vendredi 12 décembre 2008

Un hêtre

Il se pouvait que rien n'arrivât, ni personne. L'avenue ne conduirait nulle part. L'hiver déploierait sa solitude glaciale et limpide. Plus tard, dans un avenir incertain mais prévisible, la neige commencerait à fondre. Des ruisseaux, de l'eau vive partout dans la forêt. Le bois travaillerait, la terre aussi, les sèves, les germes. Un jour ce serait vert. Viride même, foisonnant. Il y a un mot pour cela: le printemps. Alors, sur sa gauche, dans cette sorte d'éternité neigeuse, il voyait l'arbre. Au-delà du talus, de la rangée de la longue théorie de colonnes hiératiques, il y avait un arbre. Un hêtre, sans doute. Il supposait, tout au moins. ça en avait tout l'air. Détaché de la masse confuse des hêtres, au milieu d'un espace dégagé, somptueusement solitaire. L'arbre qui empêchait de voir la forêt, qui sait? Le hêtre suprême. Il faisait trois pas de côté, il se trouvait très drôle. Il soupçonnait pourtant que ce n'était pas de lui, qu'il ne venait pas d'inventer. Non, sans doute: une réminiscence littéraire. Il souriait, fisait encore quelques pas de côté. Il semblait bien qu'il allait traverser l'avenue, sans préméditation, selon une marche oblique. Il ne se souvenait d'aucun autre arbre. Il n'y avait aucune nostagie d ans sa curiosité. Pas de souvenir enfantin, pour une fois, surgi dans un remous de sang. Il n'essayait pas de retrouver quelque chose d'inaccessible, une impression d'autrefois. Pas de bonheur ancien, nourrissant celui-ci. Juste la beauté d'un arbre, dont le nom même, supposé, vraisemblable, n'avait aucune importance. Un hêtre, sans doute. Tout aussi bien un chêne, un sycomore, un saule pleureur, un bouleau blanc, un frêne, un tremble, un cèdre, un tamaris. La neige et le tamaris pourtant, ça n'avait pas de sens. Il disait n'importe quoi. Emporté par l'alégresse, en somme. Un arbre, c'est tout, dans sa splendeur immédiate, dans l'immobilité transparente du présent. Il avait franchi le talus, il marchait dans la neige molle, immaculée. L'arbre était là, à portée de la main. L'arbre était réel, on pouvait le toucher. Il tendait la main, il touchait l'écorce en touchant la neige glacée que le vent avait plaquée sur le tronc du hêtre. Il s'écartait aussitôt, prenant du champ, du recul, pour mieux voir. L'ensemble du paysage minime sous ses yeux. Il réchauffait ses doigts au souffle de sa bouche, il enfonçait les mains dans les poches du caban bleu. Il se campait sur ses jambes, regardait. Le ciel de décembre était pâle, une vitre à peine teintée. On pouvait rêver au soleil. Le temps passerait. Le hêtre se déprendrait de son manteau neigeux. Avec un frémissement sourd, les branches de l'arbre laisseraient s'écraser sur le sol des touffes poreuses, friables. le temps ferait son travail, le soleil aussi. Il le faisait déjà. Le temps s'enfonçait dans l'hiver, sa splendeur rutilante. Mais au coeur même, glacé, de la saison sereine, un futur bourgeon vert se nourrissait déjà de sèves confuses. Il pensait immobile, toute sa vie devenue regard méticuleux, que le bougeon niait l'hiver niait l'hiver, et la fleur le bourgeon, et le fruit la fleur. Il riait aux anges, presque béat, à l'évocation de cette dialectique élémentaire, car ce bourgeon fragile, encore impalpable, cette verte moiteur végétale dans le ventre enneigé du temps, ne serait pas seulement la négation mais aussi l'accomplissement de l'hiver. Le vieux Hegel avait raison. La neige éclatante s'accomplirait dans le vert éclatant.     

