jeudi 21 mai 2009

Antisémitisme : l’échec d’un chantage

Le Monde Diplomatique (Juillet 2008)


Cette fois, ça n’a pas marché. Depuis le début des années 1990, on ne comptait plus les adversaires de l’impérialisme, du néolibéralisme, des médias dominants…, qualifiés d’antisémites, voire de « nazis » par quelque gardien de l’ordre social. Le prétexte pouvait être léger, inexistant même. Qu’importe : écrasé par la gravité de l’imputation, l’accusé devait aussitôt exciper de ses états de service antiracistes, évoquer la liste de ses amis et parents promptement transformés en cautions de moralité, autopsier un trait d’humour plus ou moins réussi.

Rien n’y faisait. Car seul le tribunal de l’Inquisition et ses juges inamovibles (Alain Finkielkraut, Ivan Rioufol, Alexandre Adler, Philippe Val, Bernard-Henri Lévy) avaient la permission de manier l’irrespect, la provocation, de frôler (ou de franchir) la ligne jaune de la stigmatisation collective. Eux pouvaient justifier — au nom de Voltaire et du droit à la caricature — leurs dérapages sur, par exemple, la couleur des joueurs de l’équipe de France ou l’assimilation de l’islam au terrorisme.

Torquemada n’avait rien à redouter. Quadrillant les médias, il déployait les techniques décrites dans Le Barbier de Séville — « Puis tout à coup, on ne sait comment, vous voyez la calomnie se dresser, siffler, s’enfler, grandir à vue d’œil ; elle s’élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au Ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription ». A une différence près : le « on ne sait comment » de Beaumarchais était dépassé puisque nul n’ignorait à cause de qui Edgar Morin, Pierre Péan et Philippe Cohen, Daniel Mermet, Hugo Chavez, Pascal Boniface, Jacques Bouveresse, Charles Enderlin, Pierre Bourdieu, José Bové… sans oublier Le Monde diplomatique (1), ont été tour à tour suspectés ou accusés d’antisémitisme.

En juillet dernier, un journal qui se voulut autrefois « bête et méchant » — et qui s’ingénie sur ce point à passer du second degré au premier — a entrepris d’ajouter à la liste le caricaturiste Siné. Torquemada, cette fois incarné par Philippe Val, est l’employeur du contrevenant. Il lui a fallu une semaine pour décréter que l’une des chroniques de Siné, publiée, avec son imprimatur, dans Charlie Hebdo était… antisémite. Terrible absence de vigilance ou accusation ciselée pour se débarrasser d’un gêneur, comme le soupçonnent à la fois l’auteur du « délit » et d’autres caricaturistes (Martin, Lefred-Thouron, Willem, Pétillon, Tignous) ? Récalcitrant, le prévenu a refusé de signer la lettre d’aveux que le patron du journal, s’inspirant pour le coup d’une tradition assez peu satirique, avait rédigée pour lui. Il a été congédié. L’affaire aurait pu en rester là, et Siné demeurer au banc d’infamie, lâché par la plupart de ses anciens camarades, sa photo bientôt gommée des albums commémoratifs.

Seulement, cette fois, l’affaire semble se retourner contre ses instigateurs. En marquant leur solidarité avec le dessinateur calomnié, des milliers de personnalités, d’intellectuels, de journalistes et d’anonymes ont signifié que ce manège devait cesser. Et que l’imputation d’antisémitisme, ce « mot qui tue » du débat intellectuel français, ne saurait être utilisée comme argument de convenance ou d’autorité pour discréditer un adversaire trop remuant.

Pierre Rimbert

(1) Bernard-Henri Lévy a reproché à plusieurs reprises au Monde diplomatique de s’être spécialisé dans la dénonciation des « synarchies new-yorkaises ». Cette expression (le mot de « synarchie », qui n’a rien de répréhensible au demeurant, signifie une « autorité exercée par plusieurs personnes ou plusieurs groupements à la fois », selon le dictionnaire Robert), ne figure pas une seule fois dans la banque de données du mensuel depuis 1977…

lundi 18 mai 2009

"L'hôpital doit admettre qu'il coûte cher à la collectivité"

LE MONDE 15.05.09

Jean-Loup Durousset préside la Fédération hospitalière privée (FHP), qui représente 1 200 cliniques et hôpitaux privés à but lucratif. Il explique pourquoi il soutient le projet de loi Hôpital, patients, santé, territoires, qui bouleverse en profondeur les relations entre secteurs public et privé.

