mardi 30 septembre 2008

Le monde du Meshugah


la recherche franco-britannique est à la pointe de son époque et vient ces jours-ci de révéler au monde le secret de la schizophrénie : elle serait liée à des anomalies de la région temporale du cerveau. L'été attardé un moment sur la pointe semble s'en être définitivement allé, le ciel vire au gris, l'air fraîchit et le crachin voltige. Depuis quelques jours, un chat noir, aux yeux lançant des éclairs verts, vagabonde nonchalamment, en douceur et non moins sur le qui-vive, dans le jardin. L'automne arrive et les feuilles font la fauve mine et tombent et jonchent les caniveaux, les pelouses, les trottoirs,

samedi 20 septembre 2008

vendredi 19 septembre 2008

Le monde du Meshugah


pandouille, à la fenêtre de l'appartement situé au-dessus de l'ancien quartier général du Mouvement Démocratique de Brest qui occupait le Rez-de-Chaussée, à l'entrée du pont de l'Harteloire sur la rive gauche, servant de rideau, le drapeau de l'A.S. Monaco, avec sa couronne comme emblème, c'est presque une tiare, un temps dans l'hésitation d'avec les couleurs du Réal Madrid, de même qu'une simple feuille morte terne fanée cristalisée immobile fut prise pour une souris grise avec comme queue sa tige. La mer était d'un bleu profond placide sans houle, ayant pris les traits ou le masque d'un lac, et de même le ciel amical d'un bleu plus léger doux sans nuage, sur laquelle filait allègrement et sans effort légère une frêle esquif blanche, au loin tout aussi silencieusement, lentement, un grand et longiligne navire bleu et blanc (de commerce?) quittait le goulet, sans fumée; sur les plages quelques serviettes sur lesquelles on profitait de la douceur du calme du silence en lisant en discutant la voix comme assoupie par les vaguelettes brunes qui retournaient le sable avant de s'y étaler sobrement, quelques baigneurs, des courts plongeons des couples les mouettes absentes. L'air limpide scintillait et avait quelque chose de gourmand. C'est l'été indien;

vendredi 12 septembre 2008

Exposition Van Gogh/Monticcelli à Marseille

Les médias marseillais ne souffriraient-ils pas d'un complexe d'ordre culturel? 
Cet aspect semble manifeste aux vues de l'affaire "Van Gogh" soulevée ces derniers jours sur la canebière, depuis la double exposition des oeuvres de Monticelli et de Vincent Van Gogh au Centre de la Vieille Charité à Marseille. Certains journalistes ont découvert que Van Gogh s'était inspiré de l'oeuvre du peintre Monticelli, "Marseillais" de surcroit, au cours de ses premières années d'études. De là à soupçonner l'humble Vincent, exilé dans le sud de la France,  de copiage et à rétablir ainsi la vérité: la place triomphante de la cité phocéenne au coeur de l'histoire moderne! On reconnaît ainsi le dessein politique du chauvinisme ou du patriotisme établit à partir d'un procès historique. Vincent Van Gogh a reconnu très tôt le travail de son aîné et a d'ailleurs confié à son frère toute l'admiration qu'il portait au peintre (marseillais). Tous deux partageaient semble-t-il la même rigueur et la même conception du travail et de la peinture. Les lettres de Vincent adressées à son frère Théo sont en ce sens éloquentes. Le jeune peintre mentionne à plusieurs reprises la notion d'étude pour évoquer les expérimentations qui marqueront la création et la reconnaissance d'une oeuvre singulière, longtemps impopulaire. Il existe une réelle filiation entre les deux peintres, qui ne se sont pourtant jamais connus, mais on ne peut décemment destituer l'oeuvre de Van Gogh en la substituant d'un simple coup de baguette magique par celle de Monticelli, peu connu au-delà des cercles de la bourgeoisie marseillaise et des spécialistes, historiens d'art. On observe une technique assez semblable, du point de vue du dessin et du mélange des couleurs, mais l'oeuvre de Vincent Van Gogh s'est considérablement développée au cours de son long séjour en Provence. Le peintre a révolutionné l'art pictural en explorant cette technique, parallèlement à d'autres emprunts (l'emploi des couleurs vives et la représentation des perspectives), d'autres sources d'inspiration comme les estampes japonaises. Une culture dont il s'est affranchi pour créer une oeuvre extraordinaire. Ainsi va le cours de l'humanité, devrait-on se féliciter. L'art de Van Gogh ne s'est pas fait tout seul. Le "marseillais" Monticelli ne devient pas pour autant le "chef de fil" ou le "père" de cette révolution artistique, c'est un instigateur, un astre dans le ciel de Van Gogh... 

