mercredi 31 décembre 2008

Aéroports

Ces endroits ont ceci de déléctable lorsqu'ils confèrent à chacun la possibilité d'être soi-même, un autre possible. Celui que l'on croit ou que l'on veut voir: ici, un émissaire, là, un homme d'affaire qui attendrait entre deux avions, une femme vêtue d'une longue robe traditionnelle, noire et blanche zebrée, qui débarquerait d'un pays lointain. Aucune imposture n'est à priori envisagée à partir de cet horizon en partage, à l'étale de ces engins en cascade, puissants et bruyants prenant leur envol sur l'esplanade.

Au fond sur la cour, derrière les vitres, plane de longues autoroutes. Sur le tarmac noir et bleu mêlé de lignes jaunes et blanches traînent sur le sol des traces de kérozène et d'essence qu'un vent d'est rabat, peut-être l'alizée. Quel âge ont ces avions? Vers quel essor plongent-ils? Boeing, Airbus, que sais-je encore? Ces noms emportent avec eux vers l'azur des trainées de poudre, fleurons des hautes technologies, prouesses remplies d'orgueil, chairs à canon. Leurs épaules larges d'albatros soulèvent vers le front le poids lourd de leur carcasse et le succès de l'homme à s'élever contre lui-même.

Aucun étonnement à l'écoute d'une langue étrangère. Un nom soudain soulève un rêve à quelques lettres: l'évocation d'une ville, d'une destination splendide. Il se peut que ce soit l'hiver ou l'été non loin d'ici, à quelques heures de vol. L'écran d'affichage annonce les destinations d'Istanbul, Cordoue, Delphes, Ispahan... Rien que des mots où les temples et les palais cheminent vers l'acropole, et de là naissant: de belles phrases, des voiles, à défaut de ces ailes métalliques, emprunts de sables et de ciels divers dont le vent chargé d'histoire frémirait chaudement.

Seul bémol au tableau de ces lieux décharnés, ancrés dans l'occident, presque inhabités, c'est évidemment le cadre sécuritaire qui hante l'aéroport. Depuis l'entrée gardée par une escorte militaire jusqu'aux douaniers aux chemises blanches, aux mains neutres, gantées de talc et de plastique. Ces grands rethors connus pour leur philantropie et leur goût de l'ailleurs, derniers cerbères avant l'ultime porte et la délivrance.

Mon café a ceci d'exotique et je ne peux m'empêcher de penser à ces gens, témoins ordinaires de ce va-et-vient incessant, personnel de l'aéroport: au café, au contrôle, à l'enregistrement, ceux qui côtoient chaque jour de nouveaux voyageurs. Ne sont-ils pas frustrés devant ce peuple inventé et toujours différent ? A peine assistent-ils à quelques larmes, aux derniers souvenirs, aux déchirements du départ et la précipitation des derniers instants ou des retrouvailles. Leur clientèle est d'ailleurs, sans cesse renouvelée, sans fidélité, aux sourires de convenance et de circonstance, joies des départs, tristesses... Leur mémoire est de rejet, sans repères, distant à l'évidence. Il n'y a qu'à considérer la qualité du mobilier qui habite ces murs. Ces fauteuils intacts, fades, immobiles, plantés dans le présent de ces lieux, comme suspendus devant les baies vitrées, devant le spectacle qui se déroule en bas sous nos yeux puis l'horizon. La moquette bleue-grise, les escalators, le métal et le verre des édifices asceptisés semblables à nos banques ou nos assurances et centre commerciaux. Un garçon de café prend en photo un groupe attablé dans la salle du restaurant. Ces gens sont-ils seulement présents ou simplement envahis, dépassés par le rêve, l'illusion du voyage qui se loge là derrière eux sur la scène qui les cueillera peut-être un jour?

