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vendredi 17 août 2012

L'ordre et la morale

So Foot, 06.08.2012.

La FFF a donc annoncé la suppression des primes de quatre joueurs du dernier Euro (Samir Nasri, Hatem Ben Arfa, Yann M'Vila et Jérémy Ménez) et la réduction de celles des autres Bleus ainsi que la mise en route d'une « commission de réflexion » sur l'avenir de ces rétributions généreusement accordées aux capés. Peu avant, Didier Deschamps livrait à l'AFP ses priorités en termes de gestion du groupe. Et cela sentait bon le hussard noir du foot tricolore. Après le Président, le ministre de l’Intérieur ? 

"De par l'historique, ce qui s'est passé en 2010 et dans cet Euro 2012, les joueurs doivent prendre conscience d'un devoir d'exemplarité sur le terrain et en dehors." Exemplarité, le mot est lâché comme une bombe qui n’explose jamais. Didier Deschamps en appelle à cette boussole invisible pour redorer l'image de l’Equipe de France, assurer la cohésion de la sélection nationale, et donc garantir sa réussite future. Seul petit problème, il s’avère assez difficile d’en définir les contours et ce ne sont pas les éternels codes de bonne conduite (comme le couvre-feu à Rennes) qui dissiperont le flou artistique qui nimbe ce concept fourre-tout. Spécialement quand on sait que la morale se fracasse toujours les dents sur le mur de l’argent. Où se situent notamment les limites à ne pas dépasser ? Le respect du droit ne suffit-il plus ? Et sinon, qui va désigner ceux qui franchissent la ligne rouge (et quelles sont-elles, d'ailleurs) ? Les médias, l’opinion publique ou la direction de la FFF ? En dehors du terrain, à moins d’enfreindre la loi, en quoi les comportements d’un international seraient-ils plus sujets au contrôle public que celui des stars ou des politiques, et plus simplement de n’importe quel citoyen avec le respect de sa vie privée ?

Le foot boit la tasse éthique de la natation

Cela dit, les déclarations de Didier Deschamps interviennent un peu, peut-être à dessein, dans le vide médiatique (d’autant plus que, par ailleurs, le PSG a terminé d'animer un triste mercato). Le foot tricolore apparaît bien loin des préoccupations de nos compatriotes, trop heureux de regoûter un peu d'ivresse patriotique grâce aux succès de nos nageurs, de braves garçons et filles de classe moyenne, à l’image d’un Yannick Agnel, lecteur de Nabokov et Montesquieu, qui fournissent en outre l'occasion aux fédérations olympiques d’infliger au « sport roi » une petite leçon de civisme athlétique, voire d'éducation citoyenne. Pourtant, ici, personne ne conteste les primes des vainqueurs - ni ne s’ennuient à suivre leurs faits et gestes - qui sont pour le coup directement puisées dans les caisses de l’État... Bref. Même dans le registre du ballon rond, ce sont pour une fois les filles qui redonnent du baume au cœur à la patrie de Jules Rimet et Marinette Pichon. Y compris dans les tweets de Pierre Ménès.

Certes, à la décharge de l’ancien entraineur de l'OM, s’il n’arrive peut-être pas dans une situation reluisante, elle s’avère néanmoins fort éloignée du catastrophisme général (politique, sportif, médiatique, etc.) post Knysna, qui avait transformé Laurent Blanc en ultime sauveur. On a vu qu’il n’en fut rien. Peut-être parce que « Le Président » ne voulait pas endosser ce rôle, qu’il n'aspirait qu'à gérer un effectif et que son désarroi durant l’Euro tenait autant à son incompréhension avec Noël Le Graët qu’à son sentiment d’impuissance devant des gars qui ne croyaient certainement pas en leur destin ni en leurs capacités à le forcer sur les pelouses ukrainiennes. Si de ce point de vue, il a sportivement rempli son contrat, il avait conscience aussi que la lente déliquescence d’un « collectif » quasi-inexistant n'augurait rien de bon pour la suite.

Une épiphanie politique ?

En tout cas, dans son interview à l’AFP – on est loin des ors télévisuels de Canal Plus -, le nouveau sélectionneur admet à demi-mots, contrairement à son prédécesseur qui déléguait cette dimension à la Fédé, que le problème et la raison d'être de la sélection nationale, surtout quand elle ne remporte aucun titre, ne consiste pas simplement à remporter ses rencontres l’une après l’autre. Il importe désormais de réconcilier un pays avec son football, et presque, pour tout dire, avec ses classes populaires (et plus largement avec sa « diversité »): "Il y a deux choses importantes : la notion de plaisir, de représenter la France, de porter ce maillot, et parallèlement un esprit. Être international français, ça doit être au-dessus de tout, même pour les joueurs qui jouent dans des grands clubs et de grandes compétitions". L'ambiance politique et la crise économique appellent en conséquence d'autres formes de mobilisations symboliques, ce que Laurent Blanc ne voulait ou ne savait pas voir (rappelez-vous, les quotas). Seul petit problème, il reste à deviner ce que cet « esprit » peut signifier ou englober comme postures concrètes.

De la sorte, loin d'entrer en contradiction avec le fait d’évoluer au Bayern ou au Real (comme le laisse supposer les propos de l’ancien Nantais), jouer en sélection nationale constitue en général la cerise sur le gâteau, avec un fort retour sur investissement sur le mercato suivant (ce que globalement Italiens ou Espagnols ont bien intégré). Il faudra autre chose que des imprécations erratiques pour que les enfants de nos centres de formation, auxquels on inculque d'abord à se vendre à l’étranger pour financer les clubs hexagonaux et à engraisser leur plus-value sportive, cessent d’être des purs produits d'exportation tournés vers l’étranger. Demande-t-on aux traders de rendre leur carte d’identité quand ils vont s’exiler en Angleterre ?

Sauver les Bleus en interdisant la LFP ?

Didier Deschamps et Noel Le GraetA suivre le point de vue de Deschamps, en toute cohérence, c'est presque se demander si la dissolution de la LFP et des centre de formation ne s’impose pas... On ne peut taper sur les progénitures d’un système sans oublier qui tient les commandes et gère la fabrique des footballeurs. L'équipe de France tant désirée par Noël Le Graët et l’ensemble de la presse sportive ne peut naitre ex-nihilo, du moins comme en rêve apparemment le service de com' de la FFF dans le seul but de vendre ses contrats de sponsoring. La République s'est autant construite avec l'Éducation nationale que par ses lois et ses constitutions. Chanter La Marseillaise ne doit pas se réduire à une punition pour donner le bon exemple à la jeunesse du pays et le rôle d’un sélectionneur ne se résume pas à administrer une tape sur la nuque de celui qui oublie de retirer sa capuche et ses écouteurs. Car qui dit reprise en main parle sanction : "Je souhaite ardemment que tout le monde ait une attitude et un comportement idéaux. S'il y en a qui ne l'ont pas, ce n'est pas moi qui ne vais pas les prendre : ils se condamneront eux-mêmes. Le fait de sélectionner ou de ne pas sélectionner, c'est une forme de sanction sportive." Si l’on comprend bien, en creux, à la différence de Laurent Blanc, qui faisait passer avant tout le critère « compétence » (d’où le retour de Ribéry), Didier Deschamps inverse la perspective car il sait que « le supporter français attache autant d'importance au résultat qu'au comportement, a-t-il poursuivi. Même si ce ne sont pas des choses graves au sens propre du terme, ça dérange, ça indispose, voire plus pour certains. On ne peut pas faire l'unanimité, mais il faut que les joueurs soient très vigilants".

