lundi 14 juillet 2008

dimanche 13 juillet 2008

jeudi 10 juillet 2008

Le monde du Meshugah



c'est l'été, mettons. Le soleil perce timidement à travers les nuages. Le vent souffle. Dans la ville on s'affaire pour les festivités prochaines, en bas, sur le port. Ces jours-ci les journaux évoquent en pages intérieures, locales, les pages du Pays d'Iroise, les derniers malheurs sur l'eau lointaine et dangereuse qui, la nuit, vient s'éclater en un roulement de tonnerre, de canonnade contre les côtes, les falaises, les amers, les rivages et la nuit est comme habitée par cette force, des navires en perdition... juré craché. C'est l'été, mettons. Sur le cours d'Ajot, construit par des forçats, les cyclistes s'en vont à la suite des trois coups de pétard dont les panaches de fumée s'esquivent de la troupe en prenant la route du ciel, Carcassone; à la suite du monoxyde de carbone distribué gracieusement en pots ou cornets d'échappement par la caravane du Tour, comme en roue libre et tutti quanti.... C'est l'été, mettons. Les plages sont vertes : "ils ont des chapeaux ronds, vive les cochons", et le ciel s'est de nouveau couvert

On frappe

Si nous n'étions pas encore du tout, nous ne serions là pour personne. Mais cette demi-existence où nous sommes peut etre aisément dérangée du dehors. Elle n'est pas assez peu, ni assez dense pour y résister. Dans tout ce qui peut nous déranger, il est déjà question de mourir, ce qui nous disperse encore plus qu'on ne l'ai déjà, de toute façon. Les coups frappés à la porte qui nous arrachent au sommeil, voire au travail absorbant, nous font sursauter, mais surtout ils nous piquent et nous paralysent. Dans ces dérangements on pressent déjà quelque chose de la mort; le travail pénible ne nous absorbe pas assez, au contraire, il nous rend encore plus sensibles. Et l'arrachement ne nous ramène pas toujours à nous-memes, il n'ouvre sur rien de bon. On peut déjà sentir là quelque chose d'intempestif, peut-etre faible et vraisemblablement faux, c'est pourtant là et on bute. Des amis deviennent alors facilement des étrangers, évidemment on voit aussi ce que nous sommes et ce qu'ils sont pour nous, quand le léger coup qui nous dérange cesse. On sent alors qu'on n'a pas fini, qu'on ne peut justement pas bien s'arreter là. En tout cas, ce n'est pas toujours l'attendu qui frappe à la porte.
Ernst Bloch, 1968, Traces, Paris: Gallimard.