Il me semble que ce sont des fantômes, qu'ils ont été volés depuis longtemps par les lieux.

samedi 27 décembre 2008

Poésie sur le thème de la crise

Laissons nos craintes au dehors

Nos remords

Et l'époque
au suspens de ce monde

Aveuglé par la nuit

Les questions qui submergent l'hiver
que la pluie charrie et le vent plonge vers l'amertume

Les résolutions du silence.

"Il vaut mieux se taire ou ne rien dire encore"

Mais la question demeure:
Comment s'abstraire de ce jeu? Quand s'arrêtera la crise? Par quelle porte dérobée finiront l'hiver et le vent?

L'éclat des froides étoiles et cette lune blafarde ont semé leur poussière
Un parterre d'atomes. Une histoire insolite.

Aucun mot n'épuiserait le sujet, aucune élucubration géniale ou théorie sublime
Ne saurait

Ce monde est condamné

Les avenues à la ronde penchent comme abasourdies, illuminées par moments,

L'hystérie de ces mouvements de foules

Au devant la ville s'évapore dans un parfum d'ambre marine
Le temps d'un songe aux lumières de Décembre

Au-dessus le ciel gronde et montre
Sa gueule noire de monde et de cris inaudibles,

Le chant de la misère
De petits enfants perchés sur le seuil du temple
Les creux gargouillis de la boue, les cris de l'an Neuf
La prophétie d'un jour ou d'un alcool insolite qui épancherait l'oubli

Absurdités
Ce monde impossible est lointain

mardi 23 décembre 2008

Le monde du Meshugah

consommer devient, à l'approche des fêtes de fin d'année, un acte citoyen

Le monde du Meshugah

la brume resserre l'espace déjà plombé, atrophié, amputé de sa part verticale, "sur la tête de ma mère, il part à 59", l'église délivrait ceux et celles venus assister à l'enterrement : une grosse femme réagissait sur le peu de monde et exigeait de son fils de ne pas faire les cons; sur la mer calme, proche des plages de Portez et de Porsmilin, un cargo, feux maintenant allumés car la fin du jour approchait, avait jeté l'ancre, et sous le vent et la houle légère dérivait circulairement à son point d'attache, un navire des douanes, sur la coque duquel le liseré rouge nettement ne trompait personne, lentement et sagement et prudemment et silencieusement, s'en approchait, curieusement, près de ce mastodonte en arrêt et de cette frégate militaire sur zone, une frêle esquif, un zodiac, sorti de l'antre du monstre, évoluait à ras des flots, et, aussi petit qu'une fourmi, presque invisible, ne cassait de tourner autour d'eux,