De son côté, la FFF annonce enfin une réflexion sur le maintien des fameuses primes. Ce qui revient à reconnaitre que le France n'est malgré tout toujours pas un pays anglo-saxon (où rien n’empêche de conjuguer appât du gain et nationalisme de bon aloi). Dans la nation de Jaurès et Renan, les beaux esprits attendent encore que le patriotisme s’affiche comme un exercice altruiste, en principe délivré à titre gracieux (voir la sempiternelle et hypocrite polémique sur les rémunérations que touchent nos politiques, notamment dès qu’ils sont en fonction). Comme souvent dans la Cinquième, il s'agit davantage de protéger les apparences que de garantir leur application. Or, les footeux avaient un peu perdu de cette fausse pudeur qui fait tout le sel des grands idéaux à l’ère médiatique. Didier Deschamps promet désormais que les apparences seront au moins sauves, peu importent les résultats. On comprend mieux pourquoi la Juventus Turin ne l’a pas gardé lors de la remontée en Série A.

Nicolas Kssis-Martov

mardi 14 août 2012

L'esprit olympique, un concept à géopolitique variable ?

Dix mille cinq cents athlètes, 26 disciplines, 205 délégations. Des chiffres révélateurs de l'ampleur internationale des Jeux olympiques. Un événement suivi par 2 milliards de personnes à travers la planète. La fameuse "société du spectacle", théorisée par Guy Debord, en ce que "le spectacle n'est pas un ensemble d'images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images". Un rapport qui transcende l'espace et lie téléspectateurs, adeptes des réseaux sociaux et athlètes olympiques. La moindre performance, le moindre saut, la plus petite faille sont observés, analysés, disséqués et commentés. Au sein d'une société que l'on aime à décrire comme consommatrice de "sport spectacle", profanes et spécialistes y vont tour à tour de leur contribution à ces Jeux olympiques.

RESPECTER LA LETTRE ET L'ESPRIT
C'est dans cet incroyable tourbillon médiatique du "tout tout de suite" que les JO de Londres 2012 ont commencé. Et c'est dans ce même élan que l'on voit depuis plusieurs jours l'idéal olympique mis à l'épreuve du grand public et de son exigence de transparence. Parce que, pour vibrer, les amateurs de sport ont besoin du package total : don de soi, performance, mais surtout sincérité et honnêteté de l'athlète. L'appétit sportif n'est comblé que lorsque la victoire est méritée, sans détour. Autant d'exigences mises à mal ces derniers jours après plusieurs incidents.

DES RÈGLES FRIABLES TROP FACILEMENT ACCOMMODABLES ?
Sans crier cocorico, on peut légitimement déplorer le rejet de la réclamation déposée par la France après les combats de boxe perdus par Alexis Vastine et Nordine Oubaali, à la suite de décisions arbitrales contestables et contestées. L'impartialité de certains juges ou arbitres remise en cause dans ce cas s'ajoute à des comportements d'athlètes qui manquent cruellement d'éthique et de respect de la compétition. L'équipe espagnole masculine de basket-ball semble avoir délibérément perdu son dernier match de poule, afin d'obtenir un quart de finale davantage à sa portée. Une étrange impression de déjà-vu. Il y a quelques jours, quatre paires de double féminin en badminton étaient disqualifiées pour avoir délibérément perdu leurs rencontres respectives afin de se ménager des quarts de finale plus favorables. Existerait-il ainsi une hiérarchisation de l'importance des sports olympiques de la part du CIO ? En clair, la règle sportive s'accommoderait-elle de traitements de faveur et des sirènes de la médiatisation, en fonction de la notoriété du sport concerné ?

A cela s'ajoutent la parodie médicale du coureur algérien Taoufik Makhloufi (qui a présenté un simple certificat médical justifiant son abandon au 800 m lui permettant d'être requalifié par l'IAAF pour le 1 500 m du lendemain) et une absence de réaction arbitrale pour le moins étrange en cyclisme sur piste à la suite d'une chute délibérée d'un coureur britannique pour rattraper un mauvais départ en qualifications et recommencer sa course.

Que penser également de l'arrêt inédit de la finale du deux poids léger en aviron pour permettre au bateau britannique de réparer la casse d'une roue de coulisse en dépit des règlements applicables à cette épreuve lorsque, quelques jours plus tard, on n'interrompt pas le parcours du cavalier français, Simon Delestre, au concours de saut d'obstacles alors que sa rêne s'est brisée et que cette situation est particulièrement dangereuse pour le cavalier, voire pour sa monture ? Quelle conclusion tirer de l'absence de réaction du CIO après les déclarations d'un nageur affirmant qu'il a triché durant la compétition de brasse qu'il a remportée ? Ces décisions arbitrales ou fédérales, voire ces silences, ne nous semblent pas concourir à la promotion de l'esprit olympique tel que défini par la Charte olympique. 

INCITER LES FÉDÉRATIONS AU "PENSER ET AGIR OLYMPIQUES"
Si la Charte olympique énonce que les athlètes concourent sous la direction technique des fédérations internationales concernées (article 6.1) et que la mission de celles-ci est de veiller, conformément à l'esprit olympique, à l'application des règles relatives à leurs sports respectifs (article 26.1), c'est le Comité international olympique qui est le véritable garant de l'esprit olympique. Sans aller jusqu'à prendre des sanctions telles que celles prévues à l'article 59 de la Charte olympique, le CIO, s'il souhaite conserver l'intérêt du grand public pour les JO, devrait rappeler aux fédérations internationales que chacune de leurs décisions doit être inspirée par la transparence et l'équité qui sont les valeurs intrinsèques et intangibles de l'esprit olympique.

vendredi 10 août 2012

Usain Bolt, l'homme le plus rapide de tous les temps

Par Pierre-Jean Vazel, entraîneur de Christine Arron, Le Monde, 06.08.2012.

Au ralenti, une autre réalité apparaît à nos yeux éblouis par la tension que génère une finale olympique du 100 m. On n'avait pas vu hier soir la bouteille de bière, lancée par un spectateur, tomber sur la piste à quelques mètres des huit finalistes, entre le commandement "prêt" du starter et le coup de feu du départ. Pas plus que le lacet gauche d'Usain Bolt se dénouer lors de la précédente finale, il y a quatre ans à Pékin.

Les films à grande vitesse, qui se déroulent plus lentement, offrent surtout une autre vision du scénario des courses. La prise de vue horizontale en balayage depuis la ligne d'arrivée des retransmissions télé à vitesse réelle donne toujours l'impression que les coureurs alignés dans les couloirs extérieurs partent moins bien et finissent plus vite que leurs concurrents. Alors que ces effets de parallaxe font croire que le tenant du titre (au couloir 7) s'est envolé dans la dernière moitié de course, les documents enregistrés à différents endroits des tribunes du stade de Londres montrent qu'hier soir, la victoire était jouée dès le début.

UNE VITESSE MAXIMALE DE 12,3 M/S
Le temps de réaction de Bolt, 0 s 165 est seulement le 5e meilleur de la finale. Mais, coïncidence, le champion olympique avait réagi à l'identique il y a quatre ans lors de son premier titre. C'est aussi tout proche de sa moyenne de 2012 (0 s 163), qui est la meilleure de sa carrière. On constate qu'il est sur ce point en constante progression depuis Pékin.  Le crâne de Bolt pointe légèrement devant les autres finalistes au moment où ils posent leur premier appui sur la piste. Le champion olympique de 2004 Justin Gatlin est le seul à lui tenir tête pendant 2 s de course avant de céder face à la foudroyante accélération que le Jamaïcain est capable de maintenir pendant 7 s.
Accélération - Le 100 mètres d'Usain Bolt en images - ParisMatch.com
Seul au monde - Le 100 mètres d'Usain Bolt en images - ParisMatch.comAux 60 m, Bolt possède une avance de 0 m 57 sur Gatlin et, déployant des foulées de 2 m 78 pour une vitesse de pointe atteignant les 12,3 m/sec, tout proche de ce qu'il avait réalisé lors de son record du monde à Berlin (9 s 58) il y a trois ans.

