mardi 27 novembre 2007
L'éclopé
Nietzsche (1844-1900)
Philosophe Allemand, né le 15 octobre 1844 à Röcken, Prusse, près de Lützen, mort le 25 août 1900 à Weimar.
dimanche 25 novembre 2007
Framboise
Elle s'appelait Françoise,
Mais on l'appelait Framboise !
Une idée de l'adjudant
Qui en avait très peu, pourtant,
(des idées)...
Elle nous servait à boire
Dans un bled du Maine-et-Loire ;
Mais ce n'était pas Madelon...
Elle avait un autre nom,
Et puis d'abord pas question
De lui prendre le menton...
D'ailleurs elle était d'Antibes !
Quelle avanie !
Avanie et Framboise
Sont les mamelles du Destin !
Pour sûr qu'elle était d'Antibes !
C'est plus près que les Caraïbes,
C'est plus près que Caracas.
Est-ce plus loin que Pézenas ?
Je n'sais pas :
Et tout en étant Française,
L'était tout de même Antibaise :
Et bien qu'elle soit Française,
Et, malgré ses yeux de braise,
Ça ne me mettait pas à l'aise
De la savoir Antibaise,
Moi qui serais plutôt pour...
Quelle avanie...
Avanie et Framboise
Sont les mamelles du Destin !
Elle avait peu d'avantages :
Pour en avoir d'avantage,
Elle s'en fit rajouter
A l'institut de beauté
(Ah - ahah ! )
On peut, dans le Maine-et-Loire,
S'offrir de beaux seins en poire...
L'y a à l'institut d'Angers
Qui opère sans danger :
Des plus jeunes aux plus âgés,
On peut presque tout changer,
Excepté ce qu'on ne peut pas...
Quelle avanie...
Avanie et Framboise
Sont les mamelles du Destin !
"Davantage d'avantages,
Avantagent d'avantage"
Lui dis-je, quand elle revint
Avec ses seins Angevins...
(deux fois dix ! )
"Permets donc que je lutine
Cette poitrine angevine..."
Mais elle m'a échappé,
A pris du champ dans le pré
Et je n'ai pas couru après...
Je ne voulais pas attraper
Une Angevine de poitrine !
Moralité :
Avanie et mamelles
Sont les framboises du Destin !
(Boby Lapointe, 1960)
Une Image
Une robe Gaultier bien serrée et son rouge au coin du bec
Elle a claqué l'escalier alors la nuit l'a emportée
Une image comme une autre, un mirage des nuits d'ici
Une image dans une autre, un mirage des nuits de Paris
Elle glissait dans la musique en éclairant les regard
Elle tordait son corps en tournant pour noyer sa tête
On aurait dit une image de pub
Une de celles qui font croire au bonheur
Elle riait de toutes ses dents
Les dix doigts plantés dans l'instant
Elle rentrait seule au petit matin
Poudrer son nez dans son miroir (snifff...)
En regardant couler des larmes qu'elle oubliera dès ce soir
Une robe Gaultier bien serrée et son rouge au coin du bec...
(Mano Solo, 1995)
Les Endurants
Au dessus de l'amour plane un vent pour nous les vautours
Les endurants
(Mano Solo, 2007)
Les résistants à la face du temps
Enfantin du soir au matin ça nous va bien
C'est pas avec un six coups mais avec six cordes pour le coup
Qu'on avance en avalanche dans l'arène de la glu
On y laissera nos pompes et la crosse de nos fusils
Goya ne nous peindra plus
Y'a longtemps qu'on l'a laissé pour foutu
Sur le pavé d'un enfer doré les flammes de nos plaisirs
Brûlent encore au fond des désirs
Il y aura toujours le sens du vent pour savoir contre quoi lutter
On y reconnaîtra les endurants aux flammes qu'ils ont sous leurs pieds
On remontera cent fois la ruine sur nos habits
Des villes entières qu'on y a construit
Pour les foutre en l'air avec appétit
On est pas près de sécher l'encre notre navire n'est qu'un ventre
Où tout se digère ou tout s'exagère
La vie n'est qu'une passagère d'un élan beaucoup plus fort
Notre corps n'est qu'une artère le boulevard de l'éternel effort
Nous ne sommes que des hommes de fer
Sur lesquels glissent les pauvres guerres
Même les yeux ne peuvent nous suivre
Quand ils se ferment ils cessent de vivre
Et notre rêve les engloutit
Je me souviens de la Boheme (Mano Solo - Têtes Raides)
Je me souviens de la bohème
De mes amours de ce temps-là
Ô mes amours, j'ai tant de peine
Quand refleurissent les lilas
Qu'est ce que c'est que cette antienne ?
