mardi 14 août 2012

Huit Français sur dix fréquentent les réseaux sociaux

Etude Médiamétrie, 19.07.2012.

C’est un plébiscite : 99% des internautes connaissent au moins un réseau social, 77% y sont inscrits et l’on compte 1,6 millions d’inscrits supplémentaires en un an. Un phénomène qui concerne désormais presque toutes les tranches d’âge. La deuxième édition du baromètre annuel des Réseaux Sociaux décortique les facteurs de cet engouement. Avec la complémentarité des réseaux, les internautes ne s’inscrivent plus sur un mais sur plusieurs réseaux sociaux, selon ce qu’ils souhaitent y faire. Et ils y sont connectés à tout instant, en mobilité et même sur leur lieu de travail.
Plus de 3 internautes sur 4 sont inscrits sur un réseau social

Twitter, Google + et LinkedIn s’imposent !

Sur l’année écoulée, c’est Twitter qui signe la progression la plus nette : plus de 2 internautes sur 3 connaissent ce réseau et 15% y sont inscrits. A l’origine, fréquenté par un cercle d’initiés, il a bénéficié de la riche actualité. Le dernier né, Google +, est connu spontanément par 7% des internautes ; toutefois il compte presque autant d’inscrits que Twitter.
Cette année, les réseaux sociaux professionnels deviennent incontournables pour se constituer ou entretenir ses contacts. Dans ce domaine, c’est LinkedIn qui s’est installé dans les habitudes : 40% des inscrits ont consulté LinkedIn au moins une fois par semaine en 2012.
De manière plus générale, les internautes sont de plus en plus « accros » aux réseaux sociaux, qui font désormais partie des pratiques quotidiennes : près de 2 inscrits sur 3 les fréquentent tous les jours ou presque.


A chaque réseau sa vocation

En s’inscrivant sur plusieurs réseaux sociaux, les internautes ont des attentes différentes. Facebook est privilégié pour partager des expériences avec ses proches - regarder des photos, visiter des profils, poster des commentaires… Viadeo est consacré à la vie professionnelle ouvrant notamment à de nouvelles opportunités et Twitter est avant tout utilisé pour partager des informations - de plus en plus exclusives - ou consulter des articles. Google + ne se distingue pas par une activité dominante mais rassemble autour de pratiques à la croisée de celles des autres réseaux.
Toutes les tranches d’âge sont concernées par les réseaux sociaux et les CSP+ sont ceux qui cumulent le plus les inscriptions à au moins 4 réseaux.


Les réseaux sociaux ne nous quittent plus

Les moments de consultation se diversifient, favorisés par la croissance des nouveaux équipements, en tête, smartphones et tablettes. Ainsi, près de 3 inscrits sur 10 consultent tous les jours ou presque les réseaux sociaux en dehors de leur domicile. Une pratique désormais répandue sur le lieu de travail où 27% des inscrits aux réseaux sociaux les visitent au moins une fois par semaine. En déplacement, là aussi ces usages progressent par rapport à l’année dernière. Ces autres instants de consultation s’inscrivent en complémentarité du domicile qui reste le lieu le plus prisé.


“Secret story” : la télé-réalité au service du progrès de l’humanité





Télérama, Ma vie au poste, le 22/06/2009 par Samuel Gontier 

C’est Benjami Castaldi qui l’a dit : « On va passer tout l’été ensemble. » Quel bonheur ! Je me réjouis de retrouver Secret story. « Quatorze semaines » avec « encore plus de secrets, plus de trahisons, plus de suspense ». Comme dit Benji, « méfiez-vous des apparences ». Sous ses dehors trash injustement décriés, Secret story se révèle un monument de tolérance, d’humanisme et de créativité.
 
Le principe de l’émission, c’est qu’il n’y en pas. Voilà déjà la preuve d’une belle ouverture d’esprit. On enferme simplement des gens dans un loft baptisé « maison des secrets » et on les laisse se débrouiller, le seul enjeu consistant à découvrir les secrets des colocataires. Parmi les secrets annoncés par Benjamin Castaldi : « Je suis millionnaire. » Acclamations du public. Puis : « J’ai été SDF. » Acclamations du public. Vous en connaissez beaucoup, vous, des émissions où l’on acclame pareillement des SDF et des millionnaires ? Assurément, Secret story combat les antagonismes de classe, dépasse les clivages sociaux dans un bel esprit républicain.

Résolument démocratique, Secret story ouvre ses portes à tous les citoyens, comme le prouve un autre secret révélé en direct : « J’ai survécu au tsunami. » Mais moi aussi, j’ai survécu au tsunami ! Si j’avais su que ce genre de secret valait, je me serais présenté au casting. Mon secret à moi, ça aurait été : « J’ai survécu à la pire catastrophe de l’histoire d’Air France. »

Iconoclaste, Secret story se distingue aussi par son invention formelle. Benjamin Castaldi en est l’artisan. Il a entrepris de réhabiliter le silence, ce silence devenu si rare dans la frénésie télévisuelle habituelle où le moindre blanc est banni. Benjamin Castaldi, lui, n’hésite pas à user de cette figure réthorique. Extrait : « Heu… (silence). Hum… (silence). Où sont les candidats ? Heu… (silence). Hum… (silence). Est-ce qu’ils m’entendent ? Parce que meubler si on n’entend plus, ça sert pas à grand-chose. » Vous en connaissez beaucoup, vous, des animateurs qui reconnaissent que « meubler si on n’entend plus, ça sert pas à grand-chose » ? Qui savent créer un silence d’une telle profondeur ? Parce qu’un silence de Benjamain Castaldi dans un prime-time de Secret story, c’est un morceau de néant à l’intérieur du néant, un véritable trou noir que les physiciens du Cern devraient prendre la peine d’introduire dans leur accélérateur de particules.