Contrairement, à Pékin, Usain Bolt ne manifeste pas sa joie avant la ligne d'arrivée sur laquelle il pose son quarante-et-unième appui, en penchant son buste à l'extrême pour arrêter le chronomètre à 9 s 64, corrigés à 9 s 63, exactement 9 s 629, 1 m 27 devant son partenaire d'entrainement Yohan Blake. Seule la fraicheur (16,9 ° C) qui gagnait le Stade Olympique situé dans la banlieue Est de Londres a retenu les 0 s 057 qui aurait permis de battre le record du monde établi par 9 ° C de plus à Berlin. Si l'on retranche les temps de réaction pour ne conserver que le temps de course, la différence n'est plus que de 0 s 038.

BOLT, L'ÉCLAIR SILENCIEUX
Le phénomène Usain Bolt est donc revenu à son meilleur niveau. Celui du plus grand sprinteur de l'histoire. Par sa morphologie, c'est indéniable : 1 m 96 pour 95 kg. Mais cela n'a pas suffit à faire de lui le plus rapide. La vitesse de course est le résultat d'un équilibre unique entre la rapidité, l'amplitude, l'intensité, la précision, la constance et la fluidité de ses mouvements. Il y a autant de combinaisons que de sprinteurs possibles, et les meilleurs sont ceux qui réussissent à apprivoiser les particularités de leur physique. Ce qu'a fait l'homme le plus rapide du monde, composant avec une jambe droite plus courte que la gauche et une scoliose (déformation dans les trois plans de l'espace de sa colonne vertébrale).
Usain Bolt a marqué à jamais les Jeux Olympiques, avec déjà cinq médailles d’or.  Photo AFP
Bolt tourne ses jambes un peu plus lentement que les autres mais il compense en déployant la foulée la plus longue. Cela lui permet d'avoir le temps de replacer ses longs segments, les accélérer et frapper de son pied le sol en générant des forces supérieures à ses rivaux. La différence de temps d'appui entre ses pieds ne nuit pas au rythme de ses foulées, tant qu'elle est stable et que le mouvement s'effectue dans le relâchement. Ce qu'il soulève en salle de musculation (105 kg en développé couché, 125 kg en squat) – autant que certaines sprinteuses – ne dit rien de sa force. Il faut chercher au cœur de son système neuromusculaire pour trouver la clé du sprint.

En physiologie, les électromyographies enregistrent le "bruit", c'est à dire la contraction musculaire et le "silence", son relâchement. Chaque coureur possède son propre rythme de bruits et de silences, les sprinteurs étant ceux qui peuvent contracter leurs muscles très vite et très fort, et les meilleurs d'entre eux se distinguent par leur faculté de les relâcher plus longtemps. Silencieux, à l'image de Bolt, capable de rester en suspension pendant 60 % lorsqu'il atteint sa vitesse de course maximale, donnant l'illusion de se mouvoir au ralenti.

samedi 4 août 2012

Les matchs politiques aux Jeux

Libération,
Dans un contexte tendu entre la Pologne et l'Union soviétique, le Polonais Władysław Kozakiewicz domine le Soviétique Konstantin Volkov aux Jeux de Moscou, en 1980.
Dans un contexte tendu entre la Pologne et l'Union soviétique, le Polonais Władysław Kozakiewicz domine le Soviétique Konstantin Volkov aux Jeux de Moscou, en 1980. (Photo staff. AFP)
Les footballeuses nord-coréennes rencontrent aujourd'hui les Etats-Unis. Un affrontement à la dimension politique forte, comme l'histoire olympique en a déjà beaucoup offert.
Par ARNAUD DI STASIO, OLIVIER BÉDORA

La Corée du Nord en compétition internationale, c’est toujours une saveur particulière. Souvenez-vous de la rumeur frelatée qui envoya l'équipe de football nationale au bagne, après un piteux Mondial 2010.  Alors imaginez l’incident diplomatique lorsque les footballeuses nord-coréennes, préparant leur premier match du tournoi olympique contre la Colombie, ont vu le drapeau … sud-coréen à la place du leur ! Les Asiatiques affrontent aujourd'hui l'ennemi impérialiste, les Etats-Unis. Un match qui sent le souffre. Pas si rare en Olympie…

Berlin 1936, le duel Luz Long-Jesse Owens

L’opposition idéologique entre l’Amérique de Roosevelt et le Reich d’Hitler se cristallise lors de la finale du saut en longueur des Jeux de Berlin. Luz Long, le prototype de l’athlète aryen, est leader du concours après deux essais. En qualifications, l'homme s'était même permis de dépoussiérer le record olympique. Face à lui, un universitaire brillant : Jesse Owens, natif de l’Alabama et surtout afro-américain. Jesse Owens rate ses deux premiers essais en mordant la planche. C’est alors que Luz Long, dans une ambiance chauvine au possible, donne quelques conseils à l’Américain. «Tu devrais assurer ta planche pour ton dernier saut», lui dit-il en substance. Jesse Owens s'applique et atterrit à 8m06. Record du monde, il tue le concours. Devant le Führer médusé, les deux athlètes fraternisent et s’embrassent. Hitler en voudra énormément à Luz Long et l’enverra sur le front sicilien, où il trouvera la mort.

Melbourne 1956, le bassin de water-polo ensanglanté par le match Hongrie-URSS

A peine un mois après l’intervention de l’armée Rouge pour réprimer l’insurrection de Budapest, le tournoi de water-polo des Jeux olympiques de Melbourne offre une affiche particulière : Hongrie-URSS... Le 6 décembre 1956, les deux équipes s’affrontent en demi-finale pour ce qui restera comme le «bain de sang de Melbourne». La rivalité déclenche un déchaînement de violences, les exclusions temporaires se multiplient et, alors que les Hongrois mènent 4 à 0, le match tourne au pugilat au point que l’eau du bassin se serait teintée de rouge. Frappé par le Soviétique Valentin Prokopov, Ervin Zador sort du bassin le visage en sang. La violence est telle que les organisateurs anticiperont la fin du match, craignant un lynchage des joueurs de l’URSS par le public, composée majoritairement de Hongrois immigrés en Australie.

Rome 1960, le duel indo-pakistanais en hockey sur gazon

A l’instar du cricket, le hockey sur gazon a été pour les Britanniques un moyen de contrôler les élites indiennes. De 1928 à 1956, l'équipe indienne, d'abord sous tutelle de la couronne, truste tous les titres olympiques. Une domination qui s'interrompt à Rome en 1960. Alors que les relations diplomatiques avec le Pakistan sont très tendues, les Indiens, menés par le vétéran métis Leslie Claudius, chutent en finale contre leurs rivaux. Le buteur pakistanais Naseer Banda devient un héros national.

Munich 1972, la fin de match dantesque entre basketteurs américains et soviétiques

La finale du tournoi olympique de basket-ball oppose l’URSS aux Etats-Unis. Nous sommes au cœur de la guerre froide, la «détente» a montré ses limites. Depuis l’introduction du basket aux JO, en 1936, l'équipe américaine a toujours remporté l’or. A Munich, en ce 9 septembre 1972, c’est bien parti pour un nouveau titre jusqu'à ce qu'éclate l’une des plus grandes controverses de l’histoire olympique. A trois secondes de la fin du match, les Américains mènent d’un point. Au coup de sifflet final, les Soviétiques se plaignent qu’on ne leur a pas accordé un temps mort. Trois secondes doivent être rajoutées au chronomètre mais le buzzer retentit après seulement une seconde, si bien que les Américains commencent à célébrer leur victoire sur le parquet. Les arbitres font rejouer les trois dernières secondes. Cette fois-ci, les Soviétiques parviennent à marquer et remportent le match 51 à 50. Les Américains ne viendront même pas chercher leur médaille d’argent.