Qu'est ce que c'est que cet air-là ?
Ô mes amis, j'ai trop de peine
Le temps n'est plus de la bohème
Au diable soient tous les lilas !
Il pleut dans le petit jour blème
Il pleut, nous n'irons plus aux bois
Toutes les amours sont les mêmes
Les morts ne ressuscitent pas
Il pleut dans le petit jour blème
Il pleut, nous n'irons plus aux bois
Toutes les amours sont les mêmes
Un vieil orgue comme autrefois
Joue essoufflé la Marjolaine
Ô mes amours de ce temps là
Jamais les mortes ne reviennent
Elles dorment dans les lilas
Où les oiseaux chantent ma peine
Sous les lilas qu'on a mis là
Les jours s'en vont et les semaines
Ô mes amours, priez pour moi !
Ô mes amours, priez pour moi !
(F.Lemarque, 1994)
samedi 24 novembre 2007
Auprès de mon arbre
J'ai plaqué mon chêne
Comme un saligaud
Mon copain le chêne
Mon alter ego
On était du même bois
Un peu rustique un peu brut
Dont on fait n'importe quoi
Sauf naturell'ment les flûtes
J'ai maint'nant des frênes
Des arbres de judée
Tous de bonne graine
De haute futaie
Mais toi, tu manque à l'appel
Ma vieille branche de campagne
Mon seul arbre de Noël
Mon mât de cocagne
Auprès de mon arbre
Je vivais heureux
J'aurais jamais dû
M'éloigner d' mon arbre
Auprès de mon arbre
Je vivais heureux
J'aurais jamais dû
Le quitter des yeux
Je suis un pauvr' type
J'aurais plus de joie
J'ai jeté ma pipe
Ma vieill' pipe en bois
Qu'avait fumé sans s' fâcher
Sans jamais m'brûlé la lippe
L'tabac d'la vache enragée
Dans sa bonn' vieill' têt' de pipe
J'ai des pip's d'écume
Ornées de fleurons
De ces pip's qu'on fume
En levant le front
Mais j'retrouv'rai plus ma foi
Dans mon cœur ni sur ma lippe
Le goût d'ma vieill' pipe en bois
Sacré nom d'un' pipe
Auprès de mon arbre
Je vivais heureux
J'aurais jamais dû
M'éloigner d' mon arbre
Auprès de mon arbre
Je vivais heureux
J'aurais jamais dû
Le quitter des yeux
Le surnom d'infâme
Me va comme un gant
D'avecques ma femme
J'ai foutu le camp
Parc' que depuis tant d'années
C'était pas un' sinécure
De lui voir tout l'temps le nez
Au milieu de la figure
Je bas la campagne
Pour dénicher la
Nouvelle compagne
Valant celles-là
Qui, bien sûr, laissait beaucoup
Trop de pierr's dans les lentilles
Mais se pendait à mon cou
Quand j'perdais mes billes
Auprès de mon arbre
Je vivais heureux
J'aurais jamais dû
M'éloigner d' mon arbre
Auprès de mon arbre
Je vivais heureux
J'aurais jamais dû
Le quitter des yeux
J'avais un' mansarde
Pour tout logement
Avec des lézardes
Sur le firmament
Je l'savais par cœur depuis
Et pour un baiser la course
J'emmenais mes bell's de nuits
Faire un tour sur la grande ourse
J'habit' plus d' mansarde
Il peut désormais
Tomber des hall'bardes
Je m'en bats l'œil mais
Mais si quelqu'un monte aux cieux
Moins que moi j'y paie des prunes
Y a cent sept ans qui dit mieux,
Qu' j'ai pas vu la lune
Auprès de mon arbre
Je vivais heureux
J'aurais jamais dû
M'éloigner d' mon arbre
Auprès de mon arbre
Je vivais heureux
J'aurais jamais dû
Le quitter des yeux
(G. Brassens, 1955)
Tetes Raides - Hexagone
Ils s'embrassent au mois de Janvier,
car une nouvelle année commence,
mais depuis des éternités
l'a pas tell'ment changé la France.