Ecologiquement responsable, Secret story investit aussi dans l’énergie verte. Pris de panique après l’annonce du résultat d’Europe-Ecologie aux élections européennes, Endemol avait d’abord pensé à faire réaliser un Secret story vu du ciel par Yann Arthus Bertrand, mais le producteur a finalement choisi une action concrète en faveur de l’environnement, parfaitement mise en valeur par les commentaires de Benjamain Castaldi : « Les candidats sont en route dans une voiture électrique. » « Ils ont pris place dans une voiture électrique. » « Ils vont arriver en voiture électrique. » « On ouvre la portière de la voiture électrique. » « Ils descendent de la voiture électrique. » La voiture électrique en question devait parcourir environ 30 mètres entre le parking et l’entrée de la maison des secrets, ce qui résolvait le problème d’autonomie qui entrave le développement de cette technologie. Mais si l’on en juge par le nombre de fois où l’expression « voiture électrique » fut employée, Secret story a fait plus en une soirée que Jean-Louis Borloo en deux ans pour la promotion d’EDF, pardon, de la voiture propre.

Même souci de modernité avec les candidats. Puisque les OGM vont résoudre le problème de la faim dans le monde, la production a voulu promouvoir cette technique : « Ce sont des candidats génétiquement modifiés pour la télé-réalité », a précisé Benjamin Castaldi. Attention quand même aux faucheurs volontaires qui pourraient envoyer un commando à La Plaine-Saint-Denis. Par ailleurs, le casting de Secret story présente d’excellents exemples de mobilité géographique et professionnelle, seules capables d’enrayer la montée du chômage. Prenez Romain, qui est parti tenter sa chance à Los Angeles : « Je fais un peu d’acting, un peu de modeling, un peu de clubbing. » Et du camping-caravaning, peut-être ? Ou du foutage de gueuling ?

Mais c’est en faveur de l’égalité des sexes que Secret story accomplit sa plus grande mission civilisatrice. Je suis particulièrement sensible au sujet, car, jeudi dernier, j’assistais à l’inauguration de la Commission sur l’image des femmes dans les médias, une commission qui réalise un travail formidable pour combattre les inégalités et lutter contre les stéréotypes. Secret story, c’est pareil. Non seulement l’émission présente autant de candidates que de candidats, mais cet égalitarisme statistique se double d’une lutte sans merci contre les clichés qui maintiennent les femmes dans un statut d’infériorité.

Voici, d’abord, comment les hommes se décrivent. Romain : « J’aime les blondes à forte poitrine. » Léo : « Je suis une petite ordure. » Kevin : « Je sais que je suis beau. Une fille, pour qu’elle me plaise, faut qu’elle soit blonde comme moi, grande comme moi, sportive comme moi. » Jonathan : « Avec les filles, je suis un goujat. » Belle autocritique ! A l’orée du XXIe sicècle, après des millénaires de société patrilinéaire, de jeunes hommes reconnaissent enfin leurs préjugés machistes et avouent la goujaterie de leur comportement. Voilà bien une attitude féministe.

Féministe, Secret story l’est sans complexe. Les candidates, à l’opposé des millions de femmes revêtues de burqua qui envahissent nos villes et nos villages, assument leur féminité. Résolument modernes, libérées de la tyrannie des clichés, elles revendiquent être toutes des salopes (sauf ma mère et puis ma sœur). Daniela : « Je suis vulgaire. » Cindy : « Je suis prête à tout. » Angie : « Je suis une bimbo qui s’assume. J’adore mes gros seins. Et vous, ils vous plaisent ? » Benjamin Castaldi : « Vous avez déjà une fan qui est parmi nous, c’est votre petite fille, Manon. » Angie : « Oui, Manon, je t’aime très très fort, t’es l’amour de ma vie. »Secret story, c’est aussi un programme familial grâce auquel les petites filles peuvent regarder leurs mamans user de leur « 95 G » en direct à la télé, une émission qui rassemble toutes les générations pour une formidable éducation au civisme mammaire.

Preuve de son féminisme militant,Secret story, c’est aussi la liberté pour les candidates de s’habiller comme elles veulent, de se promener en burqua si ça leur chante. Je l’ai compris en percevant un dialogue à demi audible lors de l’arrivée d’une candidate dans la maison déjà occupée par quelques locataires : « Tiens, c’est la robe que j’ai essayée hier. » « Moi j’ai pris mes vêtements à moi. » Si les candidates portent toutes des jupes ou des robes ras-la-touffe, c’est donc parce que cela correspond à la nature féminine et pas du tout parce que la production les y a encouragées.

Les hommes sont des salauds et les femmes sont des salopes : pour Secret story, l’égalité des sexes n’est même plus un combat, c’est déjà une réalité. De tels efforts devraient être récompensés. La Commission sur l’image des femmes dans les médias, coutumière des sermons, des remontrances, des leçons de morale, devrait aussi saluer les initiatives qui promeuvent l’égalité hommes-femmes. Je l’encourage à adresser une lettre de félicitations à TF1, 1, quai du Point-du-Jour, 92100 Boulogne-Billancourt.