Comment réagissez-vous aux concessions du gouvernement sur la gouvernance des hôpitaux publics ?

Nous étions favorables à cette loi, car il est indispensable que l'hôpital se restructure, et assume sa responsabilité d'assurer des soins de qualité dans un modèle économique d'efficience. Les concessions d'aujourd'hui nous inquiètent, car elles pourraient dénaturer le projet originel. Il y a eu une confusion quand le président de la République a parlé de "patron" à la tête de l'hôpital, ce qui donne une vision trop autoritaire de la fonction. Car le directeur d'hôpital est surtout un diplomate : il est en lien avec les médecins, les patients, les autorités ministérielles et l'assurance-maladie. Or, la diplomatie n'a de sens que si on a les moyens d'agir en tant que tel. Il faut que les médecins participent à la gestion hospitalière. Mais je ne suis pas sûr qu'ils soient les mieux éclairés pour décider.

La loi vous reconnaît le droit d'exercer des missions - urgences, gardes, accueil des plus démunis, formation des jeunes médecins - qui relevaient du monopole du secteur public. N'est-ce pas un changement décisif ?

Oui, c'est un cap symbolique, qui constitue l'aboutissement des réformes précédentes de l'hôpital et qui s'incarne dans l'abandon, par le projet de loi, de la notion de "service public hospitalier". L'idée qui a présidé à ce changement, c'est que, quel que soit le statut des établissements, public ou privé, ils doivent pouvoir avoir des missions identiques, et donc partager les missions de service public. L'Etat doit choisir l'acteur le plus performant pour exercer ces missions. Il peut le faire avec un établissement public, associatif, ou commercial. S'il juge le commercial le plus efficient, il a intérêt à le choisir. Pour le patient, cela ne changera rien, au contraire. L'important est qu'il ait la garantie que le service rendu, en termes de qualité de soins, soit le meilleur.

Mais si les cliniques forment les jeunes médecins, est-ce que cela ne va pas accélérer l'exode des médecins vers le privé ?

D'abord, les jeunes ne quittent pas spécialement l'hôpital public à la fin de leurs études. Ils choisissent d'exercer dans le privé, ce qui n'est pas la même chose. Mais, la plupart du temps, les internes ne savent pas dans quel secteur ils vont exercer. Il nous a paru important de présenter aux jeunes médecins l'ensemble des activités que nous exerçons, afin qu'ils se familiarisent avec notre secteur. J'ajoute que certaines spécialités chirurgicales, comme la main ou l'ophtalmologie, ne sont plus exercées qu'à 85 % par le privé. Il est donc important que les jeunes se forment là où ces spécialités sont pratiquées.

Avoir obtenu l'exercice de missions de service public constitue aussi une part de marché supplémentaire pour vous...

Oui, en quelque sorte, mais il faut bien voir que c'est un marché contrôlé par l'Etat. Les pouvoirs publics délivrent les autorisations d'ouverture des cliniques, délimitent le périmètre de chaque établissement avec des objectifs de soins quantifiés, et fixent les tarifs de chaque activité. Les cliniques ne peuvent donc librement doubler leur volume d'activité. C'est totalement une idée reçue.

Diriez-vous que le projet de loi tend à aligner le public sur le modèle de l'hôpital-entreprise ?

Effectivement, on passe à un système qui uniformise les secteurs public et privé, mais ce mouvement se fait dans le sens de l'intérêt collectif. Plutôt que de dire : le public s'aligne sur le privé, je dirais que c'est plutôt l'inverse, puisque le privé obtient le droit d'exercer des missions de service public. Par ailleurs, je trouve choquant qu'on associe le mot entreprise à quelque chose de péjoratif. L'idée que l'hôpital public pourrait être soumis à la rentabilité me paraît une idée reçue, stupide.

