mercredi 10 septembre 2008

Après 1829


It's safer trusting fear than faith... [il vaut mieux se fier à la peur qu'à la confiance]. Bien se souvenir que je ne vis pas dans ma patrie ni au milieu d'êtres semblables à moi, mais que, à cause d'un destin sévère et singulier, que seule la connaissance peut rendre supportable, je dois vivre parmi des étrangers, plus étrangers que des Chinois pour les Européens, parmi les oiseaux, parmi les bipedes, des hombres que no lo son [hommes qui n'en sont pas]. Certains comprennent fortuitement le homo homini lupus de Plaute, j'ai dû le comprendre d'instinct. On craint les animaux dangereux sans les haïr, j'en dirais autant des hommes. Je ne veux pas être [celui qui hait les hommes] mais [celui qui méprise les hommes]. Pour pouvoir mépriser ceux qui le méritent, les cinq sixièmes de l'humanité, la première condition est de ne pas les haïr; il ne faut donc pas laisser sourdre en soi la haine, car on ne méprise pas totalement ce que l'on hait. La meilleure façon de se garder de haïr les hommes est justement de les mépriser, mais d'un mépris vraiment profond, issu d'une vision lucide de l'incroyable petitesse de leurs sentiments, des limites de leur intelligence et de l'égoïsme sans bornes de leur coeur, sources d'injustice, d'envie et d'une méchanceté allant parfois jusqu'à la cruauté. 

Arthur Shopenhauer, A soi-même, trad. de l'allemand par Guy Fillion, Cahors: L'anabase  

mardi 9 septembre 2008

L'oeuvre de George Orwell sur le Net

Liens intéressants vers les oeuvres de George Orwell:




http://www.george-orwell.org/



Yugoslavia Team Preview for 1990 World Cup

L'équipe Yougoslave dotée de ces quatre étoiles Zlatko Vujovic, Safet Susic, Dragan Stojkovic, Robert Prosineki, chutera finalement en quart de finale de la coupe du monde 1990, aux tirs au but, face à l'Argentine de Maradona...

Finale Coupe de France 1987

Parmi les grandes heures de Bordeaux celle du buteur Zlatko Vujovic... Une finale qui réunit les personnalités footbalistiques de l'époque: le moustachu Claude Bez, Aimé Jacquet et l'heureux gagnant de la récente "indemnité nationale", Bernard Tapie... On aperçoit d'autre part, sur le terrain, Alain Roche, José Touré, Jean-Marc Ferreri, Joseph-Antoine Bel, etc.

dimanche 7 septembre 2008

Tom Waits Press Conference

La tournée estivale de Tom Waits aux Etats-Unis suivra les traits d'une constellation dont l'acronyme -"PEHDTSCKJMBA"- permet de situer les villes dans lesquelles le chanteur se produira! Rêve ou Réalité?

The Times !

The Times ouvre ses d'archives, 200 ans d'histoire... De 1785 à 1985!

http://archive.timesonline.co.uk/tol/archive/

Carmensita (Devendra Banhart)

Gare au "contrat d'avenir" !

Pendant des années Béatrice a bossé comme secrétaire à mi-temps: 22 heures par semaines, payées 645 euros par mois. La jeune femme, qui souffre de déficience visuelle, touchait une "allocation adulte handicapé" de 388 euros. A la fin de 2007, Béatrice pense gagner plus de sous en signant un"contrat d'avenir", ces contrats aidés, lancés par Borloo avant l'élection présidentielle pour réduire les chiffres du chômage. Employée dans un établissement scolaire, Béatrice travaille désormais 26 heures par semaine, pour 783 euros. Sauf qu'on lui a, du même coup, sucré la totalité de son allocation! En turbinant quatre heures de plus par semaine, elle croyait gagner 183 euros de plus. Erreur: elle en touche 250 de moins par mois. Bonjour l'arnaque! Personne n'avait averti Béatrice de ce léger "détail", prévu par une loi de mars 2006: un handicapé qui signe un "contrat d'avenir" voit son alloc' réduite du montant de l'aide versée par l'Etat à l'employeur. En clair, les biftons, c'est pour le patron! Dire que Sarkozy a promis le 10 juin dernier, de transformer l'aide aux handicapés en "tremplin vers l'emploi"...
Isabelle Barré, 30 juillet 2008, Le Canard Enchaîné.