Semprun. J. 2002, Quel beau dimanche

Descartes par Henri Lefebvre

Les premiers chapitres tendent à situer l'émergence de la pensée cartésienne dans un processus historique et philosophique (les conditions historiques du cartésianisme). Lefebvre s'intéresse donc aux idées dominantes du XVIème siècle et des périodes précédentes correspondant au Moyen-Age. L'analyse de Lefebvre s'inscrit dans une conception marxiste qui vise aussi à observer l'organisation sociale du pouvoir en place. C'est sur ce point que l'on perçoit l'écho d'une réflexion menée par Michelet à l'égard du Moyen-Age. Lefebvre revient sur les figures politiques du féodalisme, telles que le serf et le vassal qui marquent l'expression d'une structure politique fortement hiérarchisée. Cette analyse s'établit aussi sur la base d'une réflexion sur le pouvoir religieux (ecclésiastique). Selon Lefebvre et Michelet la religion catholique s'est établie selon un « Ordre » strict qui détermine socialement la place de chacun. On y perçoit les notions caractéristiques de la pensée marxiste. Lefebvre s'interroge aussi sur la place de la personne (de l'individu par extension, terme moderne) au sein de la structure sociale, ce qui le place dans un rapport spécifique au Tout. Michelet évoque en ce sens la rupture des représentants de la religion, des théologiens, avec la « base ». La mortification de la nature constitue pour lui un symbole puissant qui démontre la pauvreté d'une idéologie peu innovatrice et imaginative, contrairement aux mythes grecs, romains ou juifs. Ces éléments situent globalement les conditions historiques du cartésianisme. Selon Henri Lefebvre, la conception philosophique de Descartes marque un changement ontologique du point de vue de la conception chrétienne du monde, dans la mesure où la réflexion du philosophe tend à modifier, voire supprimer la hiérarchie des substances, des intermédiaires dans un rapport personnel ou individuel au divin. Descartes modifie en ce sens une structuration des faits entre la conscience individuelle (le cogito, la res cogitans ou substance pensante) et la Vérité, scientifique et absolue. C'est en lui-même, dans sa conscience, qu'il trouve ou croit trouver l'infini. Descartes situe la découverte de la Vérité au coeur de la conscience et tend à prouver que celle-ci ne vient pas de lui-même. Elle est là, pourrait-on dire, apparaissant à l'examen de la conscience. On note aussi la nécessité de revenir sur la traduction de la fameuse proposition: « Cogito ergo sum ». La philosophie cartésienne rompt aussi avec un processus d'analyse syllogistique, basé sur le modèle de catégorisation aristotélicien. (Tout homme est mortel. Socrate est un homme, donc Socrate est mortel). Descartes s'oppose ainsi à une conception théologique et politique linéaire (observable sur un plan vertical) représentée par l'influence des écrits de Saint-Thomas d'Aquin au cours du moyen-âge. On comprend mieux encore, sous cet éclairage, l'impact de la philosophie cartésienne à l'échelle de l'histoire des idées. Il serait intéressant de s'interroger sur les réactions et les conséquences de cette nouvelle pensée, d'ailleurs similaire en certains points à la réforme protestante (ou janséniste), auprès des contemporains de Descartes et surtout des ecclésiastiques. Parmi les objections formulées à l'encontre des Méditations, on compte les écrits du théologien Catérus, qui déduit malicieusement de l'expression cartésienne la conclusion suivante: « Je pense donc je suis; or cette pensée et cet esprit, ou il est par soi-moi-même ou par autrui; si par autrui, celui-là enfin par qui est-il ? S'il est par soi, donc il est Dieu... » (Premières objections contre III, V et VI Méditations). Monsieur Descartes se prendrait-il pour Dieu ? Il y aurait là en somme une observation tout à fait critiquable et condamnable pour celui qui chercherait à maintenir l'ordre. La méthode de Desartes est en ce sens révolutionnaire et l'on perçoit depuis ce postulat l'apparition de nouveaux positionnements philosophiques: matérialiste d'une part, pour Spinoza et les philosophes du XVIIIè, spiritualiste et conservatrice pour les philosophes comme Malebranche ou Leibniz). Le Cogito pose un nouveau rapport dans la conception de l'individu (pensant) à la Vérité. Descartes y intègre une « donnée immédiate », objet de la conscience. Il en découle un certain nombre de questions qui porteront sur l'ordonnancement de la réalité. Si l'on pose comme un fait le rapport direct de de chaque « individu pensant » avec la vérité, comment établir un ordre de pensée entre les individus et surtout entre les pensées? Si l'ordre ne peut être préexistant à la connaissance, si la pensée qui avance constitue en avançant son ordre, comment fonder en réalité cet ordre? (réflexion posées par Leibniz et Spinoza).