samedi 20 décembre 2008

Le monde du Meshugah

dans ses petits souliers le pays replonge dans la crise politique sous la pression Astiz reste en prison il reçoit une décharge de taser et meurt peu après à l'hôpital "gorge profonde" est décédé fin de trêve entre le Hamas et Israël le choléra continue de semer la mort le bus à impériale de retour en version écolo l'institut français d'Athènes pris pour cible d'abord urbaine un expert "un choix de société" des services municipaux branchés les facteurs tentent l'aventure perquisition chez Julien Dray 150 000 emplois escomptés FO appelle tous les salariés à se mettre en grève le 29 janvier actions prévues le 8 janvier Yannick Jadot tête de liste du rassemblement europe-écologie dans l'Ouest Lemétayer candidat? un juge ordonne la remise en liberté de Coupat enquêtes préléminaires le sénat augmente la redevance TV quatre mois pour revoir la copie attention, vous êtes tracés! des spectacles à couper le souffle! la capitale n'est pas épargnée la famille porte plainte deux femmes tuées à l'arme blanche de la prison...à la galère accord sur les quotas 2009 de la recette familiale à la success story 13 milliards de dollars pour redémarer première perte d'exploitation de son histoire premier conseil d'administration naissance de Roudfenn Grafik le meccano industriel de l'Elysée quatorze ans de réclusion pour des viols sur sa belle-fille des mineurs mis en cause dans l'incendie d'une boulangerie l'ex-préfet Frémont de retour à Quimper un jeune étudiant décède à Lannion l'UMP vote le budget de la gauche l'internaute fait appel création en vue l'inégibilité de Philippe Paul demandée une charte pour améliorer la disponibilité "maltraitance institutionnelle" précautions d'usage aux manettes d'un sous-marin retards de salaires inquiétants tabernacle! c'est déjà la noël les deux prévenus relaxés encore moins de brestois en 2009? noël avant l'heure les rendez-vous du week-end entre rêves et désillusions musique aujourd'hui tendance folk à Bellevue médiavolo à Pontanézen musiques du monde à saint-Pierre concert de Noël des petits à l'auditorium concert des Groove Boys à kérinou concert à Portsall demain concert au Black Label Café concert de Noël à Saint-Renan ensemble choral du Bout du Monde à Lanildut sur les planches aujourd'hui comédie musicale au Quartz "le silence des communistes" au Quartz danse et musique de Géorgie à Plougonvelin match d'impro à la salle Saint-Louis demain la nuit la plus longue de l'année au Relecq-Kerhuon marionnettes à la mairie Michel Aumont dans "Tartuffe", faculté Segalen Ar-vro-Bragan à Plougerneau festival "Théâtre A Tout Age" à Plouguerneau Noël (et Brest) au Québec contes, films et documentaires The Enchanted Wood et pOOr bOy à Bellevue animations de Noël aujourd'hui fête de Noël pour les enfants de Bellevue invasion de lutins à Plouvien exposition de crèches de Noël à Porspoder marché de Noël à Daoulas marionnettes de Noël à Plouguerneau "les mystères de la Nativité" à Plouguerneau et aussi aujourd'hui Lunapark au parc de Penfeld VTT et BMX : festival Houpala à Lesneven surf : challenge "Tomahawk Classic" à Landunvez demain VTT et BMX indoor à Lesneven Lunapark au parc de Penfeld les Pères Noël motards brestois l'hiver 2008 se fête aujourd'hui et demain soutien au Caravansérail le braqueur présumé du "Flash" entendu pour d'autres faits une piétonne renversée par une automobile place de la Liberté fuite de gazole : un Brestois accidenté à Cast menaces sur conjointe : les deux hommes devant le tribunal un motard blessé au rond-point de Kergleuz blessé dans une chute de scooter entre Brest et Guilers BMO et les ferrailleurs animaux recueillis le gel de l'aide personnalisée votée l'autre gauche appelle à manifester à Quimper hôpitaux en danger : mobilisation nouvelles craintes sur la population en bref : prestations subventions, rémunérations... les fontaines allumées demain AE2D écrit à la chambre de commerce 4000 euros remis par les Fêlés de l'orthographe "Pour que Noël n'oublie personne" ASSEDIC Charleville-Mézières joue à Cerdan ce soir volley-ball marchés non-sédentaires des halles saint-Louis et Saint-Martin. Dojo brestois. Programme chargé durant les fêtes. Formation. Les bons tuyaux d'Arénicole. Ecole Notre-Dame des Carmes. Le concert de Noël des élèves Sanquer. Equipe 2 de tennis de table. C'est la départementale. Pilier Rouge. Marionnettes. Le théâtre du patro fait un tabac chez les jeunes Pen-ar-Créac'h centre social. Les meubles en carton ont la cote Kerinou ferme jestin : stages de sophrologie Quartier de l'Europe Meunier SA. Vingt nouveaux médaillés. Saint-Marc Petit-Paris. Le groupe scolaire en fête. Kerisbian. Des élèves initiés à l'équitation. Foyer laïque. L'AS brestoise remporte le tournoi en salle. Brest 2-Bellevue. PL Bergot. Jeunes comédiens recherchés à la section de théâtre. Albatros. Le Père Noël a débarqué sur la glace. Saint-Pierre. PL Le Gouill. Belle vitalité de l'activité marche. cavale blanche. jeunes diabétiques. Le foot au secours de la prévention. Ronarc'h. Les lycéens s'informent sur les études. Lambézellec. Kermaria. Résidants et écoliers réunis pour fêter Noël. Recouvrance. Ecole de Quéliverzan. Une opération en faveur du Bénin. Quatre-Moulins. Notre-Dame de Kerbonne. Le Père-Noël gâte les petits. Plouzané. Parti socialiste. Yves Quéméneur nouveau secrétaire de section. Anita Conti et Rased. Une réponse à Yves Du Buit. A savoir. Urbanisme : dénomination de voies pour les nouveaux quartiers.