Gloire à Monticelli! (au passage, né du côté de Ganagobie dans les Alpes de Hautes-Provence, fils bâtard d'une servante travaillant sans doute à la solde d'un de ces messieurs). 

jeudi 11 septembre 2008

Le monde du Meshugah

LE JEUDI 11 SEPTEMBRE 2008
Chronique poétique dédiée
au Très Pieux Couple Présidentiel
et à Sa Très Haute Oligarchie.


Les guillotines grattaient le ciel gris
En attendant Edvige, et Sarkozy
Revenu de Tbilissi de Moscou
Du coeur de Carla recomptait ses sous

Au corps de l'époux levait un beau son
Chez Drucker Domenech Hâdji Aghâ
Diderot aurait dansé du croupion
Le SDF hurlant au scélérat

Le vent souffla fort d'entre les merveilles
Qu'il fasse doux ce n'en est que plus con
Les guillotines grattaient nos orteils
Tandis qu'à gauche ils sentaient fort du fion.

Remise de la Palme d'Or, Festival de Cannes

Discours de remise de la Palme d'or, Festival de Cannes (Sophie Marceau)


Sophie Marceau: Bonsoir. Euh! [ou Eux! Les salauds! Les extra-terrestres!] Quelle journée! Euh, on m'a demandé il y a trois jours de remettre la Palme d'Or, j'ai été très honorée, j'ai pas hésité une seconde et depuis les choses se sont accélérées [L'Espace-Temps, les failles temporelles, l'absence, le trac...] et il a fallu beaucoup de choses [une robe, des chaussures, du papier, un stylo, une présence??], alors j'ai fait dix-huit discours, j'en ai écrit cinq [pas moins!]on m'en a remis un tout à l'heure, il y a cinq minutes [je disais: l'espace- temps! Ah, les salauds!] Je vous le lirai après peut-être que ce sera... très bien. Euh, alors, donc je suis arrivée ici il y a une heure et demie, je voulais savoir qu'est-ce que c'est Cannes [Une ville, une équipe de foot, un asile d'aliénés?] Qu'est-ce qui se passe? C'est comment l'atmosphère? C'est quoi? [Le Concept?] J'ai demandé partout, alors j'ai eu comme ça des bribes de réponses qui me disaient: Oh Cannes, c'est chiant! Je vous le dis et c'est beaucoup mieux à Cabourg [pas le même climat!] et euh, oui d'accord, mais les films? C'est quoi? [Comment on fait un film, la pellicule? Comment on fait ensuite pour diffuser les images sur le drap blanc, au fond de la salle?] Euh, les films? Oh il y a heureusement le film d'Almodovar qui a un petit peu réveillé la Croisette, il y a...

