mardi 24 mars 2009
Des Professions Délirantes
Paul Valéry, 1992, Monsieur Teste, Paris, Gallimard.
jeudi 19 mars 2009
mercredi 18 mars 2009
Pour ces rivages
Est-ce le vent de l'imprudence qui souffle au devant des falaises et plonge dans sa chute, vertigineuse et lente, le refrain violent de la mort à la renaissance?
mardi 17 mars 2009
lundi 16 mars 2009
Un entretien entre Pierre Assouline et Claude Lanzmann
Jamais d'autre que toi (Robert Desnos- Alain Bashung)
Jamais d’autre que toi en dépit des étoiles et des solitudes
En dépit des mutilations d’arbre à la tombée de la nuit
Jamais d’autre que toi ne poursuivra son chemin qui est le mien
Plus tu t’éloignes et plus ton ombre s’agrandit
Jamais d’autre que toi ne saluera la mer à l’aube
quand fatigué d’errer moi sorti des forêts ténébreuses
et des buissons d’orties je marcherai vers l’écume
Jamais d’autre que toi ne posera sa main sur mon front et mes yeux
Jamais d’autre que toi et je nie le mensonge et l’infidélité
Ce navire à l’ancre tu peux couper sa* corde
Jamais d’autre que toi
L’aigle prisonnier dans une cage ronge lentement les barreaux de cuivre vert-de-grisés
Quelle évasion !
C’est le dimanche marqué par le chant des rossignols dans les bois [d'un] vert tendre
l’ennui des petites filles en présence d’une cage où s’agite un serin,
tandis que dans la rue solitaire
le soleil lentement déplace sa ligne mince sur le trottoir chaud
Nous passerons d’autres lignes
Jamais jamais d’autre que toi
Et moi seul seul seul comme le lierre fané des jardins de banlieue
seul comme le verre
Et toi jamais d’autre que toi.
Robert Desnos, 1927, Corps et Biens, Les ténèbres.
jeudi 12 mars 2009
Le monde du meshugah
mardi 10 mars 2009
Le monde du meshugah
lundi 9 mars 2009
L'histoire d'un couple
dimanche 1 mars 2009
"Capitalisme et pulsion de mort", de Gilles Dostaler et Bernard Maris : les banquiers sur le divan de Freud
Accusé d'avoir dérégulé à tout-va pendant dix-huit ans et d'avoir laissé la bride sur le cou aux banquiers, l'ex-président de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan, auditionné il y a quelques semaines par le Congrès à propos de la crise financière, eut cette phrase étonnante. Sa principale erreur, avoua le banquier des banquiers, a été de "croire que le sens des banquiers de leur propre intérêt était la meilleure protection".
A quoi obéissent donc les banquiers et, au-delà, les différents acteurs du capitalisme, si ce n'est à leur intérêt ? Sigmund Freud (1856-1939) avait sa réponse : à une "pulsion de mort", écrit-il dans Au-delà du principe de plaisir (1920). A un amour irrationnel de l'argent, répond l'économiste John Maynard Keynes (1883-1946) dans plusieurs de ses écrits.
Les deux explications semblent divergentes. En réalité, elles se rejoignent, et c'est le mérite de Capitalisme et pulsion de mort, le livre érudit de l'économiste Bernard Maris et de l'historien Gilles Dostaler (spécialiste de Keynes), de rapprocher la pensée du père de la psychanalyse et celle de l'économiste britannique.
Freud est convaincu qu'au plus profond de l'individu se niche "l'humaine pulsion d'agression et d'auto-anéantissement". Celle-ci couve en nous et affronte sans cesse la pulsion de vie qui pousse les individus à s'unir à d'autres pour "assurer la survie de l'espèce".
Avec Keynes, on change d'angle de vue mais pour arriver, à partir d'autres outils, au même constat. La pulsion de mort, c'est l'amour de l'argent. S'il apaise notre inquiétude, l'argent est aussi "le problème moral de notre temps". A travers la concurrence entre nations - ferment du capitalisme - ou entre classes sociales, l'argent, écrivent les auteurs du livre, nourrit une "guerre interminable" qui menace la survie de la nature autant que celle de l'homme. Et de citer cette phrase de Keynes : "Nous serions capables d'éteindre le soleil et les étoiles parce qu'ils ne rapportent aucun dividende."
L'état actuel de la planète confirme, selon les auteurs, le diagnostic de Freud et de Keynes. La mondialisation, loin d'être pacifique, engendre des conflits armés entrevus par Freud lorsqu'il parlait du "narcissisme des petites différences". Quant à la crise financière, elle est venue confirmer la place excessive prise par l'argent. Keynes souhaitait "l'euthanasie du rentier". A l'heure où rebondit le débat sur une nouvelle répartition de la valeur ajoutée entre le travail et le capital, le thème redevient d'actualité. Il était temps.
Jean-Pierre Tuquoi
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CAPITALISME ET PULSION DE MORT de Gilles Dostaler et Bernard Maris. Albin Michel.
Le glas a sonné pour le libéralisme sauvage, par Robert Castel
Ce que nous sommes en mesure de comprendre à travers la crise qui nous affecte actuellement ne devrait pas constituer un scoop. Elle rend manifeste le fait que, laissé à lui-même, le marché conduit à la catastrophe. Déjà dans son analyse de l'implantation du capitalisme industriel, La Grande Transformation (Gallimard, 1983), paru en 1944, Karl Polanyi a montré que ce qu'il appelle le "marché autorégulé", c'est-à-dire laissé à sa propre dynamique, détruit les anciennes formes de régulation qui structuraient les sociétés préindustrielles et empêche d'en constituer de nouvelles.
