lundi 29 juin 2009

L'intellectuel dans la société (Bourdieu)

Propos de Pierre Bourdieu sur le rôle du savant dans la société, la pensée et le rapport aux événements.

Whatever happens !

Le fringuant BHL est de retour, paré de cette chemise blanche qui résiste si bien à l'usure, le col ouvert et le micro à la boutonnière, la pose éloquente et ferme comme sa voix saisissant l'actualité du fond de sa réserve. L'homme s'élève avec ce ton grave de l'heure fatale et du temps jadis, de la résistance à la révolution française, et prophétise contre l'oubli, dans la lignée de ces hommes aux phrases immortelles, comme cet avertissement martelant: "Whatever happens", "Quoi qu'il arrive". Ainsi, se "nimbe-t-il" de toutes les causes, comme de l'éclat de sa chemise, emportant à lui le combat et le triomphe de la jeunesse et du peuple insurgé qui manifeste depuis quelques semaines en Iran. On ne peut rien reprocher à l'essayiste, dont le célèbre acronyme pourrait correspondre au "Bar de l'Hotel de Lys", sinon le plaindre du mal dont il souffre, de ce besoin si pathétique d'être médiatisé, reconnu et de s'inscrire dans son temps, comme un penseur ou un intellectuel engagé, désormais hors de l'hexagone (le message est également traduit en anglais). Cela se perçoit aussi à travers une autre constance: celle se comparer, de se mesurer sans cesse aux grands penseurs que furent André Malraux, Jean-Paul Sartre, Michel Foucault (dans cet extrait), etc. comme pour en tirer partie.

http://www.dailymotion.com/video/x9o0n8_message-to-the-young-people-of-iran_news

http://www.dailymotion.com/user/BernardHL/video/x9o0mf_exclusifadresse-a-la-jeunesse-irani_news

mardi 23 juin 2009

La peur et l'avenir

Nizan pensait que la révolution soviétique transcenderait la peur, celle de mourir, que son succès se mesurerait à travers la manière d'appréhender le présent et l'avenir. Les hommes n'auront plus peur, pensait-il. Après un voyage réalisé dans les années 30, il en conclut que la révolution avait échoué dans ce qu'elle aurait dû accomplir.

jeudi 18 juin 2009

LEVI

Il me revient souvent cet air d'autrefois
qui se jouait là dans cette rue sans adresse

Et qu'un nom ne ramènera pas

Mais quelque chose de cet air me revient sans cesse
Et qui sait ton nom et celui de ma détresse

Et qui t'appelle en rêve et te rappelle souvent
T'arrachant en passant au destin de la rue

Jeté ce cri comme une prière sonnant l'alerte
En espérant qu'il te parvienne

Mais rien ne fait

Chaque fois retombe et meurt
Dans le grain sourd et la rumeur
au monde

Je vois
Et je revois sans cesse
Cette ombre noire (de notre siècle)

qu'un visage emporte
Et ne retourne pas

lundi 15 juin 2009

Prosopopées

Les pas

Tes pas, enfants de mon silence,
Saintement, lentement placés,
Vers le lit de ma vigilance
Procèdent muets et glacés.

Personne pure, ombre divine,
Qu'ils sont doux, tes pas retenus !
Dieux !... tous les dons que je devine
Viennent à moi sur ces pieds nus !

Si, de tes lèvres avancées,
Tu prépares pour l'apaiser,
A l'habitant de mes pensées
La nourriture d'un baiser,

Ne hâte pas cet acte tendre,
Douceur d'être et de n'être pas,
Car j'ai vécu de vous attendre,
Et mon coeur n'était que vos pas.