Finalement, nous fonctionnons un peu comme un aiguillon pour l'hôpital. En obtenant les missions de service public, on pousse le public dans ses retranchements, on interroge son efficience, sa capacité à apporter des soins de qualité à moindre coût. L'hôpital doit admettre qu'il coûte cher à la collectivité. Dans le même sens, les cliniques privées doivent s'interroger en termes d'équité et d'accès aux soins, notamment pour offrir des soins en tarifs opposables, c'est-à-dire sans dépassements d'honoraires. C'est tout le sens du mouvement désormais enclenché.

Propos recueillis par Cécile Prieur
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Les manifestations et la grève sont en recul

Des milliers de personnels des hôpitaux ont manifesté, jeudi 14 mai, dans une quarantaine de villes contre le projet de loi Hôpital, patients, santé, territoires, actuellement en discussion au Sénat. Emmené par le Mouvement de défense de l'hôpital public et les principaux syndicats de praticiens hospitaliers, le cortège parisien - qui a rassemblé 3 200 personnes selon la police, 14 000 selon les syndicats - était deux fois moins fourni que lors de la manifestation du 28 avril. Selon le ministère de la santé, la participation à la grève était globalement inférieure à celle observée le 28 avril : 11,6 % des médecins étaient grévistes en province contre 14,4 % le 14 mai, et 26,5 % dans les hôpitaux de Paris contre 50,1 %.

Il est stupide d'aller contre Internet avec bâton, casque et ciseaux

LE MONDE 12.05.09

La loi Hadopi ("Création et Internet") est probablement l'une des plus stupides qu'il ait été donné au Parlement d'adopter. Elle contient des dispositions injustes comme, par exemple, la nécessité pour le contrevenant de fournir la preuve de son innocence. Celui-ci devra pour cela fournir les données recueillies par le logiciel espion qu'il aura dû acheter et installer sur son ordinateur, faute de quoi, si sa ligne a été piratée ou simplement utilisée par ses enfants, voisins ou amis, il sera puni de n'avoir pas su ou voulu empêcher le drame.

La punition ? La coupure de sa connexion au Web, coupure qui n'entraînera pas la suspension des paiements dus au titre de l'abonnement. Car le délit sanctionné n'est pas le téléchargement illégal, mais l'absence de sécurisation de l'ordinateur lui-même.

Aujourd'hui, le contenu du texte n'est plus vraiment le seul enjeu de la bataille parlementaire, puisque la majorité le proclame elle-même : il s'agit juste de laver son honneur perdu un jour d'absentéisme caractérisé, fût-ce au prix d'une loi absurde.

Des artistes de gauche reprochent aux socialistes de n'être plus de leur côté et soutiennent sans critique la pire des réponses à un problème peut-être réel, mais certainement mal circonscrit et mal analysé. Ce n'est pas important, c'est juste un des nombreux symptômes qui frappent la gauche française depuis... le non à l'Europe.

D'autres artistes s'inquiètent du manque à gagner, voire du vol dont ils seraient les victimes du fait de ce qu'on appelle le piratage. Sans être tout à fait certain que ce manque à gagner soit avéré, car c'est bien mal comprendre le phénomène du téléchargement que de croire qu'il se substitue simplement à l'achat.

Si je suis ce qu'on peut appeler un artiste, je ne suis nullement solidaire de ceux qui défendent cette loi idiote et scandaleuse, quand bien même mes droits d'auteur seraient mis à mal.

Laissons enfin de côté ce qui dans la loi flirte avec l'appel à la délation en direction des fournisseurs d'accès et, plus amusant évidemment, ce qui est très certainement obsolète sur le plan technique. Ces aspects ne doivent pas cacher ce qui me semble plus essentiel dans cet épisode effarant.

Cette loi va simplement contre Internet. Contre ce qui faisait, ce qui fera toujours d'Internet une véritable révolution dans la façon dont l'homme accède à sa propre production. Le prétendu piratage n'est en fait qu'un des nouveaux comportements qui exigerait non pas qu'on le qualifie de délictueux, mais que soit au contraire repensé un certain rapport au savoir et à la création, et à leur diffusion.