vendredi 19 décembre 2008

Le monde du Meshugah

brume aux confins des eaux assoupies de la rade, aux côtes qui s'y ombrent au près, l'estran faisait moirer la solitude des flaques décelées, sous un ciel bleu imberbe, sa voix subitement devint inaudible au point de lui, jeune fille incroyablement mince, aux longs et libres cheveux blonds chutant en cascade sur sa taille de guêpe, escarpins blancs à talons, jupe noire, longue et droite aux complexes coutures, un gracieux gilet blanc électrisant ses courbes allégées de flanelle et de coton nacré, révéler les dessous des précédents métiers des chauffeurs de bus, au voisinage de la librairie Dialogues une vaste boutique profonde et creuse, vide de clients, de chaussures, qui s'y exposent en petit nombre telles des oeuvres d'art en des galeries contemporaines ayant pignon sur rue ou pas, de façon Champs-Elysées, de luxe, s'est créée, une jeune femme oisive, seule, ennuyée, tête dans la main, se livrait à de solides et compliquées, et inutiles peut-être, études sur son ordinateur portable, une unique étoile apparaît Sud-Ouest, orangeraie globuleux des lampadaires le long des routes où serpentent rouges et blancs les phares obéissants et entêtants et bipolaires et nécessaires à la nuit tombante de violet,

mercredi 17 décembre 2008

A partir des tableaux de Marc Chagall

Il faut tenter l'acte poétique, entendre les silences et l'éphémère, reprendre l'oralité à son compte, étendre le chant de la prose à l'éternité. De la musique. Violons, cuivres, clarinettes, cors et tubas. Au dehors joue la fanfare hallucinée du Meshugé. Des étoiles et le ciel larmoyant de splendides bleutés. Dans la pénombre d'une nuit monte les notes d'un violon, pour les fiancailles des amants exilés, nostalgique de la vieille Russie. Dans une ronde dansent les animaux de Léautaud, les cris et les joies de l'Arche de Noé, le monde sauvé par l'éclat des couleurs. La barbe rouge d'un homme délesté de mots, une grimace de clown à la place du visage, un oeil clos, l'autre hagard, regarde autant qu'il se donne en spectacle. Voici les failles, l'ivresse des sens d'un monde enfin délivré. Nature rêveuse sans cesse renouvelée par ces lumières vives. L'oubli et le festin de jadis, les flammes de la mémoire, fleurissent et brillent dans le ciel, sous le sceau de l'éternelle inconnue. Un enfant bercé par une femme inconsolable.
Le temple de Marc Chagall.

Les oiseaux de passage

C'est une cour carrée et qui n'a rien d'étrange :
Sur les flancs, l'écurie et l'étable au toit bas ;
Ici près, la maison ; là-bas, au fond, la grange
Sous son chapeau de chaume et sa jupe en plâtras.

Le bac, où les chevaux au retour viendront boire,
Dans sa berge de bois est immobile et dort.
Tout plaqué de soleil, le purin à l'eau noire
Luit le long du fumier gras et pailleté d'or.

Loin de l'endroit humide où gît la couche grasse,
Au milieu de la cour, où le crottin plus sec
Riche de grains d'avoine en poussière s'entasse,
La poule l'éparpille à coups d'ongle et de bec.

Plus haut, entre les deux brancards d'une charrette,
Un gros coq satisfait, gavé d'aise, assoupi,
Hérissé, l'œil mi-clos recouvert par la crête,
Ainsi qu'une couveuse en boule est accroupi.