Une voix dans le public

Sophie Marceau: Pardon? Il y a, il y a... Enfin bon je m'embrouille, mais je vais y arriver! Il y a tous ces films qui sont là ce soir et qui ont été vus... Euh, en tout cas, je serai très heureuse pour le bienheureux qui aura cette palme d'or et qui nous rappeleront [Ils? Les frères Dardenne?] tous ceux qui ont eu la palme d'or et tous ceux qui ne l'ont pas eu [selon tout raisonnement dialectique] mais qui ont accompagné le cinéma, qui ont fait le cinéma et qui... Et c'est important [Merde! Personne ne le dit!] Je voulais vous parler d'autre chose que du cinéma, parce qu'il y a d'autres choses importantes dans le cinéma [Nuance subtile] et puis j'ai passé une journée avec des enfants gravement malades et je peux vous dire que le cinéma est une chose qui compte dans le monde. Plutôt que de faire la guerre, on fait du cinéma et je vous dis que ça fait rêver les gens et ça leur donne un but, un projet... Euh, à court terme mais c'est quelque chose qui reste pour toujours... Euh... 

Une femme intervient: Monsieur le président?

Sophie Marceau: Si je vous ennuie, dites le moi? En tout cas allez-y...

David Cronenberg: Alors, Palme d'Or: "Rosetta" de Luc et Jean-Pierre Dardenne.

mercredi 10 septembre 2008

Vers 1855

36.
J'ose espérer que le soleil matinal de ma gloire dorera de ses premiers rayons le soir de ma vie et en dissipera les ténèbres.

37.
Après une si longue vie dans l'insignifiance et le dédain, les voilà qui arrivent, à la fin, avec tambours et trompettes, et ils pensent que cela a de l'importance.

38.
J'ai toujours espéré que ma mort serait facile, car, à la différence des autres hommes, le solitaire s'y entend en cette affaire. Au lieu de finir dans les singeries dont sont coupables les lamentables bipedes, c'est joyeux que je retournerai là d'où une grâce m'avait laissé partir, conscient d'avoir rempli ma mission.

Arthur Shopenhauer, A soi-même, trad. de l'allemand par Guy Fillion, Cahors: L'anabase.

Vers 1852

Il ne faut absolument pas faire passer en pertes et profits nos expériences marquantes de vilenie, méchanceté, trahison, abjection, envie, bêtise, absurdité chez les hommes, il faut au contraire les utiliser comme alimenta misanthropiae, les garder sans cesse présentes à l'ésprit pour ne pas perdre de vue la véritable nature des hommes et ne pas se compromettre avec eux. En effet, on découvrira que ceux à qui nous devons ces expériences ont eu affaire avec nous, souvent pendant des années déjà, et que c'est seulement l'occasion qui a permis de les distinguer. Lorsqu'on commence à se familiariser avec un homme, il faut toujours considérer que, probablement, si on le connaissait plus intimement, on serait obligé d'en venir au mépris ou à la haine.

Arthur Shopenahauer, A soi-même, trad. de l'allemand par Guy Fillion, Cahors: L'anabase.

Vers 1850

"Les cercles de métal qui enserrent mon coeur se referment chaque jour davantage, plus rien ne peut sourdre. En vérité, plus le monde s'agrandit, plus la farce devient déplaisante et très sincèrement, je trouve les grivoiseries et les âneries des arlequinades moins écoeurantes que la nature profonde des hommes, grands, moyens et petits tous mêlés. J'ai prié les dieux de me garder courageux et sincère jusqu'à la fin et même d'avancer cette fin plutôt que de me laisser parcourir la dernière partie du chemin en rampant lamentablement. J'implore les dieux et me sens assez courageux pour leur vouer une haine éternelle s'ils veulent se comporter envers nous comme les hommes." (Goethe à Madame Von Stein, 19 Mai 1778)

Au premier coup d'oeil on perçoit le répugnant en l'homme, sa physionomie, ses manières, donc on s'abstient de faire plus amplement connaissance et, dans la plupart des cas, c'est tout bénéfice. Les hommes sont ce dont ils ont l'air, on ne peut rien dire de pire. Il suffit de regarder des visages auxquels on n'est pas encore habitué pour avoir honte d'être un homme. Il est toujours troublant et souvent dangereux de voir apparence et réalité diverger: voilà pourquoi j'aime quand le monde semble aussi désert à mes yeux qu'à ma raison.