La défense d'intérêts privés pousse au crime de ne pas réfléchir sur l'évolution du monde. Cette manie de l'interdiction, de la dénonciation, de la sanction collective rappelle l'attitude de certains maîtres d'école raidis par leur impuissance à évoluer avec la société.

Cette loi est le symptôme d'un aveuglement, d'une stupidité archaïque face à l'angoissante vitesse du changement qui s'est opéré depuis quelques dizaines d'années. Aller contre Internet de la sorte, avec le bâton, le casque et les ciseaux, c'est aller contre la jeunesse, l'avenir, l'enthousiasmante créativité qu'Internet a libérée.

Et voilà que nos parlementaires, d'anciens ministres de la culture, le gouvernement français, la France, quoi, s'avance, imbue d'elle-même, certaine de toujours tenir le flambeau de la défense des droits divers, certaine d'être originale, inventive et supérieure, dans son rapport à la culture et à la création, la France donc, vient se ringardiser, tant au niveau technique qu'intellectuel, vient suggérer que désormais le monde peut avancer sans elle, ou plutôt malgré elle.

Bref, nous venons annoncer que nous sommes vieux, fatigués, affaiblis, apeurés, mais que - ô gloire - nous pouvons encore donner quelques coups de matraque.

Cette loi non seulement ne protège pas les droits des créateurs, non seulement attente à la liberté sous de nombreux aspects, mais surtout agresse, voire insulte cette partie de la population qui - jeune peut-être - vit la mondialisation sans états d'âme, celle qui épouse le mouvement de l'histoire avec gaieté, curiosité, effronterie, qui utilise, crée, exploite, détourne l'outil du siècle.

La génération de Facebook, YouTube, Deezer et du P2P, celle qui échappe à tant de monde, qui n'est évidemment pas sans morale ni respect malgré ce que suggère Hadopi, et qui invente aujourd'hui le monde de demain.
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Eric Rochant est réalisateur et scénariste.

dimanche 17 mai 2009

Défaite, crise et football. Marseille et les mécaniques du complot

Marseille aura perdu le titre de champion de France en s'inclinant devant Lyon. Cela marque sans doute la fin des ambitions portées derrière l'équipe phocéenne et des espoirs de retour au premier plan, sur la première marche. Mais cela montre surtout les faiblesses d'un championnat qui repose sur des individualités. L'autre artisan de l'échec marseillais pourrait aussi bien s'appeler Yoann Gourcuff puisque le meneur de jeu bordelais s'est illustré de manière décisive lors des deux dernières rencontres de son équipe (Valenciennes-Bordeaux:1-2 ; Bordeaux-Le Mans:2-3) en lui donnant tout simplement la victoire, aujourd'hui la première place. Tout cela participe d'une même histoire et il parait bien injuste de mettre en cause l'un ou l'autre pour expliquer la chute d'une telle entreprise, mais cela fait parti du jeu. On peut être sûr que cette défaite trouvera sa cause dans la polémique, quelque part entre le Vieux port et la Canebière. Reste à savoir qu'elles seront les explications retenues: le départ de l'entraîneur et son annonce prématurée ? l'insuffisance des joueurs ou des moyens financiers ? les dirigeants du club? le nom de Gourcuff ou de Benzema (buteur de Lyon) ? Derrière cette défaite l'emporteront, sans doute, les voix diffuses d'une crise sociale s'abattant plus fortement encore sur la ville et ses habitants. De cette manière, les mouvements sociaux et les manifestations, annoncés pour les jours à venir, en ressortiront sans doute renforcés. C'est un phénomène récurrent que l'on a souvent l'occasion de constater à Marseille... L'OM est mort! Vive Marseille!