La sorcière de Michelet

Lecture de La sorcière de Michelet, dont l'écriture et le sens critique annoncent d'une certaine manière la naissance d'une réflexion poursuivie par Michel Foucault ou encore aujourd'hui par Michel Onfray. Leur œuvre tient au même souci de compréhension de la société et de la politique, ce à travers un travail de réhabilitation de l'histoire. Les pages consacrées à l'avènement du christianisme, l'instauration de son pouvoir, voire son emprise, en Europe, notamment au cours du Moyen-Age, sont lumineuses. Quelques lignes illustrent ainsi le passage d'une religion et d'une philosophie à l'autre. Michelet constate que ce changement apparaît à travers le statut réservé à la nature, désormais bannie et mortifiée. Il note aussi l'absence d'imagination de la pensée chrétienne, représentée par l'austérité des « moines copistes » du Moyen-Age, qui ont en quelque sorte renoncé à l'approfondissement d'une réflexion ontologique.

Le monde du Meshugah

,pompiers et ambulanciers, nerveux, fuyant les ralentissements et les feux rouges, indisposés par les priorités, attentif à sa seule distraction, un homme, à la barbe grisonnante et drue, fumant un demi sur la table auprès de laquelle il se tient debout dans l'officine bâchée de l'entrée du bar Le Lakatao près des halles saint-Louis, dans le froid, à la nuit tombante, recroquevillé dans sa lutte contre l'engourdissement, un stylo à la main, planche sur les mots fléchés du journal, avec des gestes pesés et lents, bombardaient de leur passage éclair un son et lumière rouge et bleue les rues de la ville, les moineaux fébriles, rapides, une mésange paisible lissait son plumage blanc bleu et jaune, semblent ne s'occuper qu'à folâtrer dans les haies, sautillant de branche en branche, quittant quelque poste de guet pour mieux y revenir l'instant suivant, le temps d'une course et d'une visite dans l'antre d'un sapin, trottoirs et caniveaux se tapissent d'épines, leur odeur sauvage comme une ultime et intense réminiscence, des pins abattus et exposés à la vente, Brest se découvre telle une blanche ville lunaire, au Forum Roull, une tente aux bandes blanches et vertes a été montée, face à Dialogues Musiques, et les étudiants-employés-saisonniers y exercent de leurs doigtés le fastidueux labeur de l'empaquettage des livres ou disques ou DVD, une petite dame vêtue à la brestoise leur demanda mi anxieuse mi comique s'ils n'avaient pas vu un homme chercher sa femme, il s'était remis à pleuvoir, lourde, lente et cependant délicate, elle prenait son temps, les bus déclinent à l'actif des itinéraires bis, les consignent du P.C. affluent, de contournement, d'évitement, la pluie grésille et crépite sur les toits et les vitres, de courts tracts traînaient dans les poubelles et sur les marches métalliques de l'escalier s'adressait à "la jeunesse en crise" et invitaient prestement de commander pour Noël les cadeaux suivants : Les Conseils Ouvriers d'Anton Pannekoek, De la Misère en Milieu Etudiant considérée sous ses aspects économique, politique, psychologique, sexuel et notamment intellectuel et de quelques moyens pour y remédier et La Folle Histoire du Monde de Michel Bounan, les auteurs de ce tract invitaient ensuite à laisser commentaires et critiques sur http://nantes.indymedia.org/article/15565, ce soubresaut final "Contre l'Exploitation du Bétail Humain", et cette dernière formule "communisation vs socialisation",