Arthur Shopenhauer, A soi-même, trad. de l'allemand par Guy Fillion, Cahors: L'anabase.

Après 1830


Dans un monde où plus des cinq sixièmes des gens sont des gredins, des fous ou des imbéciles, les autres sont contraints de vivre à l'écart, surtout s'ils sont très différents, et, plus la distance sera grande, mieux cela vaudra. On doit se pénétrer de l'idée que le monde est un désert et qu'on ne peut compter sur la société. Comme les murs enferment le regard qui se libère dans les près et les champs, la société enserre mon esprit, et la solitude lui rend ses dimensions. Pour Giodano Bruno, celui qui cherche la vérité et la trouve cesse d'appartenir au vulgaire, au trivial, au peuple pour devenir un sauvage, tel le cerf ou l'erite du désert. Et tous ceux qui ont aspiré ici-bas à une vie d'une essence supérieure proclament d'une seule voix: Ecce elongavi fugiens et mansi in solitudine [Voici que je me suis éloigné en fuyant et suis resté dans la solitude]. Car à s'occuper des choses divines ils sont morts pour les masses (Opere, da A. Wagner, vol. II, p.408). Kleist ne dit rien d'autre et Schiller l'appuie: 
L'homme vrai doit s'éloigner des hommes.

Dans un monde aussi commun, celui qui ne l'est pas n'a qu'une solution: s'isoler, et il le fait effectivement. Plus on peut échapper à la société, mieux on se trouve. Même quand on est affamé on ne touche pas à une herbe vénéneuse, voire simplement non comestible: ce devrait être la maxime de celui qui veut entrer en contact avec les hommes tels qu'ils sont. C'est donc un grand bonheur, fort rare, de posséder en soi assez de richesse pour surmonter le dégoût de soi-même et l'ennui sans chercher la compagnie des hommes, dont le doux et noble Pétrarque écrit: Non enim vile tantummodo foedumque, sed (quod invitus dico, quodque utinam non tam late notum experientia fecisset, assidueque faceret) perniciosum quoque, varium et infidum et anceps et ferox et cruentum animal est homo! (De vita solitaria, praefat.) [En effet, non seulement c'est un animal vil et hideux - je le dis à regret; et j'eusse que l'expérience ne m'eût pas donné et ne m'en donne pas continuellement une si vaste connaissance - mais aussi dangereux, inconstant, déloyal, équivoque, féroce et sanguinaire que l'homme! (Sur la vie solitaire, préface)]

Arthur Shopenhauer, A soi-même, trad. de l'allemand par Guy Fillion, Cahors: L'anabase.

Après 1829


It's safer trusting fear than faith... [il vaut mieux se fier à la peur qu'à la confiance]. Bien se souvenir que je ne vis pas dans ma patrie ni au milieu d'êtres semblables à moi, mais que, à cause d'un destin sévère et singulier, que seule la connaissance peut rendre supportable, je dois vivre parmi des étrangers, plus étrangers que des Chinois pour les Européens, parmi les oiseaux, parmi les bipedes, des hombres que no lo son [hommes qui n'en sont pas]. Certains comprennent fortuitement le homo homini lupus de Plaute, j'ai dû le comprendre d'instinct. On craint les animaux dangereux sans les haïr, j'en dirais autant des hommes. Je ne veux pas être [celui qui hait les hommes] mais [celui qui méprise les hommes]. Pour pouvoir mépriser ceux qui le méritent, les cinq sixièmes de l'humanité, la première condition est de ne pas les haïr; il ne faut donc pas laisser sourdre en soi la haine, car on ne méprise pas totalement ce que l'on hait. La meilleure façon de se garder de haïr les hommes est justement de les mépriser, mais d'un mépris vraiment profond, issu d'une vision lucide de l'incroyable petitesse de leurs sentiments, des limites de leur intelligence et de l'égoïsme sans bornes de leur coeur, sources d'injustice, d'envie et d'une méchanceté allant parfois jusqu'à la cruauté. 