Passent les jours et les semaines,
y a qu'le décor qui évolue,
la mentalité est la même :
tous des tocards, tous des faux culs.
Ils sont pas lourds, en février,
à se souvenir de Charonne,
des matraqueurs assermentés
qui fignolèrent leur besogne,
la France est un pays de flics,
à tous les coins d'rue y'en a 100,
pour faire règner l'ordre public
ils assassinent impunément.
Quand on exécute au mois d'mars,
de l'autr' côté des Pyrénées,
un arnachiste du Pays basque,
pour lui apprendre à s'révolter,
ils crient, ils pleurent et ils s'indignent
de cette immonde mise à mort,
mais ils oublient qu'la guillotine
chez nous aussi fonctionne encore.
Etre né sous l'signe de l'hexagone,
c'est pas c'qu'on fait d'mieux en c'moment,
et le roi des cons, sur son trône,
j'parierai pas qu'il est all'mand.
On leur a dit, au mois d'avril,
à la télé, dans les journaux,
de pas se découvrir d'un fil,
que l'printemps c'était pour bientôt,
les vieux principes du seizième siècle,
et les vieilles traditions débiles,
ils les appliquent tous à la lettre,
y m'font pitié ces imbéciles.
Ils se souviennent, au mois de mai,
d'un sang qui coula rouge et noir,
d'une révolution manquée
qui faillit renverser l'Histoire,
j'me souviens surtout d'ces moutons,
effrayés par la Liberté,
s'en allant voter par millions
pour l'ordre et la sécurité.
Ils commémorent au mois de juin
un débarquement d'Normandie,
ils pensent au brave soldat ricain
qu'est v'nu se faire tuer loin d'chez lui,
ils oublient qu'à l'abri des bombes,
les Francais criaient "Vive Pétain",
qu'ils étaient bien planqués à Londres,
qu'y avait pas beaucoup d'Jean Moulin.
Etre né sous l'signe de l'hexagone,
c'est pas la gloire, en vérité,
et le roi des cons, sur son trône,
me dites pas qu'il est portugais.
Ils font la fête au mois d'juillet,
en souv'nir d'une révolution,
qui n'a jamais éliminé
la misère et l'exploitation,
ils s'abreuvent de bals populaires,
d'feux d'artifice et de flonflons,
ils pensent oublier dans la bière
qu'ils sont gourvernés comme des pions.
Au mois d'août c'est la liberté,
après une longue année d'usine,
ils crient : "Vive les congés payés",
ils oublient un peu la machine,
en Espagne, en Grèce ou en France,
ils vont polluer toutes les plages,
et par leur unique présence,
abîmer tous les paysages.
Lorsqu'en septembre on assassine,
un peuple et une liberté,
au cœur de l'Amérique latine,
ils sont pas nombreux à gueuler,
un ambassadeur se ramène,
bras ouverts il est accueilli,
le fascisme c'est la gangrène
à Santiago comme à Paris.
Etre né sous l'signe de l'hexagone,
c'est vraiment pas une sinécure,
et le roi des cons, sur son trône,
il est français, ça j'en suis sûr.
Finies les vendanges en octobre,
le raisin fermente en tonneaux,
ils sont très fiers de leurs vignobles,
leurs "Côtes-du-Rhône" et leurs "Bordeaux",
ils exportent le sang de la terre
un peu partout à l'étranger,
leur pinard et leur camenbert
c'est leur seule gloire à ces tarrés.
En Novembre, au salon d'l'auto,
ils vont admirer par milliers
l'dernier modèle de chez Peugeot,
qu'ils pourront jamais se payer,
la bagnole, la télé, l'tiercé,
c'est l'opium du peuple de France,
lui supprimer c'est le tuer,
c'est une drogue à accoutumance.
En décembre c'est l'apothéose,
la grande bouffe et les p'tits cadeaux,
ils sont toujours aussi moroses,
mais y a d'la joie dans les ghettos,
la Terre peut s'arrêter d'tourner,
ils rat'ront pas leur réveillon;
moi j'voudrais tous les voir crever,
étouffés de dinde aux marrons.