samedi 5 juillet 2008

Déterminer l'indéterminé

Quand "la" détermination s'exerce, elle ne se contente pas de donner une forme, d'informer des matières sous la conditions des catégories. Quelque chose du fond remonte à la surface, y monte sans prendre forme, s'insinuant plutôt entre les formes, existence autonome sans visage, base formelle. Ce fond en tant qu'il est maintenant à la surface s'appelle le profond, le sans-fond. Inversement, les formes se décomposent quand elles se réfléchissent en lui, tout modelé se défait, tous les visages meurent, seule subsiste la ligne abstraite comme détermination absolument adéquate à l'indéterminé, comme éclair égal à la nuit, acide égal à la base, distinction adéquate à l'obscurité toute entière : le monstre. (Une détermination qui ne s'oppose pas à l'indéterminé, et qui ne le limite pas.) C'est pourquoi le couple matière-forme est très insuffisant pour décrire le mécanisme de la détermination; la matière est déjà informée, la forme n'est pas séparable du modelé de la species ou de la morphè, l'ensemble est sous la protection des catégories. En fait, ce couple est tout intérieur à la représentation, et définit son premier état qu'Aristote a fixé. C'est déjà un progrès d'invoquer la complémentarité de la force et du fond, comme raison suffisante de la forme, de la matière et de leur union. Mais encore plus profond et menaçant, le couple de la ligne abstraite et du sans fond qui dissout les matières et défait les modelés. Il faut que la pensée, comme détermination pure, comme ligne abstraite, affronte ce sans fond qui est l'indéterminé. Cet indéterminé, ce sans fond, c'est aussi bien l'animalité propre à la pensée, la génitalité de la pensée: non pas telle ou telle forme animalle, mais la bêtise. Car, si la pensée ne pense que contrainte et forcée, si elle reste stupide tant que rien ne la force à penser, ce qui la force à penser n'est-il pas aussi l'existence de la bêtise, à savoir qu'elle ne pense pas tant que rien ne la force? Reprenons le mot d'Heidegger: " Ce qui nous donne le plus à penser, c'est que nous ne pensons pas encore." La pensée est la plus haute détermination, se tenant face à la bêtise comme à l'indéterminé qui lui est adéquat. La bêtise (non pas l'erreur) constitue la plus grande impuissance de la penssée, mais aussi la source de son plus haut pouvoir dans ce qui la force à penser. Telle est la prodigieuse aventure de Bouvard et Pécuchet, ou le jeu du non-sens et du sens. Si bien que l'indéterminé et la détermination restent égaux sans avancer, l'un toujours adéquat à l'autre. Etrange répétition qui les ramène au rouet, ou plutôt au même double pupitre. Chestov voyait en Dostoïevski l'issue, c'est-à-dire l'achèvement et la sortie de la Critique de la Raison Pure. Qu'on nous permette un instant de voir dans Bouvard et Pécuchet l'issue du Discours de la Méthode. Le cogito est-il une bêtise? C'est nécessairement un non-sens, dans la mesure où cette proposition prétend se dire, elle-même et son sens. Mais c'est aussi un contresens (et cela, Kant le montrait) dans la mesure ou la détermination "Je pense" prétend porter immédiatement sur l'existence indéterminée "Je suis", sans assigner la forme sous laquelle l'indéterminé est déterminable. Le sujet du "cogito" cartésien ne pense pas, il a seulement la possibilité de penser, et se tient stupide au sein de cette possibilité. Il lui manque la forme du déterminable: non pas une spécificité, non pas une forme spécifique informant une matière, non pas une mémoire informant un présent, mais la forme pure et vide du temps. C'est la forme vide du temps qui introduit, qui constitue la Différence dans la pensée, à partir de laquelle elle pense, comme différence de l'indéterminé et de l'indétermination. C'est elle qui répartit, de part et d'autre d'elle même, un "Je" fêlé par la ligne abstraite, un moi passif issu d'un sans-fond qu'il contemple. C'est elle qui engendre penser dans la pensée, car la pensée ne pense qu'avec la différence, autour de ce point d'effondrement. C'est la différence, ou la forme du déterminable, qui fait fonctionner la pensée, c'est-à-dire la machine entière de l'indéterminé et de la détermination. La théorie de la pensée est comme la peinture, elle a besoin de cette révolution qui la fait passer de la représentation à l'art abstrait; tel est l'objet d'une théorie de la pensée sans image.


"Différence et Répétition, PUF, Paris, 1981, p.352-355

Horizon "TERRA"

Rappels des liens consultables sur Odyssées:

TERRA se définit comme un "réseau scientifique" mis à disposition des chercheurs et des "cherchants", selon le mode de déclinaison adopté par R. Barthes ("écrivains"-"écrivants"). Parmi les publications de TERRA, on trouve certains documents en ligne, dont une partie (1er Chapitre) de l'essai de Marc Bernardot, sociologue, consacré aux "camps d'étrangers".

Voici le lien direct: http://terra.rezo.net/article703.html

Marc BERNARDOT, 2008, Camps d’étrangers, Paris: Ed. Du Croquant.

jeudi 3 juillet 2008

Shalom Aleichem

Les "chroniques de Meshuggah" sont tenues par l'un de ses types. Le groupe s'appelle "Meshugga Beach Party" et se produit quelque part aux U.S.A.
Là où il pleut ?...