Arthur Shopenhauer, A soi-même, trad. de l'allemand par Guy Fillion, Cahors: L'anabase  

mardi 9 septembre 2008

L'oeuvre de George Orwell sur le Net

Liens intéressants vers les oeuvres de George Orwell:




http://www.george-orwell.org/



Yugoslavia Team Preview for 1990 World Cup

L'équipe Yougoslave dotée de ces quatre étoiles Zlatko Vujovic, Safet Susic, Dragan Stojkovic, Robert Prosineki, chutera finalement en quart de finale de la coupe du monde 1990, aux tirs au but, face à l'Argentine de Maradona...

Finale Coupe de France 1987

Parmi les grandes heures de Bordeaux celle du buteur Zlatko Vujovic... Une finale qui réunit les personnalités footbalistiques de l'époque: le moustachu Claude Bez, Aimé Jacquet et l'heureux gagnant de la récente "indemnité nationale", Bernard Tapie... On aperçoit d'autre part, sur le terrain, Alain Roche, José Touré, Jean-Marc Ferreri, Joseph-Antoine Bel, etc.

dimanche 7 septembre 2008

Tom Waits Press Conference

La tournée estivale de Tom Waits aux Etats-Unis suivra les traits d'une constellation dont l'acronyme -"PEHDTSCKJMBA"- permet de situer les villes dans lesquelles le chanteur se produira! Rêve ou Réalité?

The Times !

The Times ouvre ses d'archives, 200 ans d'histoire... De 1785 à 1985!

http://archive.timesonline.co.uk/tol/archive/

Carmensita (Devendra Banhart)

Gare au "contrat d'avenir" !

Pendant des années Béatrice a bossé comme secrétaire à mi-temps: 22 heures par semaines, payées 645 euros par mois. La jeune femme, qui souffre de déficience visuelle, touchait une "allocation adulte handicapé" de 388 euros. A la fin de 2007, Béatrice pense gagner plus de sous en signant un"contrat d'avenir", ces contrats aidés, lancés par Borloo avant l'élection présidentielle pour réduire les chiffres du chômage. Employée dans un établissement scolaire, Béatrice travaille désormais 26 heures par semaine, pour 783 euros. Sauf qu'on lui a, du même coup, sucré la totalité de son allocation! En turbinant quatre heures de plus par semaine, elle croyait gagner 183 euros de plus. Erreur: elle en touche 250 de moins par mois. Bonjour l'arnaque! Personne n'avait averti Béatrice de ce léger "détail", prévu par une loi de mars 2006: un handicapé qui signe un "contrat d'avenir" voit son alloc' réduite du montant de l'aide versée par l'Etat à l'employeur. En clair, les biftons, c'est pour le patron! Dire que Sarkozy a promis le 10 juin dernier, de transformer l'aide aux handicapés en "tremplin vers l'emploi"...
Isabelle Barré, 30 juillet 2008, Le Canard Enchaîné.