mercredi 10 décembre 2008

Le monde du Meshugah

une large étendue d'eau stagnante, curieux site naturel dans cette zone, en laquelle les mouettes pataugent, nagent et glissent, se désaltèrent ou se reposent, cette mare s'est formée des milles et une pluies récentes sur une surface vierge, inutilisée par l'industrie, une jachère, au substrat probable de caillasses, de gravillons et de sable tassés, bordée sur trois côtés, contre lesquels elle se forma, se contient et ne se disperse pas, d'un talus de terre aux dimensions égales de hauteur et de largeur fabriqué par une tractopelle, du Port de Commerce, l'un des panneaux de sens interdit de la rue Traverse s'orne d'un malicieux sourire à la peinture blanche sur son fond rouge en plus de nombreux autocollants aux slogans contestataires ou sociaux sur ses joues, plus loin sur la peinture blanche du mur d'un immeuble qui assoit l'escalier marche après marche, sur sa gauche, majestueux, en le descendant, dépliant à travers le Cours d'Ajot quelques scènes maritimes, ce verbe conjugué "SABOTONS" en lettres capitales noires, sous une fenêtre accessible aisément, sans effort d'équilibriste mais peut-être de contortioniste, auprès d'autres inscriptions et dessins assourdis, délavés, éreintés, flétris mais tenaces, mal effacés par le jet granuleux et puissant des services municipaux, futur palimpseste, des fumées se tordaient en s'élevant de quelques cheminées d'entrepôts ou de navires siégeant en rade ou pénétrant à l'abri des digues, une nuée de moucherons sensibles au courant d'air faisait du yo-yo et, en contrebas du mur, sur la route menant à la quatre-voies, une file ininterrompue de voitures s'accordéonaient de concert, se talonaient, se poursuivaient, au-dessus du Château, du Port Militaire et au-delà les nuages tournaient à l'aigre, soudain un bolide blanc gicla ivre conduit par un jeune homme déterminé, son lascar d'acolyte à ses côtés, sous influx nerveux, siffla la rue Duquesne sur la voie de gauche, évitant les molles voitures embouteillées qui, à la queue leu leu, sur la voie requise, filaient doux, s'essuya au premier rond-point sur un quart de sa surface, dans le sens des folles aiguilles d'une montre et tourna à gauche vers la rue de Siam, le long des bâtiments de La Poste, bruyamment, de façon exubérante, le gyrophare bleue sur le toit, sirène hurlante, à la Starsky et Hutch

mardi 9 décembre 2008

Le monde de Meshugah

deux autres boules rouges le long du tronc pour un total de quinze, le parapluie noir acheté lors d'un marché, à Londres, si sensible, pend, inerte, accroché par sa lanière, à la pédale du vélo de course rouge empoussiéré, lui même suspendu en hauteur au plafond du garage, et ressemble ainsi à une araignée qui, sur le dos, ferait la morte, une ruée de feuilles sur la route comme la charge de milliers de sabots, non seulement le mois de décembre mais aussi celui de septembre sont calligraphiés en japonais et les dix autres probablement sur le sapin décoré, des petits paquets cadeaux, une gelée blanche dont les cristaux scintillaient sourdement s'était déposée sur toutes les surfaces, toits des maisons, voitures, haies, pelouses... en ce froid matin, la bouche exhalait des vapeurs blanches, un chat miaulait tendrement à une porte, l'horizon devenait safran, fauve puis rougissait de se coucher, la pluie se remet à tomber, intermittente, un type se soutenant au mur, une jambe raide, à l'une des entrées des Halles saint Louis, éclairée et abritée, soulevait avant de les reposer les quelques cannettes de bière qui traînaient là, dépité,

lundi 8 décembre 2008

La Tzigane


La Tzigane savait d'avance
Nos deux vies barrées par les nuits
Nous lui dîmes adieu et puis
De ce puits sortit l'Esperance
L'amour lourd comme un ours privé
Dansa debout quand nous voulûmes
Et l'oiseau bleu perdit ses plumes
Et les mendiants leurs Avé

On sait très bien que l'on se damne
Mais l'espoir d'aimer en chemin
Nous fait penser main dans la main
À ce qu'a prédit la tzigane

Apollinaire, G. 1913, Alcools

samedi 6 décembre 2008

Jailer (Asa)

Am in chains you’re in chains too I wear uniforms, you wear uniforms too Am a prisoner, you’re a prisoner too Mr Jailer

I have fears you have fear too I will die, you sef go die too Life is beautiful don’t you think so too Mr Jailer

Am talking to you jailer Stop calling me a prisoner Let he who is without sin- Be the first to cast the stone Mr Jailer

You suppress all my strategy You oppress every part of me What you don’t know, you’re a victim too Mr Jailer

You don’t care about my point of view If I die another will work for you So you threat me like a modern slave Mr Jailer

You don’t care about my point of view If I die another will work for you So you threat me like a modern slave Mr Jailer