P. Valéry, Charmes, Ed. Gallimard

jeudi 11 juin 2009

Le mal est fort comme le pardon

A la fin des années soixante [1] et au début des années soixante-dix [2] le philosophe français Vladimir Jankélévitch s'était fermement exprimé et positionné sur la question du pardon, à partir d'une réflexion portée sur le crime perpétré par l'Allemagne nazie. Le premier texte publié par Jankélévitch, intitulé "Le pardon", s'inscrit sous un angle d'approche purement philosophique et souffrit aussi d'une certaine insatisfaction amenant l'auteur à compléter ces écrits à travers un second ouvrage plus passionné et par conséquent polémique, intitulé "L'imprescriptible". La nécéssité de reprendre ces propos soulève aussi une question sur l'entreprise philosophique qui a participé au débat. Ce qui est en cause, concède Jankélévitch, c'est la défiance que "le pardon pose à la logique pénale". Le pardon apparaît effectivement hors du temps, de l'espace pénal et semble régler ainsi la prescription ou l'imprescriptibilité des crimes. Le pardon s'avère aussi menaçant parce qu'il fait peser sur l'histoire la possibilité d'un oubli. Le philosophe, se méfiant alors du pardon, optera finalement pour la nécessité d'un "non-pardon" accentuant le devoir de mémoire. Il avance aussi deux éléments fondamentaux pour expliquer cette impossibilité et son positionnement. Le pardon ne peut être accordé et ne peut apparaître que dans un face à face, en réponse à une demande formulée, qui n'est jamais venue. Le noeud du problème se situe aussi dans la difficulté de "réconcilier l'irrationalité du mal avec la toute-puissance de l'amour. Le pardon est fort comme le mal, mais le mal est fort comme le pardon" . Ce qui soutient par extention l'idée que le pardon n'est pas à la portée de l'homme, dès lors que l'on observe une absence de symétrie entre le bien et le mal.
[1] Jankélévitch, V. 1967, Le Pardon, Paris, Aubier.
[2] Jankélévitch, V. 1986, L'impréscriptible, Pardonner? Dans l'honneur de la dignité, Paris, Seuil.

samedi 6 juin 2009

"Bird's Lament" (Moondog)

Je vous invite à découvrir l'histoire extraordinaire de ce cher Moondog, compositeur, percussionniste qui hantait les rues de Manhattan en costume de Vicking durant les années 60-70, et qui fut un jour accueilli par une bonne étoile, qui crut en lui, quelque part de l'autre côté du Rhin. C'est ainsi que le barbu insolite à la grande toge, qui écumait les rues de N-Y comme un SDF, fut produit et sortit quelques disques extraordinaires, aux orchestrations d'un autre genre... M-O-O-N-D-O-G

mardi 2 juin 2009

Le rSa de A à Z

Libération 29/05/2009
DECRYPTAGE
Le revenu de solidarité active (RSA), qui remplace entre autres le RMI, entre en vigueur lundi. Même si, en pratique, il est déjà en application dans 34 départements au titre de l’expérimentation. Ce qu'il faut retenir.
Le principe
Le RSA, revenu de solidarité active, est une aide financière pour les personnes qui travaillent mais dont les revenus sont limités. Il remplace le RMI (revenu minimum d’insertion), l’API (allocation de parent isolé), prime de retour à l’emploi et primes d’intéressement proportionnel et forfaitaire à la reprise d’activité.
Qui est concerné ?
Pour prétendre au RSA, voici les prérequis (en dehors des conditions de revenus):
- Comme pour le RMI, il faut être âgé de plus de 25 ans (sauf pour les jeunes parents).
- Et résider en France «de manière stable, effective et permanente».
Selon le gouvernement, trois millions de ménages (dont 1,4 millions de foyers bénéficiaires de minima sociaux) seraient éligibles à cette allocation.
Comment en bénéficier ?
Sur demande, pour les salariés à revenus modestes. Pour bénéficier du premier versement, le 6 juillet prochain, les dossiers doivent être déposés au plus tard le 15 juin à la Caf, la MSA ou au Conseil général.
Pour savoir si vous êtes «éligible», plusieurs possibilité :
- par Internet : sur le site de la Caf, de la msa ou le site officiel www.rsa.gouv.fr
- par téléphone: en appelant le 39 39 (coût d’une communication locale depuis un poste fixe et inclus sans surtaxe dans les forfaits mobiles)
Automatique, pour les bénéficiaires des minima sociaux. Le RSA sera automatiquement versé à compter du 6 juillet, à la place du RMI et de l’API. Il n'y a pas de démarche à faire.
Pendant combien de temps?
Il n’y a pas de limitation de durée. Le RSA est présenté comme un dispositif durable, permettant de cumuler revenu et allocation aussi longtemps que nécessaire. Le montant diminue à mesure qu’augmentent les revenus professionnels du bénéficiaire.
Selon Martin Hirsch, l’instigateur du RSA, les bénéficiaires du RSA gagneront «en moyenne 110 euros en plus par mois».
Pour les sans-emploi, le RSA donne-t-il les mêmes droits que le RMI ?
En dehors de l’allocation proprement dite, les bénéficiaires du RMI disposaient de droits connexes, accordés d’office (aides au transport, centres de loisir, restauration scolaire, aides aux vacances….) Désormais, avec le RSA, ce n’est pas le statut qui détermine les avantages mais les revenus disponibles. L’objectif étant ainsi d’éviter les effets de seuils.