samedi 6 septembre 2008

Plaidoirie

Ils sont encore inconnus mais ils écrivent déjà quelque part, sur des bouts de papier, dans un coin de leurs têtes, les plus belles pages qui soient. On les reconnaitra plus tard à travers l'éclat noir de leur plume, témoins de cette misère qui gangraine leur époque. Ils vivent du silence et de la poésie, des vieux os de la littérature, du gargouillement de leur ventre, de leur ombre le soir pendant la promenade. Ils ont fait tous les métiers, courbés l'échine au prix de leur amour-propre. Les yeux noirs de cernes et la bouche pleine de mots nouveaux ils murmurent tout bas. On peut les surprendre à parler seuls comme des cloches. Ne vous y fiez pas car ils incarnent la haine d'aujourd'hui et l'invention de demain. Ils portent sur ce monde qui les entoure le regard lucide de l'être-jeté dans la boue. Ils habitent sous les toits, comme en 1888. Balzac ou Zola, Rimbaud, Verlaine, ils connaissent ceux-là. (Les Tenardier sont leurs voisins. Ils ont aujourd'hui un 4x4 à crédit, ils roulent à fond pour le plaisir, leur maison elle aussi est à crédit, la fille de 16 ans se prostitue depuis l'âge de 10 ans en rêvant de faire de la télé!) A côté sur les trottoirs désertés marchent des Hommes de nulle part et de toutes les époques. Ils comparent l'histoire, racontent tout bas ce que taisent les journaux. Ces hommes dont je parle, forment un peuple, pas une tribu. Un peuple qui n'a pas de nom, qui s'ignore. Un peuple qui n'a pas pris la parole en ce nom. Ils ne font pas de la littérature, du théâtre lyophilisé. Ils savent l'éphémère qu'ils conjuguent à tous les temps. Ils traînent devant les cafés, jadis sordides, ceux qui sentent aujourd'hui la javel. Ils n'ont de toute façon plus de fric pour entrer. Leur royaume est dehors, leurs chroniques sont les saisons. Pas dans le ciel et la rêverie mais le bitume et le sol. Devant cette morale pudibonde, qui sent si bon la rosette et le sermon. Loin des églises, des lieux de prières quel qu'ils soient. Ils sont autonomes. Ils s'opposent à la croyance. Car ces moins-que-rien, contrairement à l'opinion, ces étrangers, sont les garants de la raison.

vendredi 5 septembre 2008

En passant près de l'école

A mon grand ami D. qui évolua lui aussi dans l'une de ces cours d'école...
J’avais sans doute alors dix ans, j’étais élève à l’école primaire du quartier. A quoi tenait le dessein de mon existence ? Je rêvais indéniablement comme un enfant triomphant des succès remportés au football dans la cour de son école. Je me souviens du soleil qui frappait à midi, à partir du printemps, du bonheur et de la chaleur qui m’envahissaient communément lorsque j’entrai dans ce théâtre quotidien. La lumière se manifestait également par la bonté des copains qui saluaient l’entrée d’un des leurs sur le terrain. En ce temps-là nous jouions contre les grands sous l’égide de la Sainte-Marie qui servait occasionnellement de poteau à l’un des buts que nous établissions. Mon grand-père nous déposait, mon frère et moi, une demie-heure avant la reprise de 13h30. C’était notre plaisir d’être là en avance car nous voulions profiter au maximum de ce temps de jeu. Comme chacun, j’avais hérité du nom d’un joueur qui évoluait dans le championnat national. On me prêta ainsi le nom de « Safet Susic » qui jouait alors dans l’un des clubs de la capitale. Je fus baptisé plus tard - à mon grand regret, « Yougo », en référence à la nationalité de ce dernier. Nous étions alors ostensiblement les meilleurs, les maîtres incontestés de la terre devant l’enfantement du ballon et le regard bienveillant de la Vierge. Tout se jouait là, car nous mimions avec tant de démesure, d’application, de légèreté et de gravité, notre perspective sur l’entrebâillement grotesque du monde adulte. C’est à travers l’exercice du football que nous devenions des "Hommes", des "Mench", que nous étions amenés à le devenir, dans un rapport exclusif « entre-soi », puisque cette cour de bitume fut de tout temps réservée aux garçons, même en cette fin des années 80. Mais parallèlement à tout cela, je garde l’image d’une expérience malheureuse éprouvée à cette époque. Je me souviens avoir pensé ces instants, qui suivaient l’appel retentissant de la cloche, observé la froideur jetée par ces secousses métalliques. Cette cour n’était que le théâtre d’un exutoire derrière lequel nous chutions et redevenions des enfants, soumis aux règles d’un autre ordre, d’un autre temps. Je me souviens avoir ressenti, au fond de moi, cette violente tristesse, ce sentiment d’injustice, comme enlevé ou arraché à la promesse de vivre pour le bonheur. J’éprouvais physiquement cet abandon au moment où l’ombre du bâtiment, tel un couperet, venait froidement s’abattre sur ma nuque et lorsque nous étions inviter à rentrer dans les rangs avant de monter vers la classe. J’associais l’école à cette froideur, à ces instants passés dans l’ombre d’un établissement austère. Cette impression brève est restée pour moi représentative et à jamais constitutive d’une ancre référentielle, d’un langage inoubliable et fondamental.
Y.

Astrakan Café (Anouar Brahem)

Pour Younes, Dominique et Olivier...

Ronaldo - Figure paroxystique de l'éclopé

Ronaldo est connu et reconnu pour ses dribles et sa vitesse, son poids, ses amours avec le public madrilènes mais aussi pour ses nombreuses blessures. Il représente aussi et de manière évidente la figure de l'Eclopé par excellence. Un prix devrait à ce titre lui être décerné pour cette blessure survenue avant un match, en 2007, alors que l'équipe milanaise s'entraînait. Le joueur semble avoir répondu à une provocation ou à un jeu de séduction entamé par des supporters émoustillés par quelques jonglages réalisés auprès des autres techniciens de l'AC Milan. A quoi le brésilien répondit d'un gros shoot puissant vers les tribunes... Ce boulet de canon eut pour seul effet de clouer au sol son abruti d'auteur, se tenant la jambe de douleur, sous les huées de la foule écoeurée par ce coup de théâtre.