Montréal 1976, le coureur cubain qui fait la nique aux Américains

Depuis quinze ans, les Etats-Unis et Cuba ne se parlent plus, l’Oncle Sam tolérant mal qu’une révolution de «Barbudos» communistes chatouille ses côtes floridiennes. L’embargo est voté dès la crise des missiles en 1962. Sur le plan sportif, les rencontres sont rares. A Montréal, les sprinteurs américains viennent poursuivre leurs traditionnelles razzias de médailles. Et font connaissance avec un phénomène nommé Alberto Juantorena. Sur 800 mètres, «El Caballo» repousse les assauts de Rick Wohlhuter. Impressionnant, il enlève aussi le 400 mètres en remontant Fred Newhouse et Herman Frazier dans les cinquante derniers mètres. Il célèbrera sa victoire en la dédiant à la révolution cubaine. Juantorena entre dans la légende comme étant le premier Latino à battre les Américains en demi-fond et en sprint. Cuba n’en tirera pourtant aucun bénéfice, et accusera les Etats-Unis de guerre bactériologique, relevant des épidémies de peste porcine et de dengue hémorragique sur son territoire.

Moscou 1980, le bras d'honneur du perchiste polonais au public russe

On loue souvent le rôle du public dans une partie sportive. Ce serait vite oublier qu’il peut être totalement antisportif et même à la limite de la bêtise humaine. Ce fut le cas lors de la finale de la perche aux Jeux de Moscou. Le public russe conspua les athlètes polonais. La cause ? A la fin des années 70 souffle un vent nouveau sur Gdansk et Varsovie. Karol Wojtyla devient Jean-Paul II, et Anna Walentynowicz, ouvrière des chantiers navals de Gdansk, crée la première association libre. Licenciée, elle reçoit le soutient de jeunes gens de Gdansk qui vont créer Solidarnosc, le premier syndicat indépendant du pays. Bref, les Polonais ne veulent plus de la domination de leur encombrant allié. C’est dans ce contexte que Władysław Kozakiewicz rivalise avec Konstantin Volkov, le chouchou du stade Loujniki, aux Jeux de Moscou. Mieux, le Polonais s’impose finalement avec 5m78. Record du monde. Et un bras d’honneur généreux à l’adresse du public soviétique qui avait cherché à le déstabiliser pendant tout le concours. L’ambassadeur d’URSS en Pologne demandera que le CIO retire sa médaille. La télévision d’Etat polonaise parlera elle de trouble musculaire. Kozakiewicz devient un héros national, la photo de son geste faisant le tour du pays.

Athènes 2004, l'Argentine mouche les Etats-Unis

Il y a des symboles qui font parfois office d’exutoire pour un peuple. En Argentine, les «cabezitas negras» (les têtes noires) des banlieues de Buenos Aires ou de Cordoba n’ont pas oublié la crise subie par leur pays. Des banques qui s’effondrent, des ministres et des présidents qui valsent, des industries qui licencient, et une bourgeoisie qui part s’exiler en Europe ou en Amérique du Nord. Les Argentins sont persuadés que les remèdes de la crise, douloureux, sont attribuables au FMI et particulièrement aux Etats-Unis. Par ricochet, l’attitude de la Dream Team américaine aux JO d’Athènes, en 2004, est perçue comme présomptueuse. Les Américains pensent ne faire qu’une bouchée des ciel et blanc en demi-finale des Jeux. Les hommes de Ginobili, Noccioni et Hermann vont pourtant rentrer dans le lard des joueurs estampillés NBA. Le match devient chaud et chacun se branche volontiers sur le parquet. Luis Scola marque le panier de la gagne. Et exulte. L’Argentine décroche la médaille d’or et a l’impression d’avoir soldé les comptes de la crise.

Extrait de l'article: "La natation française, les secrets d'un triomphe"

Le Temps,  Isabelle Musy, 31.07.2012.

Mais comment font-ils pour être aussi bons ? s'interroge le quotidien suisse, après la nouvelle médaille d'or remportée par Yannick Agnel sur le 200 m nage libre le 30 juillet. Le Temps a enquêté sur le chemin parcouru depuis les JO d'Atlanta en 1996.

"[...] Pour Fauquet, tout a commencé à Atlanta et un constat d'échec après le zéro pointé des nageurs tricolores: "Nous sommes partis de très bas. Ce jour-là, j'avais dit  : nous n'existons plus." Ce jour-là, son désarroi fut nourri aussi par les plaintes de Franck Esposito, qui lui confiait en avoir marre de croiser au petit matin des athlètes rentrant de boîte de nuit. Ce jour-là, Fauquet réalisa qu'il fallait élever le niveau d'exigence et changer les mentalités. Il décida d'entamer une révision profonde du système. "Depuis Atlanta 1996, ce sont seize ans de travail permanent, de progrès réalisés pas à pas." Reprenant cette célèbre phrase de l'écrivain Antoine Houdar de la Motte - 'L'ennui un jour naquit de l'uniformité' -, l'ancien DTN a renoncé au concept souvent répandu de regroupement des meilleurs. "Le sport n'est rien d'autre que l'expression de la société où chacun a quelque chose à apporter. Convaincus que la richesse vient de la diversité culturelle, nous avons refusé l'idée d'une méthode française à laquelle adhérer. Nous avons valorisé les clubs. Nous en avons dix en compétition entre eux avec des entraîneurs ayant tous la capacité d'atteindre le plus haut niveau mondial." Cette absence de pôle national génère d'inévitables guerres de clochers entre clubs et entraîneurs. "Peu importe, tant que cela reste de l'émulation et de la motivation."


Depuis Atlanta, la Fédération a changé les calendriers, revu les modes de sélection et les méthodes d'entraînement, mis en place une cellule de recherche. Dès 1996, Fauquet a instauré l'idée de minima et d'une sélection aux Européens, Mondiaux et JO basée sur une seule compétition, les Championnats de France. Pour habituer les nageurs à performer le jour J. "Aux Mondiaux de 1998 à Perth, ils n'étaient que neuf athlètes sélectionnés. Tout le monde se moquait de l'équipe de France, se souvient Benoît Lallement, chef du groupe olympique à L'Equipe, qui fut pendant longtemps le correspondant natation. Mais à neuf, ils ont décroché quatre médailles, trois d'argent et une en or avec le titre historique de Roxana Maracineanu. Ce fut un premier déclic. Une source d'inspiration. Plein de gens ont vu que c'était possible. Ce d'autant plus que Roxana avait certes du talent, mais ce n'est pas Manaudou ou Agnel." Parallèlement, les critères de sélection se sont aussi durcis à la base chez les juniors. Denis Auguin, l'entraîneur d'Alain Bernard, dit que tout le monde avait hurlé au scandale. "Mais on s'est vite rendu compte que ce serait une source de motivation", confie l'Antibois.

Le retour de Laure ManaudouLe succès ne se construit pas en un jour et le chemin de l'équipe de France a encore été bafouillant à Sydney avec une seule médaille, et aux Mondiaux 2001 d'où les Bleus sont revenus bredouilles. Puis Laure Manaudou est arrivée. Bousculant les mentalités avec cet aplomb qui lui fit clamer à 15 ans qu'elle allait devenir championne olympique. La suite, on la connaît. L'histoire de la môme d'Ambérieu, aussi complexe fût-elle, a eu un effet indéniable sur la suite du parcours des Bleus. Elle a influencé des nageuses comme Muffat et Coralie Balmy.