samedi 6 septembre 2008

Plaidoirie

Ils sont encore inconnus mais ils écrivent déjà quelque part, sur des bouts de papier, dans un coin de leurs têtes, les plus belles pages qui soient. On les reconnaitra plus tard à travers l'éclat noir de leur plume, témoins de cette misère qui gangraine leur époque. Ils vivent du silence et de la poésie, des vieux os de la littérature, du gargouillement de leur ventre, de leur ombre le soir pendant la promenade. Ils ont fait tous les métiers, courbés l'échine au prix de leur amour-propre. Les yeux noirs de cernes et la bouche pleine de mots nouveaux ils murmurent tout bas. On peut les surprendre à parler seuls comme des cloches. Ne vous y fiez pas car ils incarnent la haine d'aujourd'hui et l'invention de demain. Ils portent sur ce monde qui les entoure le regard lucide de l'être-jeté dans la boue. Ils habitent sous les toits, comme en 1888. Balzac ou Zola, Rimbaud, Verlaine, ils connaissent ceux-là. (Les Tenardier sont leurs voisins. Ils ont aujourd'hui un 4x4 à crédit, ils roulent à fond pour le plaisir, leur maison elle aussi est à crédit, la fille de 16 ans se prostitue depuis l'âge de 10 ans en rêvant de faire de la télé!) A côté sur les trottoirs désertés marchent des Hommes de nulle part et de toutes les époques. Ils comparent l'histoire, racontent tout bas ce que taisent les journaux. Ces hommes dont je parle, forment un peuple, pas une tribu. Un peuple qui n'a pas de nom, qui s'ignore. Un peuple qui n'a pas pris la parole en ce nom. Ils ne font pas de la littérature, du théâtre lyophilisé. Ils savent l'éphémère qu'ils conjuguent à tous les temps. Ils traînent devant les cafés, jadis sordides, ceux qui sentent aujourd'hui la javel. Ils n'ont de toute façon plus de fric pour entrer. Leur royaume est dehors, leurs chroniques sont les saisons. Pas dans le ciel et la rêverie mais le bitume et le sol. Devant cette morale pudibonde, qui sent si bon la rosette et le sermon. Loin des églises, des lieux de prières quel qu'ils soient. Ils sont autonomes. Ils s'opposent à la croyance. Car ces moins-que-rien, contrairement à l'opinion, ces étrangers, sont les garants de la raison.

vendredi 5 septembre 2008

En passant près de l'école

A mon grand ami D. qui évolua lui aussi dans l'une de ces cours d'école...
J’avais sans doute alors dix ans, j’étais élève à l’école primaire du quartier. A quoi tenait le dessein de mon existence ? Je rêvais indéniablement comme un enfant triomphant des succès remportés au football dans la cour de son école. Je me souviens du soleil qui frappait à midi, à partir du printemps, du bonheur et de la chaleur qui m’envahissaient communément lorsque j’entrai dans ce théâtre quotidien. La lumière se manifestait également par la bonté des copains qui saluaient l’entrée d’un des leurs sur le terrain. En ce temps-là nous jouions contre les grands sous l’égide de la Sainte-Marie qui servait occasionnellement de poteau à l’un des buts que nous établissions. Mon grand-père nous déposait, mon frère et moi, une demie-heure avant la reprise de 13h30. C’était notre plaisir d’être là en avance car nous voulions profiter au maximum de ce temps de jeu. Comme chacun, j’avais hérité du nom d’un joueur qui évoluait dans le championnat national. On me prêta ainsi le nom de « Safet Susic » qui jouait alors dans l’un des clubs de la capitale. Je fus baptisé plus tard - à mon grand regret, « Yougo », en référence à la nationalité de ce dernier. Nous étions alors ostensiblement les meilleurs, les maîtres incontestés de la terre devant l’enfantement du ballon et le regard bienveillant de la Vierge. Tout se jouait là, car nous mimions avec tant de démesure, d’application, de légèreté et de gravité, notre perspective sur l’entrebâillement grotesque du monde adulte. C’est à travers l’exercice du football que nous devenions des "Hommes", des "Mench", que nous étions amenés à le devenir, dans un rapport exclusif « entre-soi », puisque cette cour de bitume fut de tout temps réservée aux garçons, même en cette fin des années 80. Mais parallèlement à tout cela, je garde l’image d’une expérience malheureuse éprouvée à cette époque. Je me souviens avoir pensé ces instants, qui suivaient l’appel retentissant de la cloche, observé la froideur jetée par ces secousses métalliques. Cette cour n’était que le théâtre d’un exutoire derrière lequel nous chutions et redevenions des enfants, soumis aux règles d’un autre ordre, d’un autre temps. Je me souviens avoir ressenti, au fond de moi, cette violente tristesse, ce sentiment d’injustice, comme enlevé ou arraché à la promesse de vivre pour le bonheur. J’éprouvais physiquement cet abandon au moment où l’ombre du bâtiment, tel un couperet, venait froidement s’abattre sur ma nuque et lorsque nous étions inviter à rentrer dans les rangs avant de monter vers la classe. J’associais l’école à cette froideur, à ces instants passés dans l’ombre d’un établissement austère. Cette impression brève est restée pour moi représentative et à jamais constitutive d’une ancre référentielle, d’un langage inoubliable et fondamental.
Y.