If you walking in a market place Don’t throw stones Even if you do you just might hit One of your own Life is not about your policies All the time So you better rearrange your Philosophies and be good to your fellow man jailer

I hear my baby say I wan be president I wan chop money From my government What he don’t know Be say Mr Jailer

vendredi 5 décembre 2008

Le monde du Meshugah

destin douloureux que celui de ce parapluie noir londonien, un brin pigeon, si fragile, si frêle, ne supportant pas le vent échevelé et capricieux et roublard du Finistère, moribond tantôt, le voilà devenu hémiplégique à jamais, un bord pantelant telle une jambe folle, c'est le droïde déglingué et psychotique d'Alien vivant la risée infernale de son dernier tango sanglant comme un spi en grande pompe dressé dans les quarantièmes rugissants, la police brestoise montée sur leur fier scooter de moucheron exerçait son dur labeur quotidien, aux portes de la librairie Dialogues, en ayant immobilisé un véhicule qui quitta derechef les lieux, de leur radio, une façon de police-info en continu, une voix féminine délicieuse débitait onctueusement et précisément les nouvelles incessantes des tâches en urgence dont ils allaient devoir se coltiner, pourtant ils semblaient heureux car ils souriaient, ailleurs une femme ronde décore de façon "japonisante", avec des éventails rouges, le sapin à 600 euros, 26 milliards d'euros, de la bibliothèque Neptune, planté sous les escaliers, près de la salle multimédia, à l'une des entrées de la section jeunesse, et papote aimablement, les mains sur les hanches ou les bras croisés sous sa poitrine opulente, de longs très longs colliers de perles blanches ou rouges y serpentent, enorgueillie par son oeuvre qui fait arrêter le passant curieux, une de ses amies avait calligraphié le mot "décembre" sur un bristol qui pendait non loin de l'étoile bicolore chapeautant ou coiffant le sapin le plus gros car il y a en fait deux sapins, mais le plus petit était demeuré caché jusque là, tenus en laisse par des filins afin qu'ils ne tombent pas ou ne s'enfuient pas, le vent levé il plut de nouveau et c'étaient de grosses gouttes furieuses de tomber de si haut, calligraphie qu'elle était allée chercher dans un livre dès lors il n'y avait pas d'erreurs possibles, des éclairs sans tonnerre, au pied des entrées des commerces de Brest des petits sapins blancs ont été installés empotés, deux grands triangles emboîtés perpendiculairement en leurs médianes formant ainsi quatre triangles carrés ou ailes du sapin, à treize boules rouges insérées dans les treize trous correspondants, trois d'entre elles rangées verticalement par triangle blanc carré ou par aile et la dernière placée à l'angle formé d'un des côtés avec son hypoténuse, le tronc du sapin, en son faîte,

jeudi 4 décembre 2008

Le monde du Meshugah

un collier vert maintenant inutile lui entourait toujours le cou, l'odeur s'en était allé, un homme efflanqué, en imperméable, une serviette en toile à la main, une casquette rouge vissée sur le crâne aux cheveux gris, sortit de la bibliothèque d'Etudes en sifflotant le refrain de L'Internationale, sa foulée est aussi longue que celle de "l'homme qui marche" de Giacometti, pour rejoindre celle de Neptune, la pluie torrentielle persiflait, le tonnerre et les éclairs aveuglaient, assommaient et éclataient et faisaient frémir les murs et les usagers, les lecteurs qui lançaient leurs regards anxieux mais émerveillés vers le ciel d'un bleu orageux à travers les vitres, les emprunteurs surpris, sur le trottoir dans cet enfer un homme passa abriter sous un parachute tendu, rigide et rouge, la grêle ne voulut pas se faire oublier et ses billes cavalcadaient et tambourinaient sur le parapluie londonien, la semelle les pressait et les éclatait croustillantes, collantes et glissantes comme de la meringue glacée, les rues convulsaient, ondulaient, des vagues poussées par les rafales s'y formaient brusquement, fugitives, à l'existence éphémère le temps d'une bourrasque,