Des canards hébétés voguent, l'oeil en extase.
On dirait des rêveurs, quand, soudain s'arrêtant,
Pour chercher leur pâture au plus vert de la vase
Ils crèvent d'un plongeon les moires de l'étang.

Sur le faîte du toit, dont les grises ardoises
Montrent dans le soleil leurs écailles d'argent,
Des pigeons violets aux reflets de turquoises
De roucoulements sourds gonflent leur col changeant.

Leur ventre bien lustré, dont la plume est plus sombre,
Fait tantôt de l'ébène et tantôt de l'émail,
Et leurs pattes, qui sont rouges parmi cette ombre,
Semblent sur du velours des branches de corail.

Au bout du clos, bien loin, on voit paître les oies,
Et vaguer les dindons noirs comme des huissiers.
Oh ! qui pourra chanter vos bonheurs et vos joies,
Rentiers, faiseurs de lards, philistins, épiciers ?

Oh ! vie heureuse des bourgeois ! Qu'avril bourgeonne
Ou que décembre gèle, ils sont fiers et contents.
Ce pigeon est aimé trois jours par sa pigeonne ;
Ca lui suffit, il sait que l'amour n'a qu'un temps.

Ce dindon a toujours béni sa destinée.
Et quand vient le moment de mourir il faut voir
Cette jeune oie en pleurs : " C'est là que je suis née ;
Je meurs près de ma mère et j'ai fait mon devoir. "

Elle a fait son devoir ! C'est à dire que oncque 
Elle n'eut de souhait impossible, elle n'eut
Aucun rêve de lune, aucun désir de jonque
L'emportant sans rameurs sur un fleuve inconnu.

Elle ne sentit pas lui courir sous la plume
De ces grands souffles fous qu'on a dans le sommeil,
pour aller voir la nuit comment le ciel s'allume
Et mourir au matin sur le coeur du soleil.

Et tous sont ainsi faits ! Vivre la même vie
Toujours pour ces gens-là cela n'est point hideux
Ce canard n'a qu'un bec, et n'eut jamais envie
Ou de n'en plus avoir ou bien d'en avoir deux.

Aussi, comme leur vie est douce, bonne et grasse !
Qu'ils sont patriarcaux, béats, vermillonnés,
Cinq pour cent ! Quel bonheur de dormir dans sa crasse,
De ne pas voir plus loin que le bout de son nez !

N'avoir aucun besoin de baiser sur les lèvres,
Et, loin des songes vains, loin des soucis cuisants,
Posséder pour tout cœur un viscère sans fièvres,
Un coucou régulier et garanti dix ans !

Oh ! les gens bienheureux !... Tout à coup, dans l'espace,
Si haut qu'il semble aller lentement, un grand vol
En forme de triangle arrive, plane et passe.
Où vont-ils ? Qui sont-ils ? Comme ils sont loin du sol !

Les pigeons, le bec droit, poussent un cri de flûte
Qui brise les soupirs de leur col redressé,
Et sautent dans le vide avec une culbute.
Les dindons d'une voix tremblotante ont gloussé.

Les poules picorant ont relevé la tête.
Le coq, droit sur l'ergot, les deux ailes pendant,
Clignant de l'œil en l'air et secouant la crête,
Vers les hauts pèlerins pousse un appel strident.

Qu'est-ce que vous avez, bourgeois ? soyez donc calmes.
Pourquoi les appeler, sot ? Ils n'entendront pas.
Et d'ailleurs, eux qui vont vers le pays des palmes,
Crois-tu que ton fumier ait pour eux des appas ?

Regardez-les passer ! Eux, ce sont les sauvages.
Ils vont où leur désir le veut, par-dessus monts,
Et bois, et mers, et vents, et loin des esclavages.
L'air qu'ils boivent feraient éclater vos poumons.