Enthousiasmé, j’ai suivi Secret story tout le week-end. J’ai ainsi assisté dans cette vidéo à la révélation du premier secret découvert par les colocataires. Rosa ne s’appelle pas Rosa mais Rachel et c’est une ancienne Miss France. Démasquée par Léo, Rosa dut admettre la vérité : « Il y a deux ans, il m’est arrivé un truc qui m’a bouleversé ma vie : je suis Rachel, Miss France 2007. » Une candidate : « Ah mais oui, je t’ai vue à Lille dans une dédicace aux Galeries Lafayette ! » Léo : « Là je vais t’embrasser parce que tu m’as fait gagner de l’argent. » Un candidat (hors champ) : « Oh le juif ! Oh le juif ! »

Incroyable ! Sans le vouloir, le candidat hors champ a révélé un des secrets de la « maison des secrets » : Léo est juif. Preuve que Secret story, en plus de ses autres qualités, est une émission farouchement œcuménique. Ça mérite une récompense. J’encourage les associations qui luttent contre l’antisémitisme à adresser leurs lettres de félicitations à TF1, 1, quai Point-du-Jour, 92100 Boulogne-Billancourt.

“Secret story” ou le business de l'intime

Télérama, le 11.08.2012.
 
« Ils ont tous un secret et ils ont tous décidé de le révéler au grand jour. » Sur TF1, le 25 mai 2012, La Voix, grave et mystérieuse, surgit du néant pour aguicher le téléspectateur. Vingt nouveaux candidats vont échanger leur « secret » contre une cagnotte de départ de 10 000 euros, avec l'espoir de décrocher le butin final et de grappiller au passage quelques instants de célébrité.

Visage dans l'ombre, voix maquillée, une silhouette ébauche à demi-mot sa tragique histoire : « Mon secret a bouleversé ma vie. Tout allait bien et, en l'espace de quelques secondes, j'ai cru que c'était la fin. » Avec son lot de vécus insolites ou émouvants, la sixième saison de Secret story peut être lancée.

« J'ai décidé de changer de sexe », « Ado et déjà parent », « Je me suis échappé d'une secte », « Je vis avec les poumons d'un autre »... Depuis 2007, l'émission de TF1 a brassé un nombre incalculable d'histoires intimes, véridiques, retravaillées ou même fabriquées pour les besoins du jeu. Benoît Dubois, gagnant du Secret story 4, a révélé qu'au-delà de son personnage extravagant de commère il « n'avait pas d'histoire à proposer » et que son secret a été « trouvé sur place » (1) .

Dans ces témoignages travestis en secrets, on retrouve ces tranches de vie surexploitées à la télévision depuis les années 1980, des premiers talk-shows inaugurés par Psy-show jusqu'aux docus-réalité qui inondent aujourd'hui les chaînes de la TNT.
« S'il est vendeur, c'est que le secret
a un fort potentiel d'excitation »

Pierre Lévy-Soussan, psychiatre

Sortie des cartons d'Endemol six ans après Loft story pour renouveler le genre de la télé-réalité d'enfermement, Secret story est la seule et dernière émission de ce type à durer, malgré l'essoufflement de ses audiences (2) . La différence avec ses éphémères prédécesseurs ? Un habillage affriolant, cousu d'« énigmes » et de « mystères ». Et, surtout, la promesse décuplée de « rumeurs », de « révélations » et de « trahisons » dont le téléspectateur se trouve être le premier complice.

« S'il est vendeur, c'est que le secret a un fort potentiel d'excitation, souligne le psychiatre Pierre Lévy-Soussan (3) . Non seulement il a quelque chose de l'ordre de la transgression, mais il donne aussi un pouvoir à celui qui le détient. » Le téléspectateur, à qui l'on révèle dès le lancement du jeu une partie des secrets, en sait plus que les candidats qu'il regarde se fourvoyer avec délectation.

Le 6 juillet 2012, après des semaines d'audience en berne, les producteurs ont organisé un prime time spécial, durant lequel « un être tout-puissant a pris possession de la Maison des secrets ». Un personnage mystère qui décide du déroulement de la soirée, pose les questions qui font mal, omniscient et sadique. « Ce soir, on vous offre tous les pouvoirs », sourit le présentateur Benjamin Castaldi. Cet être tout-puissant n'est autre que le public.

Derrière la notion purement marketing, pourtant, nul secret. Certains candidats ont déjà témoigné sur des plateaux télé, dans des blogs ou des livres : c'est d'ailleurs ainsi qu'un grand nombre d'entre eux sont repérés par la production. Pour les internautes, la traque aux secrets débute des semaines avant le lancement du show, et tout est éventé sur la Toile bien avant le premier prime time. Un dévoilement précoce qui fait aussi partie de la stratégie de TF1.