Concernant la couverture maladie universelle, le dégrèvement de la taxe d’habitation, l’exonération de la redevance télévisuelle, les sans-emploi (jusqu’ici allocataire du RMI) gardent les mêmes droits. Pour les autres, (qui travaillent donc), tout dépend des revenus et de la situation familiale. Exemple: un salarié à temps partiel (800 euros par mois) avec un enfant à charge touche 278 euros de RSA et a droit à la CMU. Et sera redevable de la taxe d’habitation, à hauteur de 25 euros.

Objectifs affichés par le gouvernement
- Le RSA devrait permettre à 700 000 personnes de franchir le seuil de pauvreté (fixé à 800 euros pour ne personne seule). Aujourd’hui, en France, sept millions de personnes vivent avec moins de 800 euros par mois. (Lire sur LibéLille plusieurs témoignages d'allocataires à Maubeuge où le RSA a été expérimenté avant d'être abandonné.)
- Inciter au retour à l’emploi, en cumulant aides et revenus. Objectif: garantir que toute heure travaillée se traduise par plus d’argent dans le porte-monnaie. Avec le RMI, ce n’était pas le cas: en acceptant un temps partiel, un salarié pouvait perdre l’allocation (et les droits connexes) sans pour autant avoir plus d’argent à la fin du mois. Dans certains cas, il n'était pas «rentable» de travailler.
Principales critiques
- Un encouragement à la précarité. La CGT voit dans le RSA «un dispositif pérenne d’assistance généralisée aux entreprises». Cela va encourager «les employeurs à développer le temps partiel, les bas salaires et à ne pas reconnaître le travail par sa juste rémunération». «Pour augmenter le taux d’emploi et réduire la pauvreté, il faut plus qu’un RSA», poursuit la CGT qui propose «une taxation sur le travail précaire» et «l’abrogation de l’inique paquet fiscal».
- Autre inquiétude: la dégradation du contexte économique compromet sérieusement le retour à l’emploi des plus précaires, l’un des principaux objectifs du RSA. C’est ce que montre le rapport final sur l’évaluation des expérimentations du RSA, publié la semaine dernière. (Lire la version pdf)

- Les exclus du RSA: Les jeunes, de moins de 25 ans, pourtant frontalement touchés par la crise, sont exclus du système du RSA.
- Surcharge de travail attendu pour le Pôle emploi (né de la fusion Assedic-Unedic), puisque les allocataires du RSA ont l'obligation d'entreprendre des démarches pour une meilleure insertion sociale et professionnelle. Réponse de Martin Hirsch, dans une interview au Parisien vendredi: on a «prévu une période de transition de neuf mois au cours desquels toutes les personnes concernées seront reçues et orientées afin de bénéficier d'un accompagnement sur mesure.»