Manaudou, championne précoce, paie aujourd'hui le prix d'une pause salutaire et d'une grossesse épanouissante. Alain Bernard paie la déperdition d'énergie d'un titre olympique parfois lourd à porter. Mais ces deux-là auront été les fondations de ce qui se trame ces jours dans le centre aquatique des Jeux de Londres. "Je n'aime pas l'idée d'exemple mais d'ouverture de portes. Laure et Alain ont montré que c'était possible, insiste encore Claude Fauquet. La génération actuelle est née de l'exigence et la croyance qu'aucun nageur n'est invincible. Il a suffi dimanche que Magnussen rate son premier 100 m pour que les Français sautent sur l'occasion." Il insiste, ce qui s'est passé à Pékin a été fondamental. Le fait d'avoir raté l'or de 8 centièmes est resté dans les esprits. "Quand on mobilise et qu'on crée les conditions de la confiance, plus rien n'est impossible. Nous avons là une vraie machine de guerre avec analyses vidéo en direct et logisticiens. C'est aujourd'hui le fruit d'un long travail qui se perpétue et s'améliore." La France appartient bel et bien au club restreint des tout grands de la natation."

dimanche 22 juillet 2012

Chanter l'hymne, une obligation ?

L'équipe.fr

L'ancien président de la Fédération allemande de football, Gerhahrd Mayer-Vorfelder, veut que Joachim Löw impose à ses joueurs de chanter l'hymne national.


LogoChanter l'hymne national, une obligation pour les joueurs allemands, sous peine d'exclusion ? Telle est l'opinion de l'ancien président de la Fédération allemande de football (DFB), Gerhahrd Mayer-Vorfelder (2001-2006), qui s'est confié au quotidien Bild. L'ancien dirigeant estime que «le sélectionneur (Joachim Löw) doit imposer l'hymne national». «Il dit toujours qu'il ne peut pas les forcer. Moi, je pense que c'est possible. S'il dit au joueur qu'il doit chanter, sinon il ne sera plus sélectionné», poursuit-il.
Ce sujet, qui agite également l'équipe de France, tient à coeur à Mayer-Vorfelder, qui garde un souvenir cuisant de la demi-finale de l'Euro 2012 perdue contre l'Italie (1-2) : «Les Italiens ont chanté avec ferveur et joué avec la même passion pour leur pays. Et nous ? C'était presque honteux.» Il vise notamment l'attitude de Sami Khedira, qui préfère rester silencieux par respect pour ses origines (son père est tunisien) : «Pour moi, ce n'est pas une raison pour rester silencieux. On ne peut pas jouer pour la DFB et en tirer les avantages, et agir ensuite comme si on était seulement à moitié Allemand.»






lundi 25 juin 2012

Des Bleus têtes à clash

 Libération, le 20 juin 2012

Récit La défaite face aux Suédois, mardi, a entraîné une altercation dans le vestiaire tricolore. Laurent Blanc a tenté de déminer avant le quart, samedi.

Par GRÉGORY SCHNEIDER Envoyé spécial à Kiev (Ukraine)

Mardi soir, dans un couloir du Stade olympique de Kiev, trois bons quarts d’heure après la soupe (0-2) tricolore face à la sélection suédoise et la qualification paradoxale pour le quart de samedi devant l’Espagne : l’attaquant Olivier Giroud, les neuf dernières minutes du match au compteur, vient musarder devant la presse. «J’espère au moins que ça nous servira de leçon. L’Espagne, ça sera une autre paire de manches. Il y avait de la colère dans le vestiaire, mais il faut essayer de dire les choses plus calmement, et de manière plus réfléchie.»

L’attitude du très probable futur Gunner interpelle. A l’échelle du vestiaire tricolore, Giroud et ses 8 sélections ne pèsent rien : une aimable curiosité, aussi exotique que son club de Montpellier aux yeux de l’élite mondialisée - Londres, Milan, Munich, Madrid, Manchester - qui fait l’ordinaire du groupe tricolore. A cet instant, l’attaquant se sent pourtant autorisé à porter un jugement de valeur sur ce que racontent des équipiers autrement gradés : un peu étranger, un peu surpris aussi par cette brusque plongée chez les grands fauves.

Furie. L’après-match mouvementé des Français n’a en effet pas exactement concerné des supplétifs : Karim Benzema, Franck Ribéry et Samir Nasri sont dans le coup. Au retour du terrain, le premier arrive dans le vestiaire comme une furie, fustige le manque d’investissement, explique qu’il est dégoûté par ce qu’il a sous les yeux depuis la veille. Ribéry vient au soutien. Au moins un des participants mis en cause se rebiffe, le ton monte.

Ce que l’on sait : Nasri faisait partie des joueurs visés par Benzema et Ribéry. Quelques minutes plus tard, devant les journalistes, l’attaquant madrilène rhabillait son compagnon de la promo 1987 pour longtemps. «On n’a pas été bon, personne : pas de vitesse, pas d’espace. Je ne sais pas pourquoi, mais on est tombé dans un jeu qui n’est pas le nôtre. On a beaucoup trop gardé la balle.» Samir, si tu m’entends… Puis : «On peut battre l’Espagne, mais il faudra avoir tous le même objectif : gagner. Il faudra aussi avoir la rage, partir pour gagner une guerre.» Et re-Samir, victime d’un coup en première période contre les Suédois et qui parut longtemps s’en plaindre tout en continuant à jouer malgré des appuis bizarres.

Que Benzema en ait eu conscience ou non, les implications de ses critiques touchent le staff et le sélectionneur, Laurent Blanc : le blanc-seing du coach à Nasri - équivalent à un blanc-seing au talent, selon le coach - est du même coup remis en cause. La barque de Blanc s’est d’ailleurs chargée depuis quarante-huit heures : la titularisation de Philippe Mexès devant la Suède (et sa suspension afférente contre l’Espagne : le coach aurait pu choisir de le préserver, la qualification pour les quarts étant probable) et celle d’un Hatem Ben Arfa largué ne rentrent assurément pas dans «les choix toujours gagnants du coach» dont parlait samedi le défenseur Gaël Clichy.

«Démons». Blanc n’a eu d’autre alternative, hier, que de monter au tas sur l’histoire du clash de la veille à Kiev. «Ça a toujours existé, c’est souvent ça quand on perd. Oui, c’était chaud. Les joueurs concernés ont eu besoin d’une bonne douche froide pour revenir à température. Ce coup-ci, on n’avait pas les cryovestes [vestes réfrigérantes, ndlr].» Une cartouche pour Benzema et Ribéry : «Une réaction, de l’action, de l’électricité… On en aura aussi besoin contre l’Espagne, mais à bon escient.» Une pour Nasri : «Il me faut des joueurs qui jouent simplement, à l’espagnole. Eux, ils font ça les yeux fermés. Ça s’appelle l’intelligence de jeu, et c’est une qualité de plus en plus rare chez un footballeur. Ce serait plus efficace d’avoir ce genre de joueurs plutôt que ceux qui font des exploits individuels.»
Juste après Blanc, le milieu Florent Malouda, dont l’aptitude à faire passer des messages en finesse est notoire, s’est dévoué pour ripoliner un peu la statue chancelante du joueur de Manchester City. «Nasri ? Sa façon de jouer au foot n’a pas changé du jour au lendemain, et comme tout le monde était content après l’Angleterre… Disons qu’il y a un équilibre à trouver entre les performances personnelles et l’objectif collectif, que cet équilibre est fragile et que lors de matchs comme celui de la Suède, ça bascule vite, tu es immédiatement en danger. Après, en parler, c’est bien. Les corriger, c’est mieux.»
Puis : «La veille de la Suède, le coach a arrêté l’entraînement en plein milieu pour nous expliquer qu’on était nonchalants. On passait par Kiev, il y avait un petit match à disputer en passant… Ce n’est pas ça, la compétition. On n’est pas resté invaincu durant 23 matchs par hasard, on a redonné espoir aux gens. A Kiev, j’ai eu l’impression de retrouver des démons. Je vous parle d’une attitude, de ce que dégage un mec, de ce qu’il apporte à l’équipe. Avec le même état d’esprit que la Suède mardi, on aurait peut-être perdu. Mais personne n’aurait eu le sentiment de lâcher le match.» Mardi, à la veille du deuxième anniversaire de la grève du bus, les Bleus ont fait leur révolution. Ou ils ont seulement essayé. On verra samedi

Nasri et Ménez : bazar, comme c’est bazar

Libération, le 24 juin 2012

Le comportement désinvolte, voire grossier, du milieu de terrain et de l’attaquant tricolores avant et après la défaite face à l’Espagne, samedi, font resurgir les fantômes de Knysna.

