vendredi 27 février 2009

Scène de Commerce

Décroche un journal du présentoir. Les titres évoquent la lente ascension du chômage vers les sommets de la crise, quelque chose comme ça... Présentation des chiffres de janvier, un supplément littéraire consacré à Simone Weil. Décide de l'acheter. La bibliothèque ne fait plus suivre les journaux pendant les vacances. Entre dans la boutique, avance vers le comptoir, pose la feuille de choux au titre grandiloquent. "S'offre Le Monde qui peut", pensai-je. "Dans cet état", rectifia une autre voix ironique.
_ Bonjour Madame.
Une femme aux lunettes rouges, de formes rectangulaires, cheveux teints en blond et courts, environ cinquante ans, récupère mon journal et le passe sous le scanner de sa machine.
_ Bonjour Monsieur, dit-elle en même temps avec un sourire faussé. Un euro trente.
Je scrute le fond de mon portefeuille. "Un euro trente?" me répétai-je silencieusement en songeant alors que ce satané journal coûtait dix centimes de moins il y a encore deux ans de cela. "Un euro vingt", c'était le prix du "Monde" avant l'envolée du pétrole... Je me faisais chaque fois à l'époque cette étrange réflexion en passant à la pompe. Cela résonnait comme une insondable équation: "un litre d'essence équivaut au prix d'un journal. Qui lit le journal et conduit?" Là-dessus je cherche l'appoint parmi la monnaie qui traîne là sous le tissu et la couture de la fermeture éclair de mon portefeuille. Je lançai d'ailleurs au hasard quelques mots après avoir déposé une pièce de deux euros sur le comptoir:
_ J'ai peut-être la monnaie... attendez... Non!
_ Ce n'est pas grave, répond-elle en jetant la pièce dans le ventre métallique de la caisse enregistreuse. Elle en sort deux pièces jaunes et réhausse ses lunettes. Voila.
Elle me tend la monnaie que je récupère.
_ Merci. Bonne journée, au revoir! lancé-je
_ De même, me répond-elle aussitôt avec ce sourire qui d'un seul coup s'éfondre.
J'énumère, en quittant la boutique, ces formules de politesse ou de réciprocité, d'équité peut-être? Manifestement vides : "de même", "idem", "pareillement", que sais-je encore? Signes du temps.

Le monde du meshugah

"Oulhen, c'est le vent?
_ C'est du vent... Vous connaissez l'expression : c'est du vent.
_ Si vous êtes du vent, cela veut dire que vous parlez pour ne rien dire.
_ Cela me va très bien."
le plan de relance étatsuniens de 787 000 000 000 dollars votés par le Congrès correspond à la dépense d'un million de dollars par jour depuis la naissance supposée du Christ, plus de 90 000 "emplois détruits" en France en ce mois de janvier, deux grandes affiches ornent la façade de l'église saint Louis à Brest : les reliques de sainte Thérèse bientôt en Finistère : "L'amour, c'est tout donner"; en couverture du Magazine Littéraire André Gide, "le plus moderne des classiques", semble-t-il le titre "les nourritures terrestres" serait d'un autre auteur, mais de qui, un anglais? non, elle ne le sait ne s'en souvient, fatiguée, elle demande pour elle-même un repos de cinq minutes,

jeudi 26 février 2009

Le monde du meshugah

à Océanopolis, la semaine du 14 au 21 février, c'était "la Guadeloupe en fête",

mardi 24 février 2009

Le monde du meshugah

matinée ensoleillée au sein de laquelle des tronçonneuses, l'une longue afin d'atteindre et de hacher la céleste mâture pour une coupe plus ou moins parallèle au sol et l'autre de taille normale ou usuelle aux fins d'achèvement, de finition, il s'agit lors de dépecer, axe de coupe perpendiculaire, les branches abattues sur la pelouse, exécutent habilement, professionnellement, le sylvestre silence du jardin voisin, chute verticale, or une ombre s'étire péniblement vers le Nord, aussi légèrement qu'un voile sur la terre du potager en remue ménage, une bêche la retournait, devenant noire et striée et nervurée par les dents de l'outil, au rythme lent et monotone, le tronc comme une carcasse, le ciel s'est assombrit, l'air est devenu frais, forme décharnée, lépreuse et tronquée, et une plume blanche comme une hérétique balafre dans le plumage noir d'un merle,