samedi 16 mai 2009

Pour Antonin Artaud



"J'aime le goût des baisers dans les baisers"

vendredi 15 mai 2009

Les sages-femmes seront peut-être autorisées à pratiquer des avortements

Les députés y avaient renoncé. Les sénateurs ont repris le dossier. Dans le cadre du projet de loi sur l'hôpital, actuellement en discussion au Palais-Bourbon, la commission des affaires sociales a adopté un amendement autorisant les sages-femmes à pratiquer des interruptions volontaires de grossesse par voie médicamenteuse.
La députée Bérengère Poletti avait déjà fait la même proposition, reprenant une recommandation de la délégation aux droits des femmes. Elle l'a retirée avant le débat dans l'hémicycle, "non pas à cause des pressions exercées par certaines associations, précise-t-elle, mais parce que la profession n'était pas prête". Auteur du rapport de suivi de la loi sur l'IVG (octobre 2008), la députée justifie le recours aux sages-femmes par le fait que l'accès à l'IVG médicamenteuse en ville reste très inégal. "Le premier frein tient au trop faible nombre de médecins ayant passé une convention avec un établissement de santé, condition indispensable pour pouvoir effectuer ces IVG. Quatorze régions ont ainsi moins de cinq médecins ayant passé cette convention (...). D'autre part, 90% de ces actes sont réalisés par des gynécologues, or ceux-ci ne sont pas présents ou ne sont pas facilement accessibles", peut-on lire dans son rapport. D'où l'idée de faire appel aux sages-femmes, "qui ont la compétence technique nécessaire", estime-t-elle, à la fois pour prescrire la pilule abortive et contrôler les suites de l'acte.
Celles-ci sont d'accord. "Une sage-femme doit être auprès de la femme, quelle que soit l'issue de sa grossesse, heureuse ou malheureuse", estime la présidente de l'Ordre national des sages-femmes, Marie-Josée Keller. Le Sénat a donc repris l'amendement. Celui-ci a été voté en commission, avec l'appui de la ministre de la santé, Roselyne Bachelot. Il propose "d'expérimenter" le recours aux sages-femmes "dans une région française connaissant un taux important de recours à l'interruption volontaire de grossesse".
Muguette Dini (Union centriste) en est à l'origine. "Le sujet est sensible, nous ne souhaitons pas l'imposer à toute la France, d'où l'expérimentation. Nous voulons aussi vérifier la validité de l'idée", explique-t-elle.
Dans un communiqué, l'Alliance pour les droits de la vie proteste. "Les pouvoirs publics déplorent le fort taux d'IVG en France : comment justifier qu'au lieu de s'interroger sur les causes de ce phénomène, on veuille augmenter le nombre de prescripteurs de cet acte qui n'a rien d'anodin?" fait valoir l'association. Muguette Dini dit "comprendre" cette logique, mais ne la partage pas. "On n'a jamais informé suffisamment sur la contraception, et je le regrette. Mais une fois cela constaté, reste que certaines femmes sont déterminées à ne pas vouloir garder leur enfant, et que si l'on ne fait pas les choses correctement, on risque des accidents." L'amendement, inscrit à l'article 22, ne devrait pas venir en discussion avant la semaine prochaine.
La Croix, 15 mai 2009, Marianne Gomez.

lundi 11 mai 2009

Michel Gondry ou l'invention du cinéma "Sweded"

Le nouveau film de Michel Gondry, "Be kind rewind", met en scène deux protagonistes contraints de sauver une vieille boutique de location de K7 vidéos, dont les bandes ont mystérieusement été effacées. Ces derniers décident alors de réaliser une version personnelle des films proposés en rayon à partir d'une simple caméra VHS. Ces films baptisés "Sweded" connaitront bientôt un grand succès dans le quartier...