Astrakan Café (Anouar Brahem)

Pour Younes, Dominique et Olivier...

Ronaldo - Figure paroxystique de l'éclopé

Ronaldo est connu et reconnu pour ses dribles et sa vitesse, son poids, ses amours avec le public madrilènes mais aussi pour ses nombreuses blessures. Il représente aussi et de manière évidente la figure de l'Eclopé par excellence. Un prix devrait à ce titre lui être décerné pour cette blessure survenue avant un match, en 2007, alors que l'équipe milanaise s'entraînait. Le joueur semble avoir répondu à une provocation ou à un jeu de séduction entamé par des supporters émoustillés par quelques jonglages réalisés auprès des autres techniciens de l'AC Milan. A quoi le brésilien répondit d'un gros shoot puissant vers les tribunes... Ce boulet de canon eut pour seul effet de clouer au sol son abruti d'auteur, se tenant la jambe de douleur, sous les huées de la foule écoeurée par ce coup de théâtre.

La Force de l'Habitude (Thomas Bernhard)

jeudi 4 septembre 2008

Catharsis Internetis

J'ai découvert aujourd'hui l'existence d'un blog qui invite les internautes à faire partager leur "Vie de Merde!" Le principe se décline ensuite en différentes rubriques qui varient en fonction des expériences vécues pourvu qu'elles soient en bronze... Grands vents, solitudes, bides, silences désormais partagés... http://www.viedemerde.fr/

Voici un exemple, correspondant à l'actualité scolaire, rédigé ce 4 septembre par un enseignant:

"Aujourd'hui, au lycée, j'ai voulu entrer dans la salle des profs. "Désolé, cette salle est interdite aux élèves. Sortez", m'a dit un des professeurs. Je suis enseignante et c'est ma première rentrée. Cet homme était mon tuteur. VDM "

Notons que chaque message commence généralement par "aujourd'hui", c'est dire l'engouement avec lequel certains appréhendent leur existance de Merde en se précipitant sur le net pour raconter leurs exploits. On observe également que ce rituel se clot enfin par trois lettres fatalistes, qui scellent un accord passé avec les autres, l'entrée dans le club des solitaires d'un instant, et un destin presque enviable: VDM! Mais que penser de ceux qui n'ont pas cette chance et dont l'existence est si plate et terne que rien ne leur permet de sortir du lot et pis: de participer à cette grande communion cathartique. Même Pas Vie De Merde ? Vie de Con!

Le monde du Meshugah




Une journée proprement estival, unique éclat de ce mois d'août de l'an 2008 après J.-C.

Le départ d'un ferry ou d'un bateau de croisière du port de commerce de Brest comme charrié par la corne de brume.

Le cadavre d'un hérisson sur la chaussée de la route menant aux plages.

Les plates-formes des tracteurs pleines de bottes de foin.

Un orage épique scandé d'éclairs à foison accompagné d'une pluie diluvienne. Il se déplaçait lentement.

Cette même pluie qui noya le quartier de Kérinou.

Un appel du PEB, dans la journée.

Le sable de la plage de Portez s'en va déjà : une forme de migration vers les eaux chaudes?

Le vent et la pluie et un cerf-volant qui vrombissait.