vendredi 20 février 2009

Le monde du meshugah

le cri rocailleux et répétitif d'une pie pareil au souffle plaintif d'un moteur peinant à démarrer, le pont de l'Harteloire lentement et irrésistiblement embrumé par le panache de fumée d'un pot d'échappement incontinent, une folle queue de gaz un nuage de sable levé dans le désert sur son passage, c'est la nuit puante et étouffante dans la nuit, "c'est ici que l'on fabrique les livres?" demande le garçonnet à sa mère,

lundi 16 février 2009

بـطـاقـة هـويـة


سجِّل
أنا عربي
ورقمُ بطاقتي خمسونَ ألفْ
وأطفالي ثمانيةٌ
وتاسعهُم.. سيأتي بعدَ صيفْ!
فهلْ تغضبْ؟

سجِّلْ
أنا عربي
وأعملُ مع رفاقِ الكدحِ في محجرْ
وأطفالي ثمانيةٌ
أسلُّ لهمْ رغيفَ الخبزِ،
والأثوابَ والدفترْ
من الصخرِ
ولا أتوسَّلُ الصدقاتِ من بابِكْ
ولا أصغرْ
أمامَ بلاطِ أعتابكْ
فهل تغضب؟

سجل
أنا عربي
أنا إسمٌ بلا لقبِ
صبورٌ في بلادٍ كلُّ ما فيها
يعيشُ بفورةِ الغضبِ
جذوري
قبلَ ميلادِ الزمانِ رستْ
وقبلَ تفتّحِ الحقبِ
وقبلَ السّروِ والزيتونِ
.. وقبلَ ترعرعِ العشبِ
أبي.. من أسرةِ المحراثِ
لا من سادةٍ نجبِ
وجدّي كانَ فلاحاً
بلا حسبٍ.. ولا نسبِ!
يعلّمني شموخَ الشمسِ قبلَ قراءةِ الكتبِ
وبيتي كوخُ ناطورٍ
منَ الأعوادِ والقصبِ
فهل ترضيكَ منزلتي؟
أنا إسمٌ بلا لقبِ

سجلْ
أنا عربي
ولونُ الشعرِ.. فحميٌّ
ولونُ العينِ.. بنيٌّ
وميزاتي:
على رأسي عقالٌ فوقَ كوفيّه
وكفّي صلبةٌ كالصخرِ
تخمشُ من يلامسَها
وعنواني:
أنا من قريةٍ عزلاءَ منسيّهْ
شوارعُها بلا أسماء
وكلُّ رجالها في الحقلِ والمحجرْ
فهل تغضبْ؟

سجِّل!
أنا عربي
سلبتَ كرومَ أجدادي
وأرضاً كنتُ أفلحُها
أنا وجميعُ أولادي
ولم تتركْ لنا.. ولكلِّ أحفادي
سوى هذي الصخورِ
فهل ستأخذُها
حكومتكمْ.. كما قيلا؟
إذنْ
سجِّل.. برأسِ الصفحةِ الأولى
أنا لا أكرهُ الناسَ
ولا أسطو على أحدٍ
ولكنّي.. إذا ما جعتُ
آكلُ لحمَ مغتصبي
حذارِ.. حذارِ.. من جوعي
ومن غضبي!

محمود درويش - فلسطين

CARTE D’IDENTITE (Mahmoud Darwich)



Ecris
Je suis arabe
Et le numéro de ma carte est cinquante mille
J’ai huit enfants
Et le neuvième… viendra après l’été !
Es-tu fâché ?

Ecris
Je suis arabe
Et je travaille avec mes camarades dans une carrière
J’ai huit enfants
Je leur extrais le pain,
Les vêtements et les cahiers
De la roche
Et je ne demande pas l’aumône
Devant ta porte
Et je ne m’humilie pas
Devant les marches de tes palais
Es-tu fâché ?