The Sweded Révolution of Michel Gondry

Dans son dernier film, "Be Kind Rewind", en français: "Soyez sympa rembobinez", Michel Gondry met à l'honneur la création cinématographique, non seulement à travers l'hommage réalisé aux films faits "à la maison", mais en renouant avec les origines de cet art. Car ce film est une invitation à l'action et à l'imagination, au partage des rôles et rompt ainsi avec le statut attribué au spectateur. Gondry donne ainsi une vision amusée et jouissive du cinéma en y exposant les effets: l'illusion et la magie. Tout cela suit l'invention d'une forme verbale: "Sweded", que l'on pourrait traduire littéralement en français par suédisé et l'idée de suivre son imagination, prendre toute création à son compte, selon ses propres règles, cela même lorsqu'on à l'air ridicule... En somme, rien n'est impossible quand on possède une caméra !
L'aventure ne s'arrête donc pas là et il faut espérer que ça "swede"...
Gondry a d'ailleurs crée un site destiné aux films "swedés" sur You Tube.

dimanche 10 mai 2009

Environ 60 % des prisons touchées par les blocages

LE MONDE - 04/05/2009


Environ 120 des 194 établissements pénitentiaires français ont été touchés, lundi 4 mai, par le mouvement de "blocage progressif" pour demander notamment des effectifs supplémentaires, organisé par les trois principaux syndicats de surveillants, a annoncé le premier d'entre eux, l'UFAP-UNSA. Le syndicat a également indiqué avoir recensé plus de 4 000 personnes devant les portes, l'administration pénitentiaire (AP) employant 33 000 agents dont 24 300 employés de surveillance.


L'AP a pour sa part fait état de 79 établissements touchés, soit 41 % du total, et de "1 807 agents, soit 7 % des effectifs de surveillants mobilisés". Son communiqué précise qu'à 17 heures, il n'y avait plus que 12 établissements touchés et 181 agents concernés."Trente-huit extractions judiciaires ont connu des retards", ajoute-t-elle. N'ayant pas le droit de grève, les surveillants qui tentaient lundi de bloquer les transferts et extractions de détenus manifestaient à la faveur d'un jour de congé ou d'un détachement syndical.


Les syndicats de surveillants de prison UFAP-UNSA, FO-Pénitentiaire et la CGT-Pénitentiaire ont appelé à "poursuivre et amplifier l'action afin de forcer le gouvernement à ouvrir de réelles et véritables négociations". L'intersyndicale, qui réclame notamment des effectifs supplémentaires, doit être reçue mardi matin à la chancellerie.


Le mouvement touchait essentiellement les maisons d'arrêt, où sont incarcérés prévenus et condamnés à de courtes peines, selon Jean-François Forget, secrétaire général de l'UFAP. A Fresnes, environ 150 surveillants manifestaient, dans la matinée, devant la maison d'arrêt, après en avoir condamné les accès avec des chicanes faites de palettes de bois. A Fleury-Mérogis (Essonne), des fourgons de la gendarmerie ont pu pénétrer dans l'établissement pour procéder à des extractions de détenus, sortant sous les huées des surveillants. Après une bousculade, les gendarmes mobiles sont intervenus à 7 heures pour débloquer une première barricade faite de palettes de chargement installée sur la route menant à la prison. Puis les surveillants ont tenté de bloquer la porte de la maison d'arrêt des hommes, avant d'être délogés par les forces de l'ordre qui ont là aussi utilisé du gaz lacrymogène. Ils ont ensuite bloqué la maison d'arrêt des femmes. Le mouvement a permis de retarder les extractions, c'est -à-dire toutes les sorties de prison, a indiqué Marcel Duredon, secrétaire local FO.

L’« ère Lieberman » a commencé. Les Palestiniens d’Israël, otages de l’extrême droite