« Le postulat de départ de l'émission fausse la notion même sur laquelle elle s'appuie, car, à partir du moment où l'on sait que chacun des participants a un secret, la notion de secret disparaît. Le spectacle du secret sacrifie forcément le secret », commente René Alladaye (4) , maître de conférence en littérature américaine à l'université de Toulouse-Le Mirail. « Le secret, c'est ce à quoi on a soi-même du mal à accéder », appuie Lévy-Soussan.
« Autour de cette notion vendeuse
de secret, on crée une fausse
intimité, entièrement scénarisée
et montée comme un feuilleton. »

René Alladaye, maître de conférence

Dans Secret story, le secret n'est que le nouvel habillage d'un genre qui tend à s'épuiser. « C'est un peu ce qu'Alfred Hitchcock appelait le "MacGuffin", analyse Alladaye. Un prétexte, un ressort pour faire fonctionner une émission. Autour de cette notion vendeuse, on crée une fausse intimité, entièrement scénarisée et montée comme un feuilleton. »

Trios amoureux, double vie, blessures familiales, identité sexuelle... Vues et revues depuis près de trente ans dans le grand déballage télévisé, les histoires sont cette fois déguisées en secrets à traquer. Lévy-Soussan y voit l'évolution inquiétante d'un « business de l'intime », d'une perpétuelle « ode à la transparence ». Le concept tapageur de Secret story incarne cette idée que le secret doit aujourd'hui « être révélé, divulgué ou déterré pour satisfaire la société ».

Loin des C'est mon choix ou Ça se ­discute, émissions prétendument thérapeutiques installées par Jean-Luc ­Delarue dans le PAF, Secret story « met en dramatisation le secret à des fins de pur divertissement », souligne Lévy-Soussan. Après avoir fait de la figuration lors du prime inaugural de Secret story 1, la psychanalyste Yvonne Poncet-Bonissol a déserté le plateau où elle se limitait à vanter, l'air béat, « une merveilleuse palette d'émotions » à venir.

« Merveil­leuse », vraiment ? Pour reconquérir l'Audimat, l'émission est, de semaine en semaine, plus cruelle avec ses candidats. Une fois évacuée l'imposture des secrets, ils sont à la merci des désirs de la prod, vrais cobayes dont on triture toujours un peu plus les sentiments en créant tensions et malaises. « Arriverez-vous à vous mettre d'accord ? Quelles terribles décisions devrez-vous prendre ? », exulte La Voix. Au confessionnal, une candidate fait mine d'hésiter à critiquer les autres candidats. « Je vous en prie, on adore ça ! », l'exhorte Benjamin Castaldi.

Dans cette télé-réalité, plus aucune prétention à l'empathie et aux solutions. Les secrets sont pure chair à audience, tandis que les candidats sont réduits à des problèmes qu'ils « assument » et « revendiquent », sans aucune protection par rapport à leur éventuelle souffrance. Pour Lévy-Soussan cette exploitation de blessures intimes « maltraite la parole et l'échange ». « Secret story se place un cran au-dessus des autres programmes en ce qui concerne la réduction des personnes : elles ne sont plus qu'une fonction, une phrase, une définition », commente le psychiatre. Et cette instrumentalisation « terriblement avilissante pour l'individu, se désole Lévy-Soussan, c'est la définition même de la perversité ».

Trois dates clés
1983
Un couple de pompistes parle de ses problèmes sexuels sur Antenne 2 dans Psy-show, lancé par la réalisatrice Pascale Breugnot et le psychanalyste Serge Leclaire. Le début du dévoilement intime du citoyen ordinaire à la télé.
1994
Jean-Luc Delarue crée Ça se discute, talk-show diffusé sur France 2, point de départ d'une longue série d'émissions à prétention thérapeutique.
2001
Les micro-reportages de Confessions intimes débarquent sur TF1. En parallèle, Loft Story, la toute première télé-réalité d'enfermement, directement inspirée du Big Brother néerlandais arrive sur M6 et plonge le téléspectateur en direct, 24h/24, dans l'intimité de douze célibataires coupés du monde.

(1) Le Parisien, 25 mai 2012.
(2) Cinq millions de téléspectateurs en moyenne pour les prime times en 2007, et seulement 1,8 million le 22 juin 2012.
(3) Eloge du secret, Fayard, 2010.
(4) Petite philosophie du secret, Milan, 2006.
 

Les deux années folles de Léa pour intégrer médecine

Elle ne voulait pas voir, mais ne voulait pas non plus que quelqu'un voie à sa place. Jeudi 21 juin, une page s'est tournée dans la vie de Léa Fitoussi quand son nom est apparu dans la liste des reçus en deuxième année de médecine. Elle était bien là, quelque part dans la zone des 160. Peu importe où d'ailleurs, l'information c'est qu'elle y était.

Le numerus clausus de Paris 6 s'arrêtait cette année aux alentours de 300 et quelques reçus. Elle allait enfin pouvoir "faire sa médecine". "Evidemment je n'y ai pas cru tout de suite. Il a fallu que je rafraîchisse la page avant d'être sûre que ce n'était pas un bug", raconte la jeune fille qui confie volontiers que le premier coup de fil a été pour sa mère.
Une parenthèse de deux années s'est refermée dans sa vie. Ses copines disent que c'est comme si elle était partie à l'étranger et que tout à coup elle revenait. "Pendant deux ans j'ai travaillé sans me poser de questions. Avec un seul objectif: être classée. L'objectif n'était pas d'avoir de bonnes notes, mais bien d'être classée", rappelle la jeune fille qui fête ses 20 ans ce mois-ci.