Le monde du Meshugah


les averses se succèdent et rapportent dans leur sillage heureux un coin de ciel bleu blanc de nuages nains qui ne peuvent s'amuser, si pressés, à conter fleurette à la colonie de mouettes, ayant établie ses quartiers sur les toits de la ville en vue, des hauteurs de son vol, de sa campagne de fouille archéologo-alimentaire sur les terres du Spernot, tels ces cyclistes qui, par bande et sous celles-là, défilent en s'entraînant, et inversement, sur les belles avenues, routes, rues, maintenant sécurisées et aux nids de poule comblés, accompagnés d'une voiture barrée sur sa longueur du nom de l'équipe_le sponsor_, tel Quick Step qui passait, à l'instant, avenue Foch, celle qui longe l'Hôpital Morvan, lieu d'un tournage de film en mai dans les anciens bâtiments des urgences dont quelques photographies sont publiées dans le magazine Pen Ar Bed de ce trimestre, si sa parution est trimestrielle, reçu en début de semaine, lundi ou mardi mais certainement pas hier, sur l'une d'entre elles, il y en a deux voire trois mais certainement pas plus car s'il existe bien une autre photographie d'un lieu de tournage, et c'est avéré par une consultation pluri-quotidienne, depuis son dépôt dans la boîte aux lettres et son arrivée évidente auprès des Ouest-France du lundi et mercredi de cette semaine sur le frigo contiguë au four à micro-ondes, chaque fois qu'une tasse d'eau est mise à bouillir dans le four à micro-ondes ou une casserole d'eau sur la petite plaque du four alors l'attente de quelques minutes est réservée aux mots fléchés, mots croisés parfois sudoku du quotidien mais aussi et plus étonnamment à sa lecture c'est à dire clairement l'ensemble des articles (de la politique au sport) clairement la lecture du journal se découpe par tranche de quelques minutes et sur plusieurs jours, de ce magazine, il s'agit d'un deuxième film, n'ayant aucun lien avec le précédent si ce n'est que l'histoire se déroule dans la même ville, la salle du Vauban, contant l'histoire d'un jazz man, le ciel en pianotant sur le clavier persiste dans son goût du bleu, quoique barré de lourds nuages blancs et gris-blancs, si grands déjà, mais, soufflant sans délicatesse, les feuilles de plastique qui protégeaient les multiples vitres de la faculté des lettres et sciences sociales Victor Segalen du ravalement de ses murs battent au vent, prêtent à s'envoler, selon les classiques et poétiques et romantiques comparaisons ou images, telles les voiles d'un navire fantôme à l'abandon ou en prise avec la fureur de la tempête, et la descente de l'échafaudage, sur ce chantier, dans les cris des jeunes ouvriers, dont l'un portait avant hier un tee-shirt blanc customisé ou personnalisé à peu de frais au feutre noir et dans le dos du numéro 9 et au-dessus son nom ou son diminutif Mick ou Nick, tout aussi sûrement, retentit du claquement des poutres ou tubes qui s'entrechoquent et du chuintement de la machine élévatrice, du planant vol rapide d'une mouette, sur les bancs gris métalliques du parvis gris on en grille une, un bus passe sur l'avenue Foch, peut-être un 23, difficile à dire tant les rideaux sont tirés et le dos tourné à celle-ci, et au bruit quelle guigne, tiens! Claude fait son entrée en chantonnant, tiens! sur le sol carrelé de la salle à manger, près de la chaise rouge de laquelle le lecteur s'en est allé toujours d'un vigoureux rire, une déferlante, de vieux papiers sont déposés, après leur lecture et en attente de leur rangement, des fournitures, des comptes, des procès-verbaux d'achats, de travaux entrepris et consignés d'une écriture datée sur du papier jauni et se détachant de ce petit tas de menus documents, un titre saute aux yeux, comme cette mouette aperçue tantôt dans son vol rapide, le Certificat de Bonne Conduite fait sourire et sonne son temps d'avant mai 1968, du pouce et de l'index son extraction se fait, de l'armée de terre française signée par un lieutenant de ce régiment au sein duquel il officiait, durant son service militaire, lui qui naquit en 1899, datée de 1922, année où il en fut libéré, en tant qu'infirmier, à Casablanca, Maroc;