Etre né sous l'signe de l'hexagone,
on peut pas dire qu'ca soit bandant
si l'roi des cons perdait son trône,
y aurait 50 millions de prétendants.
(Renaud Séchan, 1980)
lundi 19 novembre 2007
jeudi 15 novembre 2007
L'art de créer des liens sur le net, essai sur l'illusion pronétarienne
lundi 12 novembre 2007
L'Eloge de l'amour (Godard, 2001)
_ Connaissez-vous la phrase de Saint-Augustin: "La mesure de l'amour, c'est aimer sans mesure..."
_ Oui.
samedi 10 novembre 2007
Hommage à Jean-Luc Godard
Il était difficile d’imaginer ce qui pouvait nous attendre, après de nombreuses années d’absence et l’hermétisme si entretenu par l’auteur du Mépris et révéré par de sombres adorateurs, issus de petits milieux intellectuels, qui peuplent, je pense, toute bonne ville respectable. Durant la quinzaine, la place revenait à 10 francs ou peut-être moins, bien moins cher que d’habitude. Je me souviens que la petite salle du cinéma de province où je m’étais rendu était pleine et que cela constituait déjà un événement.
Le film s’appelait « L’éloge de l’amour ». Il avait la particularité d’être filmé en partie en couleur, en numérique, puis en noir et blanc, dans un autre format. Cette distinction constituait une manière de différencier le passé (traité en couleur) et le présent (traité en noir et blanc) du récit et de situer l’expérimentation de l’auteur. Je ne saurais pas vraiment que dire de plus au sujet de ce film. Il me semble que le personnage principal, joué par Putzulu, écrivait une thèse d’histoire, quelque chose d’assez fastidieux et ennuyeux, et s’interrogeait sur la Résistance en Europe, au cours de la dernière guerre, et ses fondements et son idéologie. Je me souviens qu’il faisait souvent référence aux écrits de Simone Weil, et par la même occasion, à son attachement et sa conversion au christianisme. Le film suivait ainsi la pensée et les réflexions encore brutes et schématiques du personnage, les amorces et les digressions d’un homme en prise avec l’Histoire et sa compréhension, passant d’une référence à l’autre, comme d’une liane à l’autre, baladé dans une jungle ténébreuse et insoluble. Il était question de la mémoire, du temps, de la vieillesse, de la vérité établie par l’histoire… De son efficacité.Il est possible que j’invente, mais je me souviens avec précision de la projection, qui eut lieu un samedi, au cours de l’après-midi. Je revois la petite salle tapissée de rouge qui s’est vidée avant la fin du film, à mesure qu’il vacillait entre les jeux de couleurs surexposées et poétiques, cadrant la mer et les routes automnales, les citations piquées à la volée, comme des gifles. C'était aussi amusant d'observer le visage des déserteurs qui s’échappaient dans l'ombre, par petits groupes ou courageusement seuls, exaspérés par le spectacle. Il y avait également ceux qui soupiraient en regardant leur montre, comme pour signifier leur empressement et prétexter d’un geste agacé l’urgence d'un rendez-vous. La salle se transforma rapidement en un théâtre exposant tout à la fois le désastre et la magie du cinéma. Nous ne fûmes plus que quelques uns lorsque la lumière réapparut, à peu près une dizaine. Un ou deux spectateurs s’étaient appremment endormis, d'autres avaient pris le parti de rester jusqu’au bout, de suivre ou de comprendre ou parce qu’ils avaient payé leur entrée. D’autres plus navrant encore étaient restés par snobisme, non par égard au maître, mais aux petits cercles bourgeois dont ils faisaient partie. Je fus d'ailleurs stupéfait d’apprendre que le fait de rester et « de ne pas lâcher prise » ne correspondait pas à de l’intérêt, mais plutôt à un acte insidieux de "résistance" qui désignait une forme de discrimination sociale et intellectuelle… Reconnaissons le mérite indéniable de Jean-Luc Godard: celui de nous révéler ce précieux ridicule, chèrement acquis.
J’ai relevé cette phrase magnifique dans la presse, que je vous livre telle quelle :
"Il y a un non sens absurde dans cette authentique quête de sens…"
Magnifique, non?
Vive Godard! Vive la Suisse Libre!
Y-