mercredi 3 décembre 2008

Le monde du Meshugah

dans son costard à paillettes le ciel furibard en pétard s'écroula et se déversa sans vergogne, s'adressant au fumeur accoudé au rebord de la fenêtre abritée sous son grand et solide parapluie : "qu'il fait froid! [un temps] c'est l'hiver!", les caniveaux s'enfiévrèrent, les trottoirs firent courir des ruisseaux impétueux et puissants, des torrents capricieux dévalaient vers les gueules pleines et repues des égouts, ce parapluie noir de Londres est à l'agonie, soulevé et retourné, les minces tiges de sa crinoline, de l'armature métallique, se courbent, glissent, s'échappent, se tordent et se cassent, s'effondre, ce parapluie meurt à petit feu, "AU FEU LES PRISONS!" écrit en lettres capitales noires sur le mur blanc de l'ancien garage faisant face à la bibliothèque Neptune dont les vastes locaux sont, maintenant, à louer, nul ne patientait sous l'ondée formidable, c'est à cette heure que le long du cinéma Liberté le pied se presse, les talons résonnent, le pas s'allonge, les cuisses forcent, le buste se courbe, les bras scandent une marche rythmée et forcée, ce sont des automates pressés et tendus et nerveux à l'idée d'être en retard, de manquer le début du film, d'être freinés dans une file d'attente, en groupe, seul ou alors en couple main dans la main, bras dessus bras dessous, même foulée et cadence semblable, ils sont portés par un même élan (l'amour? l'envie de faire pipi?), d'aucuns fument devant la série des lourdes portes vitrées, au-dessous des petites affiches des films et des horaires des séances, avant de s'y engouffrer happés par le puissant courant d'air chaud, sous l'ondée chacun se pressait et, le haut du corps abrité sous un parapluie, la tête sous un chapeau ou une capuche, râlait et se plaignait, des crises économique, alimentaire, financière et monétaire, industrielle, environnementale, immobilière, sanitaire, la bruine, frisquette, s'éparpillait, passagère et matinale, la ville demeura invisible de la route, de la perspective à travers champs qui s'y ouvre, qu'empruntait l'autobus, perdue, emmitouflée sous le ciel bas brumeux, le soleil et le bleu réapparurent enfin, un léger vent se faisait sentir, le chat roux passa le portail, s'en allant vers l'arrière de la maison puis, soudain, comme inquiet, d'une allure pressée, vivement revint au plus court et franchit la barrière pour disparaître,

mardi 2 décembre 2008

Le monde du Meshugah

un cloporte sans aucun doute, "voire de provoquer le déraillement du train des réformes mises en place par le gouvernement", un lombric pareille à une brindille dans la nuit se traîna de tout son long en ondulant sur le sol devenu glissant, une forte et âcre odeur nauséabonde venait du quartier des rosiers, de Meaux, la pointe d'un nuage éclatait d'un rose intense au lever du soleil cependant que plus au Nord le ciel se paraît de rose pâle et les nuages gris-blancs et immobiles paraissaient sans profondeur découpés dans du papier, les lourds nuages gris tandis qu'un téléphone sonne férocement sans qu'elle sache le nom de cette vibrante et entêtante et folle musique masturbatoire mais s'excusa trottinaient, paisiblement, vers le Sud, sans hâte, Nantes redeviendrait la capitale de la Bretagne : car celle-ci compte quatre départements "magnifiques", et ne lui dit-on pas que celle-là en est sa capitale alors que c'est les Pays de Loire; les journaux locaux font part dans leurs pages de l'effervescence et de l'émoi suscités par cette contradiction soulevée du plus haut de l'Etat, souriant, encourageant presque heureux, des filaments blancs pelotonnés grouillaient, s'étant entretenu avec le centenaire du vendredi enfin reposé, calmé, massé, la colère retombée, détendu et assagi, prêt à endurer sa leçon d'histoire, un chat à la tête démolie était étendu, une puissante grêle se mit à tomber soudainement et certaines billes blanches restèrent accrochées aux ardoises comme soudées, les os de ses pattes apparaissaient à vif et les vers y fourmillaient telle une pelote vivante, des Pères Noël répétitifs assiègent les augustes façades grises et délavées des maisons et des immeubles, sans originalité, suspendus, pendus ou simplement posés contre le rebord d'une fenêtre, soumis aux milles intempéries, il maigrissait à vue d'oeil pour n'être plus sur la fin qu'une couverture de poils, creuse, vide, un chapelet de petits os fragiles en lieu de ses pattes, de même que le Parti Socialiste, dégonflé,