DEUX ANS DANS SA CHAMBRE
Dans sa tête tout commence il y a bien longtemps. Quand elle est petite fille. Elle, elle ne rêve pas de devenir maîtresse mais docteur. Mais tout cela reste virtuel. Juste à horizon, avant son premier jour de "prépa de pré-rentree". "La j'ai tout pris dans le visage en quelques dizaines de minutes. J'avoue que j'ai craqué quand j'ai vu autour de moi des gens qui avaient l'air aussi motivés que moi et entendu les enseignants nous mettre en condition, disant qu'on ne se rendait même pas compte de ce qu'on allait devoir apprendre.... Ca a été un choc, le moment le plus difficile de mes deux années. Mais je me connais et ce qui est difficile pour moi c'est de m'y mettre. Alors j'ai foncé, sans me poser de question. Au début je me suis dit que je partais pour huit mois. Je croyais vraiment que j'intégrerais à l'issue de la première tentative. Et je ne sais pas comment j'aurais réagi si j'avais d'emblée su que j'en prenais pour deux ans", ajoute la jeune fille.
Léa a vraiment passé deux ans dans sa chambre avec trois principes: optimiser son temps, préserver son sommeil, être assez méthodique pour ne rien laisser filer. "Quand je regarde mes deux années, je comprends que ma réussite tient à plusieurs choses. D'abord, il faut se connaître et avoir une vie très réglée. Pendant deux ans j'ai diné, me suis couchée et levée à la même heure en préservant toujours mes 8 heures de sommeil. Une demi-heure après mon lever j'étais déjà au travail", rapporte-t-elle. Pour préparer médecine, on reste chez soi et on visionne les cours ! Une grande surprise pour sa mère et un peu pour Léa aussi. "La première année j'ai visionné tous les cours en n'allant à l'université que pour 4 heures de TD hebdomadaires. Heureusement que j'avais ma prépa. Sans cela, je sais que je n'aurais pas réussi. Je m'y faisais expliquer tout ce que je n'avais pas compris dans les cours filmés. Ca c'était en première année. Cette année, comme doublante, j'ai conservé ma prépa, mais j'étais dans un groupe qui s'entrainait intensément aux QCM. Une expérience différente mais là encore essentielle."
Léa était dans une des deux prépas qu'on dit les meilleures. Son choix ? "Nous l'avons fait en fonction du contenu des enseignements dans l'université de Léa. Je pense que les deux grandes prépas du marché se valent, mais que celle-ci était peut-être plus adaptée à l'enseignement dispensé à Paris 6", explique sa mère. Car dans une expérience comme celle-ci, toute la famille s'engage. Tout le monde simplifie la vie de la candidate. "On m'avait expliqué une chose essentielle avant que je n'entre en première année, que je voudrais dire aux futurs étudiants : ce sont nos profs qui nous évaluent. Il ne faut se référer qu'à ce qu'ils disent, eux. Si d'autres disent autre choses, il ne faut pas s'y arrêter." Léa s'en est tenue à ce précepte et n'a jamais dévié de sa route.

"PAS PLUS DE PRÉDISPOSITIONS QUE CERTAINS QUI ONT ABANDONNÉ AUTOUR DE MOI"
Une route où la vitesse n'est pas limitée ! " L'année de primant va super vite. Quatre mois de travail et on est déjà aux partiels. Et si on n'est pas classé là, on sait que c'est fichu. C'est ce qui m'est arrivé. J'étais dans le groupe des 600 pour 300 places. 600 sur 2000 ca voulait dire que j'avais une bonne méthode de travail mais que je n'absorbais pas assez vite ", analyse-t-elle alors.
Léa est travailleuse. Elle a fait un bon lycée parisien et terminé avec une mention au bac. Mais ça ne suffit pas. "Il n'y a pas de mystère. Les 'primants' qui sont classés ont eu des mentions très bien au bacs. Ce sont des étudiants qui absorbent les connaissances comme une éponge absorbe l'eau. Ce n'est pas mon cas. Il y a beaucoup de sujets sur lesquels j'ai eu une révélation en doublant. Ca a d'ailleurs été des moments fabuleux. Tout à coup, tout s'éclaire tout a coup, devient limpide, prend du sens", se rejouit rétrospectivement la jeune fille, ressentant une nouvelle fois en en parlant, le bonheur d'une leçon comprise.
"Je n'ai donc pas plus de facilité que les autres étudiants. Pas plus de prédispositions que certains qui ont abandonné autour de moi. Simplement je veux être médecin depuis toujours et me suis programmée pour réussir. C'est pour cela que je me suis conditionnée pour quelques mois de mise entre parenthèses de ma vie. Pas de sortie - hors les vacances de Nöel - et utilisation de chaque demi-heure libre pour réciter, répéter, rabacher."
Même quand elle sait qu'elle ne sera pas classée, Léa ne lâche rien. Elle gagne même 100 places entre les partiels et la fin de sa première année. Preuve qu'elle est sur la bonne voie. "Mais il me fallait ces deux années pour réussir. Cette année a été moins terrible ; je n'ai pas revisé tous les cours. J'avais mes notes de l'an dernier. Mais j'ai gardé le même rythme en privilégiant un peu plus mon sommeil. Je me connais et je sais que c'est essentiel pour moi."
En septembre Léa va commencer par un stage en hôpital. Déjà elle savoure cette expérience. "Moi qui veut tellement et depuis si longtemps travailler à l'hôpital. J'ai hâte..." Pourtant, ses deux mois de vacances sont aussi les bienvenus. "Du temps à perdre", savoure-telle avant de commencer un loisir dont elle avait totalement oublié l'existence : la journée shopping avec des copines.

L'esprit olympique, un concept à géopolitique variable ?