Regardez-les ! Avant d'atteindre sa chimère,
Plus d'un, l'aile rompue et du sang plein les yeux,
Mourra. Ces pauvres gens ont aussi femme et mère,
Et savent les aimer aussi bien que vous, mieux.

Pour choyer cette femme et nourrir cette mère,
Ils pouvaient devenir volaille comme vous.
Mais ils sont avant tout les fils de la chimère,
Des assoiffés d'azur, des poètes, des fous.

Ils sont maigres, meurtris, las, harassés. Qu'importe !
Là-haut chante pour eux un mystère profond.
A l'haleine du vent inconnu qui les porte
Ils ont ouvert sans peur leurs deux ailes. Ils vont.

La bise contre leur poitrail siffle avec rage.
L'averse les inonde et pèse sur leur dos.
Eux, dévorent l'abîme et chevauchent l'orage.
Ils vont, loin de la terre, au dessus des badauds.

Ils vont, par l'étendue ample, rois de l'espace.
Là-bas, ils trouveront de l'amour, du nouveau.
Là-bas, un bon soleil chauffera leur carcasse
Et fera se gonfler leur cœur et leur cerveau.

Là-bas, c'est le pays de l'étrange et du rêve,
C'est l'horizon perdu par delà les sommets,
C'est le bleu paradis, c'est la lointaine grève
Où votre espoir banal n'abordera jamais.

Regardez-les, vieux coq, jeune oie édifiante !
Rien de vous ne pourra monter aussi haut qu'eux.
Et le peu qui viendra d'eux à vous, c'est leur fiente.
Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux.

Jean Richepin

Le monde du Meshugah

vaste ciel pure et lumineux, insensé et doux, lisse et profond, quelques nuages blancs s'y sont un temps promenés mais maintenant il n'en demeure plus, le soleil se couche, l'horizon à l'Ouest s'incendie, le saint Château s'auréole d'or, les employés municipaux binaient avec rapidité et expérience et résultat les bordures de fleurs et constataient la friabilité de la terre noire, deux jeunes gens en apprentissage se faisaient gentiment interroger par leurs sympathiques et comiques tuteurs, sur le nom de telle plante, la qualité du binage était évaluée, les plafonds de la bibliothèque saint-Martin plombés d'eau s'écroulent, ceux de Lambézellec fuient, dus à des défauts de réalisation, récemment réalisées pourtant elles sont en procès contre ces entreprises du BTP qui se renvoient la balle entre fournisseurs, main d'oeuvre... nuages bouffants gris-bleu, pincée de rose en ce ciel bleu nuit, lointains orangés, traces de violet, des caisses de macarons de tous les goûts, de toutes les couleurs, passaient de main en main de bras en bras, le vernissage de l'exposition Saint-Pol-Roux avait lieu,

Notes prises lors d'une soutenance de thèse

Vieille, ébouriffée, les cheveux blancs, roux et blonds, vêtue d'un tailleur gris, de petites lunettes lui tombent sur le nez comme une ancre austère qui pose et souligne la gravité de ce monde. Tête baissée, déclinant quelquefois un bref hochement, elle se réserve, tout à son jeu théâtral: elle écoute, absorbe l'absence en recourant à l'objet, ces lunettes noires qu'elle abandonne ou chausse comme une ponctuation, un trait diacritique, une virgule.

Puis vient son tour de chant, elle se déploie sans doute, partant de la raison, décollant du sol, de la table où trône les volumes de cette fameuse thèse, de ce replis derrière les barriquades, aucun signe jusqu'alors n'était allé vers l'étudiante. Elle regarde enfin la coupable entamant dans le même temps quelques gammes d'orateurs, des phrases de grimoires de lignées professorales, de vieilles femmes. Elle élève la voix vers un point inaudible, bien au-dessus de la mêlée, sordide, noire, qu'elle estime probablement aveugle. Elle "réfute", "critique", "reproche", "note", "remarque", "reprend", autant de verbes performatifs qui puisent dans l'autorité le miroir de Narcisse. "Des manques et des absences figurent dans ce travail" et son orgueil de tragédienne est touché: ses écrits n'apparaissent pas dans la bibliographie... Le travail et le temps apparaissent sans mesure, en-deça des sphères insondables du savoir. Mais qui sont ces juges et quel est ce jeu, le sens étrange de ce rituel?