Cependant, le marché "autorégulé" n'était pas parvenu à imposer son hégémonie, du moins dans les démocraties d'Europe occidentale, parce que s'y sont construits des systèmes de protection sociale assez forts pour lui faire contrepoids. C'est la substance du "compromis social" du capitalisme industriel. Sous l'égide de l'Etat, il limitait la juridiction du marché en l'équilibrant par des droits, droit du travail et protection sociale, afin d'assurer une sécurité minimale pour les travailleurs et les citoyens au nom de la solidarité et de la paix sociale.
Mais depuis une trentaine d'années, nous sommes entrés dans un nouveau régime du capitalisme qui entend faire fi de tous ces obstacles au libre déploiement du marché. On nous répète inlassablement que les régulations sociales plombent la compétitivité des entreprises et que, pour jouer pleinement le jeu de la concurrence dans une économie mondialisée, il faut reconquérir la liberté du travail contre les servitudes du droit.
Ce ne sont pas là de purs discours portés par les chantres du libéralisme. On assiste à une remarchandisation rampante de larges secteurs de la société et, au premier chef, du monde du travail. Elle entraîne le chômage de masse (car ce capitalisme est incapable d'assurer le plein-emploi), la précarisation des relations de travail, le retour sur le devant de la scène de la vieille figure du travailleur pauvre, la multiplication de situations bâtardes comme celle des bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA) ou des "contrats aidés", qui sont à moitié des travailleurs, mais, parce qu'ils travaillent sous des formes dégradées et mal rémunérées, doivent être en même temps à moitié des assistés dépendant des secours.
Un nouveau précariat prend ainsi place dans notre société. Il rassemble tous ceux, et ils sont de plus en plus nombreux, qui occupent en permanence des activités intermittentes, à temps partiel, bien en deçà de l'emploi classique, et qui sont incapables d'assumer par eux-mêmes un minimum d'indépendance économique et sociale. En même temps, l'insécurité sociale est de retour avec le souci lancinant de devoir à nouveau "vivre au jour la journée" dans l'incertitude des lendemains.
Dans ce contexte, la crise que nous vivons a suscité un retournement d'attitude qui pourrait paraître comique si la situation n'était pas si grave. Les mêmes qui, hier (y compris parmi ceux qui nous gouvernent), déploraient que l'on n'allait pas assez loin ni assez vite dans le sens des réformes ou des contre-réformes libérales, qui affirmaient que notre société est trop protégée, notre Etat social trop pesant, nos régulations sociales trop fortes - ceux-là aujourd'hui, président de la République en tête, en appellent à l'Etat, au volontarisme politique et à l'argent public pour faire face au cataclysme. Ils prétendent même vouloir refonder le capitalisme en le moralisant.
Mais moraliser le capitalisme est un non-sens. Le capitalisme est amoral par nature. Il ne se soucie pas d'éthique ni de solidarité, mais de compétitivité, d'efficience et de profits, et ce faisant il est parfaitement dans son rôle. On ne peut pas changer la logique interne du capitalisme. Mais on ne peut pas davantage éluder sa présence et sa puissance. Il faut avoir la lucidité de reconnaître que nous sommes, et pour longtemps, dans une société capitaliste, et que le marché est une composante essentielle de la modernité. Dès lors, sauf à faire la révolution (mais qui la fera ?), le problème est de vivre avec le marché sans être dévoré par lui.
La crise actuelle nous montre comment et pourquoi on est dévoré par le marché : en le laissant s'emballer lui-même. En ce sens, le rôle joué par le capital financier dans le déclenchement de la tempête est hautement significatif, mais il faut se garder de l'autonomiser. Le capital financier est la pointe avancée du nouveau régime du capitalisme, et les graves dysfonctionnements produits à ce niveau entraînent la dégradation de l'"économie réelle".
Mais il faut aussi lire la logique qui a mené à cette crise en sens inverse. Elle trouve son origine dans les dérégulations qui affectent depuis les années 1970 l'économie réelle, l'organisation du travail et les protections sociales. L'effritement des remparts qui avaient été dressés contre l'hégémonie du marché s'est produit d'abord à ce niveau.
Dès lors, pour affronter cette crise, il ne suffit pas de dénoncer les banquiers et les traders ripoux, de supprimer les paradis fiscaux ou de recapitaliser les banques avec l'argent public, avant de repartir du même pied. Il faudrait, pour reprendre l'expression de Karl Polanyi, domestiquer le marché, ce qui ne se réduit nullement à le moraliser : lui imposer des limites, l'encadrer par des droits, et rééquilibrer les profits du capital par les exigences de la justice sociale et de la solidarité.
Ce n'est sans doute pas une solution héroïque et ça ne promet pas des lendemains qui chantent. Mais la crise actuelle a au moins le mérite de montrer que l'ubris du capital conduit à la catastrophe et elle a dessillé les yeux de beaucoup. Elle sonne le glas d'un libéralisme sauvage qui vient de révéler toute sa nocivité.
Que faire de cette prise de conscience ? A minima et entre autres, reprendre et poursuivre avec détermination le chantier de la lutte contre la précarisation du travail et la dégradation de l'emploi, qui représentent aujourd'hui un terrain stratégique pour domestiquer le marché.
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Robert Castel est sociologue, auteur de "L'Insécurité sociale" (Seuil, 2003) et de "La Discrimination négative, citoyens ou indigènes ?" (Seuil, 2007).