Par GRÉGORY SCHNEIDER (à Donetsk)

Samedi soir au cœur de la Donbass Arena de Donetsk, une petite heure après la qualification logique de la Roja espagnole pour les demi-finales de l’Euro au détriment des Bleus (2-0). Rentré en cours de jeu, Samir Nasri passe sans s’arrêter en zone mixte, l’espace dévolu aux échanges entre les joueurs et la presse. Juste avant de monter dans le car, il fait demi-tour, passe sous une barrière et retourne dans le vestiaire.

Il y restera une dizaine de minutes. Pendant ce temps, Alou Diarra, Karim Benzema, Hugo Lloris ou Franck Ribéry investissent l’espace et font face dignement : «On est tombé devant ce qui se fait de mieux en Europe», «les Espagnols sont plus matures que nous dans le jeu, mais bon, il leur a fallu six ans», «on leur a laissé le ballon exprès». Nasri revient, avec l’intention manifeste de ne pas répondre à la moindre question. Un journaliste de l’AFP insiste. Nasri : «Vous cherchez toujours la merde. Vous cherchez des histoires.» Le type : «C’est ça, casse-toi.» Nasri : «Va te faire enculer. Va niquer ta mère, sale fils de pute. Tu veux qu’on s’explique ? Allez, comme ça, vous pourrez continuer à dire que je suis malpoli…» Le type recule et se fond dans la masse.

Nasri s’éloigne : dans le car des Bleus, il répétera à un membre du staff son intention de démolir le gars. L’histoire est terminée. Elle avait commencé bien plus tôt, deux heures avant le coup d’envoi, lors de la reconnaissance du terrain par les joueurs français. Seuls les remplaçants l’ont effectuée samedi. Une bonne moitié d’entre eux donnent alors l’impression de déambuler dans une kermesse battant son plein. Le milieu Blaise Matuidi fait des photos avec sa famille venue le rejoindre au bord de la rambarde, l’attaquant Jérémy Ménez déboule en claquettes et équipement MP3 avant d’aller se prélasser sur un banc de touche…
Cirque. Quand il voit l’ailier Hatem Ben Arfa entreprendre carrément une conversation - elle durera plus d’une demi-heure - avec son agent assis en bas de la tribune, le directeur administratif des Bleus, Marino Faccioli, devient livide. C’est le grand cirque. En rupture de ban avec une partie du groupe depuis mardi (Libération de jeudi), Nasri a une discussion animée avec l’entraîneur adjoint, Alain Boghossian. On apprendra plus tard que le joueur demande alors des explications sur sa non-titularisation, la première dans cet Euro. Quelques minutes après, Boghossian dira à un proche : «C’est la merde.»

Les remplaçants rentrent au vestiaire en ordre dispersé. Ils reviennent pour l’échauffement une heure plus tard, cette fois accompagnée des titulaires. Les trois derniers à rentrer sur le pré : Samir Nasri, Jérémy Ménez et le petit Marvin Martin, qui s’entraîneront - si l’on peut dire - ensemble. Ce que font les deux premiers ne ressemble à rien. Fous rires, pitreries… dont celle-là, que l’on doit au Parisien : il court vers le ballon en mouvement et essaie de se stabiliser à pieds joints sur la sphère tout en effectuant un salut militaire.
Il réitérera cette figure, se tordant même légèrement la cheville une fois. On n’y comprend d’abord rien : une trentaine de caméras braquées, mille fois plus de smartphones susceptibles d’enregistrer la scène… On a pigé d’un coup, quand les deux gars toujours hilares se lancent dans une séance de frappes pleine puissance à 20 mètres de leurs coéquipiers autrement concentrés : pour avoir mal pris leur mise sur le banc, Nasri et Ménez s’offrent alors une petite provocation en mondovision.

«Vaffanculo». Le staff technique ne leur en tiendra pas rigueur : les deux joueurs rentreront à la 64e minute, au plus fort d’un combat alors légèrement dominé par des Bleus limités mais courageux, où Ribéry a une fois de plus tenté d’emmener tout le monde. Nasri patrouilla devant la défense tricolore, s’acquittant correctement de sa mission. Positionné sur l’aile droite, Ménez est en revanche passé à côté ; pas un dribble réussi, un agacement qui lui valut un carton jaune pour un «vaffanculo» lancé à l’arbitre italien et surtout ce geste invraisemblable envers son capitaine, Hugo Lloris, qui lui demandait de suivre son adversaire direct : paume vers le bas et le pouce qui se rabat sur les autres doigts joints, «ferme ta bouche» dans toutes les langues du monde.

En souffrance sur le plan du jeu, les Bleus auront fait énormément d’efforts lors de cet Euro, sur et en dehors du terrain, pour éloigner tant que faire se peut l’ombre du bus de Knysna. Samedi, à Donetsk, Ménez et Nasri auront tout tenté pour les y replonger.

lundi 16 août 2010

L'OM de Dassier

Dassier, "l'homme en toc"... Souvenons-nous du feuilleton Mancini durant le dernier marcato d'hiver, de la promesse d'un retour de Didier Drogba sur les pelouses du Vélodrome. Ces annonces de séducteur à destination de "supporters en rut" sont le seul recours, le seul jeu que mène désormais tout nouveau président, publicitaire, homme de communication, autre reconverti issu de la télévision et plus spécifiquement de TF1 (il y eut C. Villeneuve au PSG et on annonce désormais l'arrivée de P. Lelay à Rennes).

Des annonces, des effets de manche, des spéculations, de la demesure. Est-ce là sa manière de séduire les marseillais? "Vous aurez Drogba" aurait-il promis à son arrivée, comme pour marquer de son empreinte l'ère, la nouvelle, d'un homme tranchant dans ce milieu amoral, de langues de bois. S'imposant d'une voix ferme, assurée, maitrisant toutes les ficelles de la "communication", laissant entendre ainsi qu'il joue dans le registre des grands de la démagogie et du populisme. Un autre Tapis, quoi! On comprend mieux pourtant, c'était entendu. (On connait le sort réservé aux salariés d'IBM licenciés par le généreux Bernard, celui même qui apporta la victoire au club ! On leur pardonnerait tout !) C'est pourtant un homme de paille qui figure là, un homme de théâtre, un pantin, qui est là sans qu'on sache pourquoi. C'est ça le football, ça fonctionne désormais ainsi: par carnets d'adresse interposés, par réseaux. Son entrée sur la scène marseillaise, n'est pas sans rappeler d'ailleurs celle d'A. Boucher, précédemment apparu comme un "homme providentiel", lui aussi. Ils le sont tous à vrai dire, pourvus des mêmes qualités: "honnêtes", "droits", "fermes", "gestionnaire", "humains", établissant une transition nette avec l'ancien monde, incarnant fièrement le changement, etc. 