Le Monde Diplomatique, Mai 2009
A la fin mars, le dirigeant d’extrême droite Avigdor Lieberman a accédé aux postes de vice-premier ministre et de ministre des affaires étrangères d’Israël. Lorsque Jörg Haider et ses amis du Parti libéral (FPÖ) entrèrent, en 2000, dans le gouvernement autrichien, l’Europe protesta quasi unanimement. Ce que, curieusement, elle n’a pas fait cette fois. Pourtant, conformément à la ligne de son parti, Israël Beitenou (« Israël, notre maison »), le leader d’origine russe a multiplié, tout au long de la campagne électorale, les déclarations racistes envers les Palestiniens d’Israël. On aura surtout retenu, en Occident, les premières déclarations du nouveau chef de la diplomatie jetant aux orties tous les accords signés précédemment par son pays, y compris la conférence purement médiatique d’Annapolis. De fait, elles ont provoqué un premier clash avec l’administration de M. Barack Obama, en quête de détente au Proche-Orient. Mais, en matière de politique intérieure, la remise en cause par M. Lieberman de la citoyenneté des Palestiniens d’Israël et sa proposition de les « transférer » à terme risquent d’alimenter d’autres clashs, sanglants ceux-là, entre citoyens juifs et arabes.
Son leitmotiv : loyauté envers l’Etat. Mais il ne l’explicite jamais. Si bien qu’avant de le quitter nous lui demandons : « Imaginons que vous vous trouviez en Allemagne du temps du nazisme. A qui irait votre loyauté ? — A l’Etat », rétorque-t-il sans ciller. Cette réponse, formulée en plein Parlement, à Jérusalem, laisse pantois. D’autant que notre interlocuteur nous a raconté comment son père quitta le Reich dès l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir. Comprenne qui pourra...
Vice-président du Parlement sortant, pressenti pour diriger la nouvelle commission des lois, l’avocat David Rotem passe pour un proche de M. Avigdor Lieberman, le leader du parti Israël Beitenou, dont il rabâche les récents discours électoraux. « Qu’il soit juif, musulman ou chrétien, un citoyen doit se montrer loyal à l’égard de l’Etat. Sinon ce n’est pas un citoyen. » Et de s’en prendre, d’une même tirade, au rabbin Meyer Hirsch, coupable d’avoir rencontré le président iranien Mahmoud Ahmadinejad , comme aux députés arabes qui ont osé manifester contre le massacre perpétré à Gaza.
D’où la proposition du parti : que chaque Israélien prête serment au drapeau (qui comporte le bouclier de David, symbole du judaïsme), chante l’hymne national (qui évoque l’« âme juive ») et accomplisse, le cas échéant sous forme civile, son service militaire (auquel les Arabes, à l’exception des Druzes et de certains Bédouins, mais aussi les ultra-orthodoxes, ne sont pas astreints).
Son mot d’ordre électoral en dit long : « Seul Lieberman parle arabe ». Commentaire de l’historien Shlomo Sand : « Dans sa Moldavie natale, il exerçait le métier de videur de boîte de nuit. Maintenant, ce sont les Arabes qu’il veut vider. » Cette boutade néglige toutefois une spécificité du parti russe : le projet officiel de ce mouvement consiste non à expulser les Palestiniens — comme en 1948 —, mais à rattacher au futur Etat palestinien les territoires où ils se concentrent, en particulier le nord du Triangle, Oum Al-Fahm et ses environs. En échange, Israël annexerait les blocs de colonies de Cisjordanie, à commencer par ceux encerclant Jérusalem-Est (....)
Joseph Algazy, Dominique Vidal

Le rapprochement entre l'UE et Israël est gelé

LE MONDE, 28/04/2009

Les Vingt-Sept posent comme préalables au renforcement de leurs relations avec Israël la relance du processus de paix et un engagement en faveur de la création d'un Etat palestinien. Actée sous présidence française de l'Union européenne (UE), en décembre 2008, la mise en place d'une coopération plus étroite avec Israël a été de facto suspendue dans la foulée de l'offensive israélienne à Gaza (27 décembre -17 janvier).