mercredi 2 juillet 2008

Opa Cupa

Stelle Salenti

mardi 1 juillet 2008

L'Espagne Championne d'Europe, pas de Navarre

"Saluons la gloire de l'enfant". Le joueur star de Liverpool Fernando Torres, dit El Niño, est entré dans l'histoire en inscrivant le seul but de la rencontre de la phase finale opposant l'Allemagne et l'Espagne. "L'enfant a marqué et le peuple exulte. Il est enfin délivré, après quarante ans, de cette longue traversée du désert", c'est ainsi que l'on pourrait résumer la victoire espagnole. C'est une proposition qui nous amène alors à considérer les qualités du discours prophétique, l'espace d'où il emerge et le portrait de son auteur potentiel. Le monde du football est intéressant car il s'inspire et reproduit assez fidèlement les codes sociaux qui l'entourent. On a pu constater que l'enjeu de cette coupe d'Europe portait sur la "transition", sur "l'héritage" trans-générationnel, sur l'avenir d'une équipe qui fonde ses espoirs sur la JEUNESSE. Mais de quelle jeunesse s'agit-il? Le football a en effet considérablement revu à la baisse le temps de carrière et l'âge de ses joueurs. Thierry Henry, à 31 ans, est présenté comme un joueur en fin de carrière, Claude Makelele, à 35 ans, fait figure d'incroyable "vieux lion", etc.
On a ainsi pointé du doigt l'échec des vieilles grandes équipes -restes de la vieille Europe?- et relevé les brillantes promesses des jeunes sélections portées vers l'avenir. On distingue ainsi les vertus qui sont désormais révérées par notre société, au niveau de sa politique sociale valorisant la spontanéité, l'audace, la fougue, alors synonymes de jeunesse, et "les risques" pris dans le jeu. On observe aussi l'effet d'une annonce ou d'un impératif. Il faut réformer le sport au même titre qu'une entreprise s'appuyant sur le dynamisme de ses jeunes cadres! Le football n'est plus qu'un vaste et sombre commerce. Etrange coïncidence donc que le héros salué à la fin de cet Euro ne soit autre qu'un "Enfant" ou un "Gamin"...



Ce but vainqueur permet à l'équipe espagnole d'être consacrée pour la seconde fois de son histoire, Championne d'Europe des Nations.
Titre qu'elle n'avait pas remporté depuis plus de quarante ans. Mais cela peut-il avoir le même sens partout en Espagne? Si l'on considère notamment la configuration sociale et politique du pays aujourd'hui et son évolution depuis 1964 (période franquiste). La victoire hispanique peut-elle crée le même consensus, la même adhésion que dans n'importe quel pays d'europe? L'Espagne apparait en effet divisée en régions "identitairement" très fortes et plus ou moins indépendantes. Les clubs participant d'ailleurs au championnat de football espagnol apparaissent souvent comme les représentants de cette différence. On peut considérer de cette manière que la victoire espagnole au championnat d'Europe des Nations résonne comme un paradoxe inextricable. L'équipe comptait d'ailleurs plusieurs joueurs issus de ces régions et l'on peut se demander comment ces acteurs de premier plan négocient cette distinction opposant d'un côté la "région" et de l'autre la "nation". Mais ne demandons pas à des gamins, des footballeurs, de trancher sur ces questions. On peut imaginer que la victoire nationale soit communément apréciée, mais seulement à partir d'un arrangement passé avec la présence de leurs joueurs au sein de l'équipe. Mais nous connaissons aussi, l'ancien président Jacques Chirac s'en souvient très bien, les répercussions sociales, psychologiques de ces victoires sportives et leur inflence au niveau politique! Peut-on estimer, en ce sens, que la Catalogne, dans son bras de fer avec le gouvernement espagnol, a elle aussi gagné? Est-ce que le Pays Basque ne s'est pas tiré une balle dans le pied? Et l'Andalousie, la Galice? Est-ce que Xavi et Puyol n'ont pas contribué à faire gagner Madrid et son Roi? Dures questions pour les amateurs de football, supporters du F.C Barcelona, du Celta Vigo, du F.C Valence, etc. !
Joàn P.
S.D à Marta

Les signes de la misère

Nous passons notre temps à fantasmer sur les "lieux" où se délierait l'éclosion du temps ou plus précisément de l'événement. Alors que nous vivons en permance dans ce retrait, ces non-lieux, comme suspendus au jaillissement du temps le plus proche, le plus intime, nous guettons chaque signes avec plus d'insistance, nous interprétons et "surinterprétons" ce qui nous est donné à vivre en imaginant ce qui viendra, sans y déceler ce que nous espérons ou ce que nous désirons avant tout. Tout cela tient à "l'orgueil" d'une société, qui croit en son pouvoir et à son fondement, et qui ne peut, par conséquent, admettre ou concevoir son déclin.