Dix mille cinq cents athlètes, 26 disciplines, 205 délégations. Des chiffres révélateurs de l'ampleur internationale des Jeux olympiques. Un événement suivi par 2 milliards de personnes à travers la planète. La fameuse "société du spectacle", théorisée par Guy Debord, en ce que "le spectacle n'est pas un ensemble d'images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images". Un rapport qui transcende l'espace et lie téléspectateurs, adeptes des réseaux sociaux et athlètes olympiques. La moindre performance, le moindre saut, la plus petite faille sont observés, analysés, disséqués et commentés. Au sein d'une société que l'on aime à décrire comme consommatrice de "sport spectacle", profanes et spécialistes y vont tour à tour de leur contribution à ces Jeux olympiques.

RESPECTER LA LETTRE ET L'ESPRIT
C'est dans cet incroyable tourbillon médiatique du "tout tout de suite" que les JO de Londres 2012 ont commencé. Et c'est dans ce même élan que l'on voit depuis plusieurs jours l'idéal olympique mis à l'épreuve du grand public et de son exigence de transparence. Parce que, pour vibrer, les amateurs de sport ont besoin du package total : don de soi, performance, mais surtout sincérité et honnêteté de l'athlète. L'appétit sportif n'est comblé que lorsque la victoire est méritée, sans détour. Autant d'exigences mises à mal ces derniers jours après plusieurs incidents.

DES RÈGLES FRIABLES TROP FACILEMENT ACCOMMODABLES ?
Sans crier cocorico, on peut légitimement déplorer le rejet de la réclamation déposée par la France après les combats de boxe perdus par Alexis Vastine et Nordine Oubaali, à la suite de décisions arbitrales contestables et contestées. L'impartialité de certains juges ou arbitres remise en cause dans ce cas s'ajoute à des comportements d'athlètes qui manquent cruellement d'éthique et de respect de la compétition. L'équipe espagnole masculine de basket-ball semble avoir délibérément perdu son dernier match de poule, afin d'obtenir un quart de finale davantage à sa portée. Une étrange impression de déjà-vu. Il y a quelques jours, quatre paires de double féminin en badminton étaient disqualifiées pour avoir délibérément perdu leurs rencontres respectives afin de se ménager des quarts de finale plus favorables. Existerait-il ainsi une hiérarchisation de l'importance des sports olympiques de la part du CIO ? En clair, la règle sportive s'accommoderait-elle de traitements de faveur et des sirènes de la médiatisation, en fonction de la notoriété du sport concerné ?

A cela s'ajoutent la parodie médicale du coureur algérien Taoufik Makhloufi (qui a présenté un simple certificat médical justifiant son abandon au 800 m lui permettant d'être requalifié par l'IAAF pour le 1 500 m du lendemain) et une absence de réaction arbitrale pour le moins étrange en cyclisme sur piste à la suite d'une chute délibérée d'un coureur britannique pour rattraper un mauvais départ en qualifications et recommencer sa course.

Que penser également de l'arrêt inédit de la finale du deux poids léger en aviron pour permettre au bateau britannique de réparer la casse d'une roue de coulisse en dépit des règlements applicables à cette épreuve lorsque, quelques jours plus tard, on n'interrompt pas le parcours du cavalier français, Simon Delestre, au concours de saut d'obstacles alors que sa rêne s'est brisée et que cette situation est particulièrement dangereuse pour le cavalier, voire pour sa monture ? Quelle conclusion tirer de l'absence de réaction du CIO après les déclarations d'un nageur affirmant qu'il a triché durant la compétition de brasse qu'il a remportée ? Ces décisions arbitrales ou fédérales, voire ces silences, ne nous semblent pas concourir à la promotion de l'esprit olympique tel que défini par la Charte olympique. 

INCITER LES FÉDÉRATIONS AU "PENSER ET AGIR OLYMPIQUES"
Si la Charte olympique énonce que les athlètes concourent sous la direction technique des fédérations internationales concernées (article 6.1) et que la mission de celles-ci est de veiller, conformément à l'esprit olympique, à l'application des règles relatives à leurs sports respectifs (article 26.1), c'est le Comité international olympique qui est le véritable garant de l'esprit olympique. Sans aller jusqu'à prendre des sanctions telles que celles prévues à l'article 59 de la Charte olympique, le CIO, s'il souhaite conserver l'intérêt du grand public pour les JO, devrait rappeler aux fédérations internationales que chacune de leurs décisions doit être inspirée par la transparence et l'équité qui sont les valeurs intrinsèques et intangibles de l'esprit olympique.

lundi 13 août 2012

Le nouvel esprit du capitalisme Luc Boltanski et Eve Chiapello

Eric Barbo, Alternatives Economiques. Novembre 2005.

Résumé

Ou comment le capitalisme est en train de tourner la page du fordisme au profit d'une organisation en réseau, génératrice pour certains d'une plus grande liberté au travail, pour d'autres d'une plus grande précarité, et pour tous d'un asservissement accru à l'entreprise. Un livre épais, mais important.
 
Commentaire critique
 
Depuis une dizaine d'années, Luc Boltanski élabore une "sociologie morale" de l'action, qui étudie les valeurs et la construction des arguments mobilisés par les acteurs au cours d'épreuves ou de conflits, qu'ils soient professionnels ou politiques. Dans Le nouvel esprit du capitalisme, et à la suite de Max Weber, Luc Boltanski, avec Eve Chiapello, chercheuse à HEC, montre que ce sont les valeurs dominantes du capitalisme, des années 60 à aujourd'hui, et leur influence sur les décideurs qui ont permis à ce dernier d'assurer constamment sa légitimité auprès de la société, de désarmer les critiques de ses adversaires et de renouveler la nécessaire motivation des cadres.