Ce Dassier ressemble pourtant à tant d'autres occupant ce poste dans d'autres clubs de football, dont on saisit mal le profil "Pôle-Emploi". On perçoit toutefois le portait d'une classe sociale outrancière, aisément dilettante, un peu comme ces ministres qui vont et viennent, d'un bord, de l'autre, avec cette même facilité parce qu'ils sauraient diriger et seraient fait pour ça. Dassier prête à rire et l'OM tout entier ,sous la baguette du maitre-d'oeuvre qui a montré toute l'étendue de son incompétence. On sait que Niang, l'attaquant vedette de Marseille, qui a indéniablement contribué à la bonne tenue du club au cours de ces cinq dernières années est depuis la semaine dernière la nouvelle recrue de l'équipe stambouliote de Fenerbaçe. C'est sans doute peu surprenant compte tenu des ambitions affichées par le club, par la voix de son entraineur qui a rappelé, dès son arrivée, la nécessité de recruter des joueurs de haut niveau. Le joueur sénégalais, bientôt âgé de 31 ans, a-t-il peut-être presenti qu'une page allait être tournée et que la machine à broyer de Deschamps aurait sa peau? Peut-être. Mais il semble que le contrat proposé au joueur marseillais constitue également un argument puisqu'il touchera un salaire d'environ 900.000 euros/mois. Le comique de la situation actuelle tient retrospectivement aux déclarations de Jean-Claude Dassier qui annonçait à propos du dossier Niang, dont on évoquait déjà le départ le 02 août dernier, avec cette fermeté qu'on lui connait : "Mamadou est au club et il y reste. Pas question de le laisser partir à huit jours de la reprise". On sent que l'homme maitrise son sujet. Dans la foulée il se clamait partout que le grand attaquant brésilien, Luis Fabiano allait débarqué à l'OM. Tartarin bombait le torse, Marseille exultait! Ce n'était en fait qu'un autre effet de manche, cousu dans l'improbabilité, un morceau dont on a le secret à Marseille, un grand air d'arbalette... "Le club est en crise", "va droit dans le mur" annonçait-on dans le journal L'équipe. Il présente en tout cas tous les symptomes de la déroute et du naufrage, mais le club garde toutefois son allant comique. Il ne reste plus que 15 jours aux dirigeants du club, avant la fermeture officielle du marché estival, pour trouver la perle rare: un remplaçant de classe internationale qui serait susceptible de faire oublier le départ précipité du grand "Mamad". Place maintenant à la gaudriole, à la farce, on parle à présent d'un plan B, Z, qu'importe... Et il y a malheureusement urgence, puisque seul Brandao compte en attaque! Le titre remporté par l'équipe de l'année passée semble déjà s'éloigner et il est d'ailleurs étonnant de songer au départ annoncé de B. Cheyrou et Ben Arfa, autres joueurs impliqués dans le succès de l'équipe olympienne ces deux dernières années... 

samedi 6 mars 2010

Albert Camus commentateur de football

Cahiers du Football

"Tout ce que je sais de la morale, je le dois au football "
Albert Camus, gardien de but et Prix Nobel de littérature

http://www.lemonde.fr/culture/video/2010/01/04/albert-camus-commentateur-de-football_1287127_3246.html

vendredi 19 février 2010

dimanche 17 mai 2009

Défaite, crise et football. Marseille et les mécaniques du complot

Marseille aura perdu le titre de champion de France en s'inclinant devant Lyon. Cela marque sans doute la fin des ambitions portées derrière l'équipe phocéenne et des espoirs de retour au premier plan, sur la première marche. Mais cela montre surtout les faiblesses d'un championnat qui repose sur des individualités. L'autre artisan de l'échec marseillais pourrait aussi bien s'appeler Yoann Gourcuff puisque le meneur de jeu bordelais s'est illustré de manière décisive lors des deux dernières rencontres de son équipe (Valenciennes-Bordeaux:1-2 ; Bordeaux-Le Mans:2-3) en lui donnant tout simplement la victoire, aujourd'hui la première place. Tout cela participe d'une même histoire et il parait bien injuste de mettre en cause l'un ou l'autre pour expliquer la chute d'une telle entreprise, mais cela fait parti du jeu. On peut être sûr que cette défaite trouvera sa cause dans la polémique, quelque part entre le Vieux port et la Canebière. Reste à savoir qu'elles seront les explications retenues: le départ de l'entraîneur et son annonce prématurée ? l'insuffisance des joueurs ou des moyens financiers ? les dirigeants du club? le nom de Gourcuff ou de Benzema (buteur de Lyon) ? Derrière cette défaite l'emporteront, sans doute, les voix diffuses d'une crise sociale s'abattant plus fortement encore sur la ville et ses habitants. De cette manière, les mouvements sociaux et les manifestations, annoncés pour les jours à venir, en ressortiront sans doute renforcés. C'est un phénomène récurrent que l'on a souvent l'occasion de constater à Marseille... L'OM est mort! Vive Marseille!

dimanche 18 janvier 2009

"The Best Moments" of Brandao

Admirez, tremblez, car voici le grand Brandao !!!

Mercato

Fidèles à cette habitude désormais coutumière, il semblerait que les clubs de Ligue 1 ont à nouveau décidé de parier sur de nouveaux joueurs parfaitement inconnus ou oubliés. L'OM figure en bonne place durant ce mercato d'hiver avec la signature de ces récents transferts: Brandao et Wiltord. Il est d'ailleurs difficile de saisir les motivations et les intentions du club lorsque l'on sait que Brandao est un joueur brésilien de 27 ans qui évolue dans le championnat ukrainien en parfait inconnu et que Wiltord sévit sur le banc rennais, comme il le fit déjà à l'OL ou à Arsenal par le passé. On imagine alors l'inquiétude des supporters olympiens qui ne peuvent même pas se référer aux dernières prestations de ceux-ci et s'appuyer sur leurs brillantes statistiques pour évaluer la qualité de cet engagement. On se doute que le choix des dirigeants fut déterminé par des questions économiques... Mais peut-être ont-ils répondu à l'urgence de renforcer l'expérience de l'équipe ? L'effectif marseillais se bonifierait-il avec l'âge ? C'est une question qui a le mérite d'être posée et qui traduit manifestement une forme de sagesse, un éclat de génie digne des plus grands stratèges grecs, notamment si l'on envisage un éventuel échec, une chute soudaine vers le milieu de tableau. L'âge de ses cadres constituerait alors une arme psychologique... Le club de la cité phocéenne affiche ainsi son humble modestie et renoue avec une philosophie proche de ses origines. Vive Delphes! Allez l'OM !

mardi 9 septembre 2008

Yugoslavia Team Preview for 1990 World Cup

L'équipe Yougoslave dotée de ces quatre étoiles Zlatko Vujovic, Safet Susic, Dragan Stojkovic, Robert Prosineki, chutera finalement en quart de finale de la coupe du monde 1990, aux tirs au but, face à l'Argentine de Maradona...

Finale Coupe de France 1987

Parmi les grandes heures de Bordeaux celle du buteur Zlatko Vujovic... Une finale qui réunit les personnalités footbalistiques de l'époque: le moustachu Claude Bez, Aimé Jacquet et l'heureux gagnant de la récente "indemnité nationale", Bernard Tapie... On aperçoit d'autre part, sur le terrain, Alain Roche, José Touré, Jean-Marc Ferreri, Joseph-Antoine Bel, etc.

vendredi 5 septembre 2008

Ronaldo - Figure paroxystique de l'éclopé

Ronaldo est connu et reconnu pour ses dribles et sa vitesse, son poids, ses amours avec le public madrilènes mais aussi pour ses nombreuses blessures. Il représente aussi et de manière évidente la figure de l'Eclopé par excellence. Un prix devrait à ce titre lui être décerné pour cette blessure survenue avant un match, en 2007, alors que l'équipe milanaise s'entraînait. Le joueur semble avoir répondu à une provocation ou à un jeu de séduction entamé par des supporters émoustillés par quelques jonglages réalisés auprès des autres techniciens de l'AC Milan. A quoi le brésilien répondit d'un gros shoot puissant vers les tribunes... Ce boulet de canon eut pour seul effet de clouer au sol son abruti d'auteur, se tenant la jambe de douleur, sous les huées de la foule écoeurée par ce coup de théâtre.

