. Le terme d'entretien est plutôt galvaudé pour qualifier cet échange, ce dialogue de sourds qui illustre deux points de vue opposés, fondamentalement inconciliables. Ce qui fait rire d'ailleurs, par cette absurdité révélée, ce jeu de ping-pong auquel se prêtent deux érudits qui se rapportent tantôt à l'histoire "mythique" puis à l'histoire "réelle", traduit aussi l'obstination et le doute, la dualité qui habite l'état d'Israël, le peuple qui s'y réfère.


http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-orient/les-racines-et-le-doute-de-l-identite-juive_736405.html

jeudi 29 janvier 2009

Shlomo Sand

Shlomo Sand, historien israélien:
L'historien israélien Shlomo Sand a récemment publié un livre qui a soulevé l'attention par son titre provocateur, « Comment le peuple juif fut inventé ? », et par conséquent la polémique. Les critiques divergent à son égard. Il faut dire que la thèse de l'historien consiste à revoir l'unité du peuple juif.

Entretien avec l'historien (Télérama n° 3081)

http://www.telerama.fr/idees/israel-a-t-il-perdu-la-guerre-entretien-avec-l-historien-israelien-shlomo-sand,38589.php

mardi 27 janvier 2009

Au nom de Goya


Le Colosse Francisco Goya 1808-1812, Madrid.
Selon un comité d'experts Goya n'est pas le père du "Colosse". Ce serait l'oeuvre de son disciple Asensio Julia. Depuis son entrée au Prado en 1931 ce dernier avait toujours été considéré comme un chef-d’œuvre du peintre espagnol et une peinture emblématique de l’histoire d’Espagne. Celle-ci mettant en scène Napoléon, Ferdinand VII, Godoy ou peut être la guerre elle-même puisque le géant entraîne la fuite et la misère du peuple espagnol. A ce titre il devint un symbole de la guerre d’indépendance. Il faut dire que le débat portant sur la "paternité" de ce tableau date de quelques années puisqu'en 1993 le tableau du colosse avait déjà été mis à l'écart d'une exposition « Goya y los años de guerra » consacrée au maître. Signature mise à part, le rejet de cette œuvre du catalogue de Goya se fonde essentiellement sur des questions stylistiques et sur "des maladresses de facture". Le Colosse montre apparemment de nombreux changements dans le cours de l’exécution, tant dans la composition que dans le traitement des différents éléments. L'élève n'aura pas dépassé le maître. D'après les experts, on note que les bras et ses cuisses du Colosse sont "maigrichons, mal proportionnés par rapport à l’énorme dos, traité de manière assez lâche, où l’on ne retrouve rien de la superbe musculature inspirée du Torse du Belvédère qui caractérise le Géant assis". Le paysage n'est pas en reste: "montagneux, sans caractère particulier, uniformément sombre est bien éloigné des montagnes vigoureuses, baignées de lumière froide, des cartons de tapisserie, des horizons des portraits ou même de la coupole de San Antonio de la Florida". On reconnait là l'élève! Goya a démontré tant de talents, de finesse, d'habiletés, de subtilité dans le choix et l'harmonie de ses couleurs et (de ses pinceaux?) que cette basse oeuvre grossière ne peut lui être finalement attribuée. Le tableau, au nombre de ces critiques, de ces traits identifiables semble ainsi "déclassé". C'est un fait qui illustre assez bien la légéreté et la frivolité des critiques d'art devant l'Oeuvre et le Nom qui l'accompagne.

lundi 26 janvier 2009

vendredi 16 janvier 2009

"Un blog est la chose qui entend le plus de bêtises"

Si je vous parlais d'un blog tenu par un écrivain, à qui penseriez-vous?
Voici le profil de cet autre OMNIPRESENT:
Sexe : Male
Statut : Libertin(e)
Age : 72
Zodiaque: Sagittaire

Ville : Ars-en-Ré
Région : Poitou-Charentes
Pays: FRANCE


http://blogs.myspace.com/philippe_sollers

mercredi 17 décembre 2008

A partir des tableaux de Marc Chagall

Il faut tenter l'acte poétique, entendre les silences et l'éphémère, reprendre l'oralité à son compte, étendre le chant de la prose à l'éternité. De la musique. Violons, cuivres, clarinettes, cors et tubas. Au dehors joue la fanfare hallucinée du Meshugé. Des étoiles et le ciel larmoyant de splendides bleutés. Dans la pénombre d'une nuit monte les notes d'un violon, pour les fiancailles des amants exilés, nostalgique de la vieille Russie. Dans une ronde dansent les animaux de Léautaud, les cris et les joies de l'Arche de Noé, le monde sauvé par l'éclat des couleurs. La barbe rouge d'un homme délesté de mots, une grimace de clown à la place du visage, un oeil clos, l'autre hagard, regarde autant qu'il se donne en spectacle. Voici les failles, l'ivresse des sens d'un monde enfin délivré. Nature rêveuse sans cesse renouvelée par ces lumières vives. L'oubli et le festin de jadis, les flammes de la mémoire, fleurissent et brillent dans le ciel, sous le sceau de l'éternelle inconnue. Un enfant bercé par une femme inconsolable.
Le temple de Marc Chagall.