Il semble que le jury naisse ainsi, dans un rapport de domination, face à ses semblables et devant l'élève ou le novice à travers la pertinence de ses remarques et le nombre de ses critiques. La voix prend ainsi son envol et la jouissance de l'être supérieur, jeté tel un phoenix, à ce ton croissant dans l'espace, dans la vibrante mesure du savoir et de la prophétie, selon l'altitude vertigineuse de l'inventaire et l'assurance grave de ce corps tourné vers la foule avec l'approbation, le regard tendre et complice des autres sexagénaires.

mardi 16 décembre 2008

Le monde du Meshugah

le ciel s'est maintenant voilé, une brume suave et délicate, surprenante, presque imperceptible, ou bien n'est-ce que l'air du soir plus frais qui développe ainsi que les prémisses fausses un raisonnement hasardeux cette incertaine impression, avant-garde ou marche du voilement nocturne, épaissit subrepticement, comme à la dérobée, l'espace, la gelée matinale blanchissait les toits et le givre s'était déposée sur les vitres des voitures, à l'arrière-ban serein moineaux, mésanges, merles, grives et, giclant comme une tape sur l'épaule, le vol à tire d'ailes épaisses et claquantes, qui, soudain, brisa la tranquillité de l'air, d'une tourterelle peut-être fâchée, en tout les cas pressée, c'est au Passage Fleuriot de (la barre de la lettre "d" est effacée, grattée dans sa partie supérieure, et cette quatrième lettre de l'alphabet atrophiée, scalpée, décapitée, décoiffée tire la tronche en "o") Langle que la vaste tente chauffée aux bandes grises, blanches et vertes de Dialogues, qui bruisse de tant de passage, a été plantée, une grappe humaine patientait calmement devant les établis de planches posées comme à l'entrée d'une ruche, l'air est sec et doux, près du centre de torture Physic Form sarl, à la lettre "y" bleue coiffée d'un point blanc, deux bras levés en signe de victoire et d'effort et de souplesse, aux étoiles bleues croissant et décroissant au rythme d'un cardio-training, des cris comme des croassements ce sont les injonctions féroces d'une voix féminine qui s'envolent des fenêtres, souvent embuées, ouvertes desquelles apparaissent de sombres machines, des silhouettes en cadence, des corps en action, comme les motards de la police nationale qui, en bas de ces salles de torture, venait d'arraisonner sur le trottoir un véhicule fautif et, descendus de leurs machines, vérifiaient la carte grise et autres papiers administratifs, sautillent, volent, batifolent et glissent, piquent les branches du pommier,

samedi 13 décembre 2008

Le monde du Meshugah

torrents et cascades formés par les pluies diluviennes du concert nocturne de la nature au sortir de son marathon atlantique et qui, au petit matin, déshydratée, essorée, comateuse, en reprise de souffle, épuisée, semble s'être plongée sous une couette bleue, l'air d'un opéra célèbre était diffusé à la radio du bus numéro 28 de 20 heures 12, crise de l'intégration à la française ce matin sur France Culture, d'Asie la grippe aviaire réentonne son couplet et les poulets sont derechef éliminés... les crises s'égrènent et se psalmodient comme un chapelet mais une relance est promise, créée et élevée à la dignité d'une vérité effective_ un ministère, un avocat et une majuscule y suffiraient; viennent de fleurir quelques timides primevères communes ou Primula vulgaris, curieux éclats d'un doux jaune pâle sous la haie vert sombre, pigeons et choucas de concert quêtaient de leur bec, sans transiger de leur effort, du talus et de l'amas de feuilles qui tel un plaid lui couvre les pieds, leur pitance en vers ou lombrics ou limaces ou araignées ou larves en tout genre,