mardi 22 juillet 2008

L'échapée d'Alain Roger ou l'extraordinaire matrice du philosophe à trois voies

Au cours de sa dernière année d’enseignement à Orléans, Alain Roger se trouve être interne en hypokhâgne. Le service de Deleuze se partage alors en trois classes : une terminale, une hypokhâgne et deux heures d’enseignement en khâgne. L’hypokhâgne est essentiellement constituée de jeunes filles, de bonnes élèves qui pour la plupart non pas l’intention de préparer l’ENS, mais qui sont là pour faire leur propédeutique avant de commencer l’université. Le magnétisme de Deleuze va être décisif pour l’avenir d’Alain Roger. En cette fin de novembre 1954, son moral est au plus bas. Il s’est inscrit en hypokhâgne sur l’injonction parentale – il avait décroché un accessit en philosophie au concours général. Mais il vient de passer une série d’évaluations désastreuses et, pour couronner le tout, son professeur de latin vient de lui coller une note négative : -7/20 ! Cette situation le renforce dans l’idée qu’il n’a rien à faire là, que ses parents se sont fourvoyés. Lui, sa passion, c’est le vélo, dont il veut faire sa profession. Son fidèle coursier de la marque Stella n’attend que lui au domicile familial de Bourges et il est alors bien décidé à quitter l’univers confiné de l’hypokhâgne pour regagner l’air libre qui souffle sur les routes du Berry et s’inscrire au Club cycliste professionnel du coin. Né en 1936, Alain Roger a pour idole Louison Bobet et ne rêve que d’une chose : gagner une étape du Tour de France après avoir lâché Fausto Copi dans le Tourmalet : « Un rêve que je n’ai jamais réalisé à cause de Deleuze ».
C’est dans cet état d’esprit qu’il assiste prostré au dernier cours de la semaine. Il a lâché son stylo et regarde dans le vide, hagard, un vélo dans la tête. Cela n’échappe pas à la perspicacité de Deleuze qui, voyant son élève s’esquiver rapidement à la fin du cours à 11 heures, le rejoint dans le couloir et lui demande ce qui ne va pas. Alain Roger lui explique les raisons de son découragement et Deleuze tente de lui remonter le moral : « Avec moi, c’est meilleur ? » Il a eu en effet un 11 en philo : « Alors, lui répond Deleuze, 11+ (-7), ça nous fait combien ? 4, ça nous fait 4, c’est déjà moins pire. » Alain Roger lui explique qu’il entend devenir cycliste professionnel ; Deleuze le conduit alors à la bibliothèque du lycée et Alain Roger le suit un peu penaud, n’osant le contredire mais toujours aussi ferme sur ses intentions. Deleuze sort trois ouvrages des rayons de la bibliothèque : les Entretiens d’Epictète, l’Ethique de Spinoza et la Généalogie de la morale de Nietzsche, sélectionne quelques chapitres de ces trois livres et enjoint à son élève de bien vouloir préparer un exposé pour le mardi suivant : « vous allez chercher le centre de gravité de ce triangle, l’intersection des trois médianes, c’est facile. » La ligne de fuite est coupée et le week-end chez les parents compromis. Alain Roger doit rester pour préparer cet exposé à contre-cœur, mais on ne contredit pas Deleuze. Or la plongée dans ces trois textes réussit à le convertir définitivement, puisqu’il deviendra professeur de philosophie à l’université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand de 1967 à 2004. Il se demande encore « comment Deleuze a-t-il pu prévoir que ces trois noms allaient devenir, pendant un demi-siècle, mes auteurs préférés ». Ce triangle éthique dans l’exposé durera plus d’une heure va devenir en effet la matrice de la nouvelle vocation.

mardi 1 juillet 2008

L'Espagne Championne d'Europe, pas de Navarre

"Saluons la gloire de l'enfant". Le joueur star de Liverpool Fernando Torres, dit El Niño, est entré dans l'histoire en inscrivant le seul but de la rencontre de la phase finale opposant l'Allemagne et l'Espagne. "L'enfant a marqué et le peuple exulte. Il est enfin délivré, après quarante ans, de cette longue traversée du désert", c'est ainsi que l'on pourrait résumer la victoire espagnole. C'est une proposition qui nous amène alors à considérer les qualités du discours prophétique, l'espace d'où il emerge et le portrait de son auteur potentiel. Le monde du football est intéressant car il s'inspire et reproduit assez fidèlement les codes sociaux qui l'entourent. On a pu constater que l'enjeu de cette coupe d'Europe portait sur la "transition", sur "l'héritage" trans-générationnel, sur l'avenir d'une équipe qui fonde ses espoirs sur la JEUNESSE. Mais de quelle jeunesse s'agit-il? Le football a en effet considérablement revu à la baisse le temps de carrière et l'âge de ses joueurs. Thierry Henry, à 31 ans, est présenté comme un joueur en fin de carrière, Claude Makelele, à 35 ans, fait figure d'incroyable "vieux lion", etc.
On a ainsi pointé du doigt l'échec des vieilles grandes équipes -restes de la vieille Europe?- et relevé les brillantes promesses des jeunes sélections portées vers l'avenir. On distingue ainsi les vertus qui sont désormais révérées par notre société, au niveau de sa politique sociale valorisant la spontanéité, l'audace, la fougue, alors synonymes de jeunesse, et "les risques" pris dans le jeu. On observe aussi l'effet d'une annonce ou d'un impératif. Il faut réformer le sport au même titre qu'une entreprise s'appuyant sur le dynamisme de ses jeunes cadres! Le football n'est plus qu'un vaste et sombre commerce. Etrange coïncidence donc que le héros salué à la fin de cet Euro ne soit autre qu'un "Enfant" ou un "Gamin"...



Ce but vainqueur permet à l'équipe espagnole d'être consacrée pour la seconde fois de son histoire, Championne d'Europe des Nations.
Titre qu'elle n'avait pas remporté depuis plus de quarante ans. Mais cela peut-il avoir le même sens partout en Espagne? Si l'on considère notamment la configuration sociale et politique du pays aujourd'hui et son évolution depuis 1964 (période franquiste). La victoire hispanique peut-elle crée le même consensus, la même adhésion que dans n'importe quel pays d'europe? L'Espagne apparait en effet divisée en régions "identitairement" très fortes et plus ou moins indépendantes. Les clubs participant d'ailleurs au championnat de football espagnol apparaissent souvent comme les représentants de cette différence. On peut considérer de cette manière que la victoire espagnole au championnat d'Europe des Nations résonne comme un paradoxe inextricable. L'équipe comptait d'ailleurs plusieurs joueurs issus de ces régions et l'on peut se demander comment ces acteurs de premier plan négocient cette distinction opposant d'un côté la "région" et de l'autre la "nation". Mais ne demandons pas à des gamins, des footballeurs, de trancher sur ces questions. On peut imaginer que la victoire nationale soit communément apréciée, mais seulement à partir d'un arrangement passé avec la présence de leurs joueurs au sein de l'équipe. Mais nous connaissons aussi, l'ancien président Jacques Chirac s'en souvient très bien, les répercussions sociales, psychologiques de ces victoires sportives et leur inflence au niveau politique! Peut-on estimer, en ce sens, que la Catalogne, dans son bras de fer avec le gouvernement espagnol, a elle aussi gagné? Est-ce que le Pays Basque ne s'est pas tiré une balle dans le pied? Et l'Andalousie, la Galice? Est-ce que Xavi et Puyol n'ont pas contribué à faire gagner Madrid et son Roi? Dures questions pour les amateurs de football, supporters du F.C Barcelona, du Celta Vigo, du F.C Valence, etc. !
Joàn P.
S.D à Marta