Ecris
Je suis arabe
Je suis un nom sans titre
Patient dans un pays, où tout ce qu’il y a
Vit avec la colère
Mes racines
Avant le temps se sont établies
Avant l’éclosion des ères
Avant le cyprès et l’olivier
… et avant l’herbe
Mon père… est de la famille de la charrue
Non des seigneurs du golf
Mon grand père était paysan
Sans titre… ni fortune
Il m’apprenait la grandeur du soleil avant la lecture
Ma maison est une cabane
Faite de branche et de roseaux
Ma vie te satisfait-elle ?
Je suis un nom sans titre

Ecris
Je suis arabe
La couleur des cheveux… noire
La couleur des yeux… marron
Mes caractéristiques :
Sur ma tête un agal au dessus d’un keffieh
Et ma main, dure comme la roche,
Blesse celui qui la touche
Mon adresse :
Je suis d’un village isolé, oublié
Ses rues n’ont pas de nom
Et tout ses hommes sont dans le champ et la carrière
Es-tu fâché ?

Ecris
Je suis arabe
Tu m’as volé les vignes des mes grands-pères
Et une terre que [sur laquelle] je cultivais
Moi et tous mes enfants
Et tu ne nous as laissé que ces rochers
Ton gouvernement va-t-il les prendre
…Comme on dit ?
Ecris... à la tête de la première page
Je ne hais pas les gens
Et je n’agresse personne
Mais… quand j’ai faim
Je mange la chaire de celui qui m’a volé
Attention... attention... à ma faim
Et à ma colère !

(Trad. Y. Kouzzi)

samedi 14 février 2009

Le monde du Meshugah

jonquilles et tulipes sortent de terre, les premières pousses des rosiers voient le jour, de longues tiges bordeaux,

mercredi 11 février 2009

Le monde du Meshugah

en fumant une cigarette avant de s'en aller travailler, il aura suffit que son frère de Lorraine, pourtant coutumier aux très basses températures, vienne quelques jours à Brest, il prenait froid, le vent rugissait et les arbres, torturés, se déhanchaient, la grêle dévalait les trottoirs comme des billes jetées de leur sac, la bibliothèque universitaire et la future bibliothèque municipale seront reliées par une passerelle, las un parapluie éreinté a été délaissé, cadavre, sur le trottoir en face de l'irrespirable Séphora, plus loin dans sa vitrine un mannequin tient dans sa main gauche une artificielle rose blanche,

mardi 10 février 2009

Le monde du Meshugah

affirmait-il, le souffle chaud expiré sur les doigts frigorifiés, avec une ironique fierté, balayée telle une girouette par les vents s'engouffrant rue de Gourmelen, rue de Paris, route de Quimper, rue Jean Jaurès et rue Albert Louppe,

lundi 9 février 2009

De la l'Illusion du Libre Internet ou de l'Usage du Minitel?

De l'urgence de déménager et créer son "propre réseau" ou la volonté d'être libre:

Conférence de Benjamin Bayart, président de la FDN, militant pour le maintien et l'usage d'Internet libre.
http://www.fdn.fr/minitel.avi

Naufrage

Guidé par l'essence du vide, la faim nous tenaillait. A chaque avancée des crampes d'estomac se faisaient plus durement ressentir. Aucun horizon, aucune échéance à ce malheureux impossible. Dans le vent, la fraîcheur de l'hiver devait nous ramener vers le nord. Mais nous naviguions sous un brouillard épais dans l'ignorance et la crainte d'un espoir insondable, noir. Une prière montait sur toutes les lèvres. A chaque vague du fleuve grondait un océan, notre sort jeté sous les lames et le creux des voilures ainsi que le front des mâts tout prêts à céder. Un homme d'une seule voix se fit entendre pami l'équipage : "Amour, ne vois-tu rien venir ?" La lune rivait parfois sur nous son oeil d'une auguste clareté, faisant naître par endroits l'ombre des récifs, l'illusion d'une rive. "Allez, semblait-elle indiquer, vous autres, hommes, qui bientôt mourrez". "Allez à tous les parfums, ce soir il n'y aura plus d'étoiles".