Les auteurs rappellent les deux formes de critique du capitalisme, depuis ses origines: la critique "sociale" lutte contre la misère et les inégalités dues à l'égoïsme des intérêts particuliers; la critique "artiste" dénonce, quant à elle, l'inauthenticité de la société marchande et l'étouffement des capacités créatives de l'individu. Afin de dépasser les oppositions qui s'étaient développées après mai 68 face au capitalisme monopolistique et bureaucratique, les consultants en management et les dirigeants d'entreprise ont habilement récupéré les thèmes de la critique artiste, et imposé le réseau comme modèle emblématique d'un capitalisme… libertaire.
Le cadre devient de préférence un manager, ou mieux un coach, mobilisant chacun des salariés à tous les niveaux, dans des structures légères et innovantes. L'intuition créatrice est réhabilitée. La carrière devient une succession continue de projets, qui augmentent à chaque fois l'employabilité du salarié. Celui-ci se doit d'être mobile, enthousiaste, flexible, disponible, convivial, charismatique. Les auteurs voient même dans ce modèle de quoi constituer un véritable univers idéologique, un registre d'action en plus des "cités" déjà établies dans La justification: les économies de la grandeur (1991): il s'agit ici de la "cité par projets".

Celle-ci a pour objectif la création continue de réseaux informels et de profits qui peuvent en être tirés, en s'appuyant sur des investissements essentiellement immatériels (temps, capital social, capital humain personnel). L'externalisation des contrats de travail et des coûts (y compris sociaux), l'intensification des contraintes par la flexibilité et la précarisation généralisée sont les piliers de l'exploitation des "immobiles" (ouvriers, bassins d'emploi, nations) par les "mobiles" (marchés financiers, multinationales, voire consommateurs).

La sociologie de Boltanski et de Chiapello s'inspire à la fois de la tradition compréhensive germano-américaine (Max Weber, Georg Simmel, interactionnisme symbolique…) et de la nouvelle socioéconomie de l'innovation (Michel Callon, Bruno Latour, Laurent Thévenot, etc.). Le nouvel esprit du capitalisme appartient au genre de la "grande théorie" et peut dérouter par l'abstraction et la complexité de ses concepts et de ses analyses. Mais, à trop vouloir se démarquer à la fois de la "sociologie du soupçon" de son ancien compagnon, Pierre Bourdieu, et d'un relativisme dans l'air du temps, Boltanski a tendance à négliger des phénomènes importants tels que la domination ou la violence, symbolique ou non. A ces réserves près, Le nouvel esprit du capitalisme représente une somme particulièrement riche et cohérente.

Dette Publique en pourcentage du PIB



Crise de la dette ou dette due à la crise ?

Le Monde Diplomatique, par Philippe Rekacewicz, 29 février 2012.
 
 
 
 
La crise des subprime, qui a commencé en 2007 aux Etats-Unis, a fait rapidement boule de neige. Alors que les Etats ont arraché les banques à la faillite, les financiers continuent d’essorer des pays européens fragilisés. Il est à la mode de vanter le taux de chômage allemand, en baisse depuis 2007… En fait, ce « miracle » s’explique par la radiation de millions de demandeurs d’emploi, en vertu des lois Hartz qui instaurent les « minijobs » payés 400 euros par mois ou moins. Plusieurs millions de chômeurs allemands, devenus travailleurs pauvres, ont disparu des listes…

Alep : l’ASL confirme son retrait de Salaheddine

L'Humanité, 09.08.2012.

Les rebelles reconnaissent ce jeudi avoir du se retirer du quartier contesté de Salaheddine à Alep, où se concentrent le gros des combats en Syrie, après avoir subit un « bombardement d’une violence inouïe ».  

"Nous avons effectué un retrait tactique de Salaheddine. Il n'y a plus de combattants rebelles en raison d'un bombardement inouï et les forces du régime avancent dans le quartier", a assuré un  commandant de l'Armée syrienne libre combattant dans ce secteur. L’armée d’Assad n’a toutefois pas fait tomber Alep, les rebelles tiennent toujours les quartiers à l’Est de la ville. Selon l’Etat Major rebelle, les quartiers de Seif al-Dawla et Machhad constitueront « un nouveau front ».

Selon l’OSDH, organisation militante basée à Londres, les quartiers de Hanano, Al Sakhour, Chaar (est), et Seif Dawla seraient  intensément bombardés depuis le milieu de la nuit dernière. L'armée syrienne et l'ASL sont engagées dans une bataille farouche pour le contrôle de la métropole du nord depuis le 20 juillet. Ce mercredi, l'armée d’Assad a lancé une vaste offensive terrestre avec des chars et des véhicules blindés à Salaheddine (voir Syrie : l’armée d’Assad à l’assaut d'Alep). Le dictateur aurait engagé jusqu’à 20 000 hommes dans cette bataille, pour "purger" la ville des "terroristes", selon ses propres dires.

Vue Satellitaire d'Alep indiquant la localisation des tirs d'obus:
 

Tunisie, les islamistes tombent le masque

 L'Humanité, 10.08.2012.

Libertés menacées, projet de Constitution bridant les droits des femmes, promesses sociales bafouées... le parti Ennahdha au pouvoir suscite crainte et colère. L'éditorial de Dany Stive, Entre jasmin  et lacrymo.

