"Saluons la gloire de l'enfant". Le joueur star de Liverpool Fernando Torres, dit El Niño, est entré dans l'histoire en inscrivant le seul but de la rencontre de la phase finale opposant l'Allemagne et l'Espagne. "L'enfant a marqué et le peuple exulte. Il est enfin délivré, après quarante ans, de cette longue traversée du désert", c'est ainsi que l'on pourrait résumer la victoire espagnole. C'est une proposition qui nous amène alors à considérer les qualités du discours prophétique, l'espace d'où il emerge et le portrait de son auteur potentiel. Le monde du football est intéressant car il s'inspire et reproduit assez fidèlement les codes sociaux qui l'entourent. On a pu constater que l'enjeu de cette coupe d'Europe portait sur la "transition", sur "l'héritage" trans-générationnel, sur l'avenir d'une équipe qui fonde ses espoirs sur la JEUNESSE. Mais de quelle jeunesse s'agit-il? Le football a en effet considérablement revu à la baisse le temps de carrière et l'âge de ses joueurs. Thierry Henry, à 31 ans, est présenté comme un joueur en fin de carrière, Claude Makelele, à 35 ans, fait figure d'incroyable "vieux lion", etc.
On a ainsi pointé du doigt l'échec des vieilles grandes équipes -restes de la vieille Europe?- et relevé les brillantes promesses des jeunes sélections portées vers l'avenir. On distingue ainsi les vertus qui sont désormais révérées par notre société, au niveau de sa politique sociale valorisant la spontanéité, l'audace, la fougue, alors synonymes de jeunesse, et "les risques" pris dans le jeu. On observe aussi l'effet d'une annonce ou d'un impératif. Il faut réformer le sport au même titre qu'une entreprise s'appuyant sur le dynamisme de ses jeunes cadres! Le football n'est plus qu'un vaste et sombre commerce. Etrange coïncidence donc que le héros salué à la fin de cet Euro ne soit autre qu'un "Enfant" ou un "Gamin"...
Ce but vainqueur permet à l'équipe espagnole d'être consacrée pour la seconde fois de son histoire, Championne d'Europe des Nations.
Titre qu'elle n'avait pas remporté depuis plus de quarante ans. Mais cela peut-il avoir le même sens partout en Espagne? Si l'on considère notamment la configuration sociale et politique du pays aujourd'hui et son évolution depuis 1964 (période franquiste). La victoire hispanique peut-elle crée le même consensus, la même adhésion que dans n'importe quel pays d'europe? L'Espagne apparait en effet divisée en régions "identitairement" très fortes et plus ou moins indépendantes. Les clubs participant d'ailleurs au championnat de football espagnol apparaissent souvent comme les représentants de cette différence. On peut considérer de cette manière que la victoire espagnole au championnat d'Europe des Nations résonne comme un paradoxe inextricable. L'équipe comptait d'ailleurs plusieurs joueurs issus de ces régions et l'on peut se demander comment ces acteurs de premier plan négocient cette distinction opposant d'un côté la "région" et de l'autre la "nation". Mais ne demandons pas à des gamins, des footballeurs, de trancher sur ces questions. On peut imaginer que la victoire nationale soit communément apréciée, mais seulement à partir d'un arrangement passé avec la présence de leurs joueurs au sein de l'équipe. Mais nous connaissons aussi, l'ancien président Jacques Chirac s'en souvient très bien, les répercussions sociales, psychologiques de ces victoires sportives et leur inflence au niveau politique! Peut-on estimer, en ce sens, que la Catalogne, dans son bras de fer avec le gouvernement espagnol, a elle aussi gagné? Est-ce que le Pays Basque ne s'est pas tiré une balle dans le pied? Et l'Andalousie, la Galice? Est-ce que Xavi et Puyol n'ont pas contribué à faire gagner Madrid et son Roi? Dures questions pour les amateurs de football, supporters du F.C Barcelona, du Celta Vigo, du F.C Valence, etc. !
Joàn P.
S.D à Marta


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