samedi 18 octobre 2008

dimanche 7 septembre 2008

The Times !

The Times ouvre ses d'archives, 200 ans d'histoire... De 1785 à 1985!

http://archive.timesonline.co.uk/tol/archive/

Gare au "contrat d'avenir" !

Pendant des années Béatrice a bossé comme secrétaire à mi-temps: 22 heures par semaines, payées 645 euros par mois. La jeune femme, qui souffre de déficience visuelle, touchait une "allocation adulte handicapé" de 388 euros. A la fin de 2007, Béatrice pense gagner plus de sous en signant un"contrat d'avenir", ces contrats aidés, lancés par Borloo avant l'élection présidentielle pour réduire les chiffres du chômage. Employée dans un établissement scolaire, Béatrice travaille désormais 26 heures par semaine, pour 783 euros. Sauf qu'on lui a, du même coup, sucré la totalité de son allocation! En turbinant quatre heures de plus par semaine, elle croyait gagner 183 euros de plus. Erreur: elle en touche 250 de moins par mois. Bonjour l'arnaque! Personne n'avait averti Béatrice de ce léger "détail", prévu par une loi de mars 2006: un handicapé qui signe un "contrat d'avenir" voit son alloc' réduite du montant de l'aide versée par l'Etat à l'employeur. En clair, les biftons, c'est pour le patron! Dire que Sarkozy a promis le 10 juin dernier, de transformer l'aide aux handicapés en "tremplin vers l'emploi"...
Isabelle Barré, 30 juillet 2008, Le Canard Enchaîné.

jeudi 4 septembre 2008

Catharsis Internetis

J'ai découvert aujourd'hui l'existence d'un blog qui invite les internautes à faire partager leur "Vie de Merde!" Le principe se décline ensuite en différentes rubriques qui varient en fonction des expériences vécues pourvu qu'elles soient en bronze... Grands vents, solitudes, bides, silences désormais partagés... http://www.viedemerde.fr/

Voici un exemple, correspondant à l'actualité scolaire, rédigé ce 4 septembre par un enseignant:

"Aujourd'hui, au lycée, j'ai voulu entrer dans la salle des profs. "Désolé, cette salle est interdite aux élèves. Sortez", m'a dit un des professeurs. Je suis enseignante et c'est ma première rentrée. Cet homme était mon tuteur. VDM "

Notons que chaque message commence généralement par "aujourd'hui", c'est dire l'engouement avec lequel certains appréhendent leur existance de Merde en se précipitant sur le net pour raconter leurs exploits. On observe également que ce rituel se clot enfin par trois lettres fatalistes, qui scellent un accord passé avec les autres, l'entrée dans le club des solitaires d'un instant, et un destin presque enviable: VDM! Mais que penser de ceux qui n'ont pas cette chance et dont l'existence est si plate et terne que rien ne leur permet de sortir du lot et pis: de participer à cette grande communion cathartique. Même Pas Vie De Merde ? Vie de Con!

samedi 5 juillet 2008

Horizon "TERRA"

Rappels des liens consultables sur Odyssées:

TERRA se définit comme un "réseau scientifique" mis à disposition des chercheurs et des "cherchants", selon le mode de déclinaison adopté par R. Barthes ("écrivains"-"écrivants"). Parmi les publications de TERRA, on trouve certains documents en ligne, dont une partie (1er Chapitre) de l'essai de Marc Bernardot, sociologue, consacré aux "camps d'étrangers".

Voici le lien direct: http://terra.rezo.net/article703.html

Marc BERNARDOT, 2008, Camps d’étrangers, Paris: Ed. Du Croquant.

jeudi 3 juillet 2008

Shalom Aleichem

Les "chroniques de Meshuggah" sont tenues par l'un de ses types. Le groupe s'appelle "Meshugga Beach Party" et se produit quelque part aux U.S.A.
Là où il pleut ?...