À l’entêtant parfum de jasmin, symbole du soulèvement 
du peuple tunisien, se mêlent aujourd’hui dans ce pays des effluves autrement nauséabonds : les gaz lacrymogènes de la police, et autres balles en 
caoutchouc, ont encore été employés hier à Sidi Bouzid, 
berceau de la révolution de 2011, pour disperser une manifestation d’opposants au gouvernement. Les relents fétides qui ont pour but d’asphyxier la révolution ne sont pas l’apanage de la rue. Dans l’enceinte de l’Assemblée nationale constituante (ANC), où s’écrit le futur texte fondateur de la nouvelle Tunisie, les représentants 
du parti islamiste Ennahdha n’ont de cesse d’étouffer 
le débat sous des considérations religieuses et leur volonté de restreindre les libertés fondamentales.

Les démocrates tunisiens sont sur leur garde. L’indépendance de la justice, dans l’état actuel de la Constitution voulue par Ennahdha, ne serait guère plus assurée que sous le règne de Ben Ali, qui disposait des juges comme bon lui semblait. Le projet de l’ANC donnerait « au premier ministre le pouvoir discrétionnaire 
d’accepter ou de rejeter 
les décisions (…) concernant les nominations, les promotions et les mutations de juges », dénonce l’ONG Human Rights Watch. Sur le terrain, hier, devant le bâtiment abritant l’ANC, un ensemble de partis invitait la population à exprimer 
« leur condamnation, protestation et refus que la révolution ne se transforme en un butin de guerre, consacrant 
le principe de spoliation et d’hégémonie ».

Malgré la répression, les manifestations ne cessent dans le pays. Sidi Bouzid et Tunis hier, Sfax avant-hier. Le peuple tunisien, un an et demi après son soulèvement, ne voit toujours pas sa situation s’améliorer. Le gouvernement ignore l’expression « dialogue social ». Entre la politique économique de Ben Ali et celle d’Ennahdha, aucune différence. L’ultralibéralisme 
reste la règle. Le ramadan a vu les prix des denrées alimentaires s’envoler. La spéculation bat son plein. 
Le taux de chômage frise les 20 %. Et, une fois encore, les femmes en sont les premières victimes, les islamistes encourageant l’embauche des hommes.

D’autres dangers guettent les Tunisiennes. 
La commission des droits et libertés de l’ANC, grâce aux voix du parti islamiste, a adopté un article stipulant que « l’État assure la protection des droits de 
la femme, de ses acquis, sous le principe de complémentarité avec l’homme au sein de la famille et en tant qu’associée de l’homme dans le développement de la patrie ». Enterrée l’égalité des sexes, oubliée la citoyenneté des Tunisiennes, étranglée la dignité des femmes. Face aux vives réactions de la société civile, les islamistes avaient dû, il y a quelques mois, faire machine arrière quand ils avaient tenté d’imposer la charia au pays. Ils ne s’avouent pas vaincus. Les associations de femmes n’ont pas l’intention de les laisser faire non plus. Elles ont reçu, depuis Londres, l’appui d’Habiba Ghribi, première athlète tunisienne à monter sur un podium olympique. Auréolée de sa médaille d’argent, la sportive a dédié sa victoire à « tout le peuple tunisien, aux femmes tunisiennes, à la nouvelle Tunisie ». Hölderlin l’a dit : « Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve. »
Le peuple tunisien, un an et demi après son soulèvement, ne voit toujours pas sa situation s’améliorer.

Un "J'aime" sur Facebook relève-t-il de la liberté d'expression ?

Le Monde, 09.08.2012.

L'Union américaine des libertés civiques (ACLU) et Facebook se sont récemment associés à une procédure contestant la décision prise en avril par le tribunal de Newport News, en Virginie, qui avait estimé que cliquer "J'aime" sur une page Facebook ne relevait pas de la liberté d'expression protégée par le premier amendement de la Constitution américaine.

En novembre 2009, alors qu'il faisait campagne pour sa réélection, le shérif de Hampton avait appris que six de ses employés avait posté des commentaires en faveur de son opposant et cliqué "J'aime" sur sa page Facebook, indique la plainte publiée sur le site de l'ACLU. Une fois réélu, le shérif avait renvoyé ces employés, évoquant notamment leur "travail insatisfaisant". Les employés avaient contesté ce renvoi en justice, affirmant que leur droit à la liberté d'expression avait été violé.

"L'ÉQUIVALENT D'UNE PANCARTE PLANTÉE DANS SON JARDIN"

Le tribunal de Newport News avait rejeté leur argument, estimant qu'un "J'aime" était "une prise de position insuffisante", pas assez "étayée", pour être protégée par la Constitution. Au contraire, pour l'ACLU, cliquer "J'aime" est comme "tenir une pancarte électorale" et "annonce aux autres que l'utilisateur soutient, approuve ou apprécie le contenu de ce qui est ainsi marqué" et requiert donc la protection de la Constitution.

Pour Facebook, le signe "J'aime" est "l'équivalent d'une pancarte de candidat plantée dans son jardin" et apparaît sur de nombreuses pages d'hommes politiques ou d'organisations religieuses. Selon Facebook, 3 milliards de "J'aime" et de commentaires sont postés chaque jour.

"C'est une affaire très importante", a estimé l'avocate de l'ACLU, Kate Wood. "Il est extrêmement important que la loi s'adapte aux nouvelles technologies" et le "premier amendement doit protéger quiconque exprime son opinion, quel que soit le format choisi", a-t-elle ajouté. La procédure doit se poursuivre en septembre.