dimanche 31 mai 2009

Les mensonges du RSA

Presque rien à rajouter. Une seule question, à quand de vraies mesures de création d'emploi en contrat à durée indeterminé et payés de manière à assurer la vie des gens et non leur survie. Le RSA c'est également un appareil de contrôle et de répression formidable pour contraindre les gens déjà travailleurs précaires à continuer d'accepter des contrats mal payés, à temps partiels pour des durées variables qui parfois ne sont que d'un jour. Le travail à la tâche redevient la norme qu'on connaissait en début de 19 siècle. Tu te lèves tous les jours pour chercher du taf, un jour t'en as mais le lendemain c'est plus qu'incertain. Cette mesure met donc l'accent sur cette logique et occulte complétement les problématiques sociales lourdes qui se développent dans notre société dont par exemple celle du logement. Comment trouver du travail quand t'es SDF voire même comment ne pas le perdre. Le RSA remplace également l'allocation parent isolé. La plupart des bénéficiaires sont des femmes vivant seules avec un plusieurs enfants qui connaissent déjà des problématiques de garde d'enfant ne serait ce que pour la recherche d'emploi. A t on parlé du développement de la constructions de crèches, de logements sociaux, de créations d'emplois pérennes, d'augmentation des salaires, de gel du montant des loyers ?

samedi 30 mai 2009

Le pari du RSA

Le Monde 29/05/09

En dépit de la récession, le revenu de solidarité active (RSA) va remplacer, à compter du 1er juin, comme c'était prévu, le revenu minimum d'insertion (RMI), instauré par Michel Rocard en 1990. C'est une bonne nouvelle et un pari. Le RSA est la grande réforme sociale du quinquennat de Nicolas Sarkozy, comme les 35 heures pour Lionel Jospin et Martine Aubry, entre 1997 et 2002. Quitte à ce que le RSA ait le même effet boomerang que les 35 heures... M. Sarkozy assume ce risque.


C'est il y a quatre ans, en 2005, que Martin Hirsch, alors président d'Emmaüs France, soucieux de faire du combat contre la pauvreté une cause nationale, avait inventé le RSA. Il s'agissait de sortir du "piège à pauvreté" qu'était devenu un RMI dont les bénéficiaires avaient intérêt à ne pas travailler pour ne pas perdre leurs prestations. Avec le RSA, qui a été expérimenté depuis plus d'un an dans 33 départements et concerne 3,1 millions de foyers (6,8 millions de personnes), se met en place un outil juste et astucieux qui favorisera le retour à l'emploi en garantissant un revenu tiré du travail supérieur à celui de l'assistance.

Devenu haut-commissaire aux solidarités actives, après avoir fait inscrire son RSA dans le programme présidentiel de Ségolène Royal, M. Hirsch s'est battu avec énergie pour faire passer une réforme qui prenait à rebrousse-poil une grande partie de la droite, jusqu'au sein du gouvernement. Il a ainsi obtenu un financement par une taxe sur les revenus de patrimoine et de placement qui, bouclier fiscal oblige, exonère, au grand dam de la gauche et des syndicats, les plus hauts revenus.

Le RSA est une réforme socialement juste qui a besoin de la croissance pour être efficace économiquement. Sa mise en oeuvre en pleine récession est à hauts risques. M. Hirsch espère que le RSA va soutenir le pouvoir d'achat des travailleurs pauvres, avec la distribution de 1,5 milliard d'euros en année pleine à des bénéficiaires prompts à consommer. Le nouvel outil devrait ainsi jouer d'abord un rôle d'amortisseur face au choc de la crise.

Le pari sera d'autant plus difficile à tenir que Pôle emploi a les pires difficultés, alors que le chômage explose, à remplir ses missions d'accompagnement personnalisé des chômeurs. Alors que de 300 000 à 400 000 demandeurs de RSA vont solliciter Pôle emploi d'ici un an, il est déjà débordé. L'autre effet pervers tient à la qualité des emplois offerts. En temps de crise, le patronat sera tenté de faire du RSA une trappe à bas salaires. Si, au final, la réforme devait réduire la pauvreté au profit de la précarité, le pari serait perdu.