L'arrivée au pouvoir de Benyamin Nétanyahou (Likoud) incite aujourd'hui les Européens à demander au nouveau gouvernement israélien de s'engager formellement en faveur de la solution des deux Etats avant de relancer leurs efforts de rapprochement. En attendant, la République tchèque, qui en faisait une des priorités diplomatiques de sa présidence de l'UE ce semestre, a renoncé à organiser un sommet avec les Israéliens au printemps. Lundi 27 avril, au Luxembourg, les ministres des affaires étrangères sont de surcroît convenus de reporter à juin la tenue du Conseil d'association avec Israël qui devait faire le point sur le renforcement des liens.
La position d'attente affichée par l'UE est une façon de faire pression sur Israël. Les Européens se veulent d'autant plus fermes que cette exigence est aussi celle de l'administration Obama. Ils espèrent que M. Nétanyahou sera en mesure de préciser ses intentions lors de sa visite à Washington, à la mi-mai. Les Vingt-Sept souhaitent par ailleurs que les autorités israéliennes mettent un terme à la colonisation et ouvrent l'accès à la bande de Gaza, pour en faciliter la reconstruction. "C'est un ensemble de préalables avant d'avoir une relation solide", a indiqué Javier Solana, chef de la diplomatie européenne.
"CE N'EST PAS UN CHANTAGE"
La question de ce rapprochement suscite des débats entre les Vingt-Sept et de vifs échanges entre la présidence tchèque et la Commission. "L'approfondissement (des relations avec Israël) ne peut être vu qu'à la lumière du conflit israélo-palestinien", a répété, ces derniers jours, Benita Ferrero-Waldner, commissaire en charge des relations extérieures. Le moment "n'est pas venu d'aller au-delà de la relation bilatérale (actuelle)", a-t-elle ajouté. Le premier ministre démissionnaire tchèque, Mirek Topolanek, dont le pays est très proche de l'Etat juif, a, au contraire, assuré, dans un entretien dimanche au quotidien israélien Haaretz, que "le processus de paix ne doit pas être lié aux relations entre l'UE et Israël".
"Ce n'est pas un chantage, s'est défendu Bruno Le Maire, le secrétaire d'Etat français aux affaires européennes, lundi au Luxembourg. Le bon sens est d'attendre la fin de l'examen politique en cours en Israël avant de prendre une décision." Pour Paris, un lien plus étroit, mis sur les rails lors de la présidence française, reste à l'ordre du jour. Il doit même, selon M. Le Maire, permettre de peser "davantage" sur le processus de paix.
Philippe Ricard

Czech PM: We'll fight EU calls to freeze Israel ties

Haaretz, 24/04/2009
Czech Prime Minister Mirel Topolanek told President Shimon Peres on Friday that his country, which holds the EU's six-month rotating presidency, would fight against calls within Europe to suspend the upgrade of relations with Israel.

The visiting Czech premier's remark came one day after Prime Minister Benjamin Netanyahu told him that Israel's relationship with the European Union should not be linked to its relationship with the Palestinians.
"Don't set conditions for us," Netanyahu told Topolanek during their meeting on Thursday. "Peace is in Israel's interest no less than it is in Europe's interest, and there's no need to make the upgrade in relations with Israel conditional on progress on the peace process."
Topolanek is the first foreign government leader to visit Israel since the Netanyahu cabinet was sworn in three weeks ago. The talks between the two were reportedly conducted in a relaxed atmosphere. But Topolanek brought up the issue of construction in West Bank settlements and European concerns that this could prevent the establishment of a Palestinian state.
"If Israelis can't build homes in the West Bank then Palestinians shouldn't be allowed to either," Netanyahu said in response. He told the Czech leader he has no intention of halting the expansion of existing settlements. "I have no plans to build new settlements, but if someone wants to build a new home [in an existing one], I don't think there's a problem." He characterized the West Bank as "disputed territory" over which negotiations must be held.
Topolanek asked Netanyahu whether he intended to evacuate the illegal outposts on the West Bank, as Israel has promised in the past in the road map and other agreements. Netanyahu said the outposts are both a domestic and foreign issue. "I intend to enforce the law with regard to the outposts," he said.
As rotating president of the EU, the Czech Republic is involved in the upgrading of Israel's relations with that organization. The upgrade was suspended after the formation of the Netanyahu government and his refusal to accept the "two states for two peoples" formula. A few weeks ago, Czech Foreign Minister Karel Schwarzenberg announced the cancellation of a summit scheduled for June between Netanyahu and his European counterparts.
"We expect a clear commitment from the new [Israeli] government to pursue negociations with the Palestinians," EU External Relations Commissioner Benita Ferrero-Waldner said in Brussels on Thursday. "We expect a stop of all activities undermining our objective to a two-state solution - and this includes in particular settlement expansion, which is continuing on a daily basis. The ball is now in the court of Israel."
Barak Ravid