dimanche 22 juillet 2012
Le Fléchage
"Le Fléchage", 3/3 Qu'on leur coupe la dette", vidéo réalisée par le "petit Fakir"
Dernier épisode d'un triptyque présenté par François Ruffin et Antoine Dumini, consacré à la dette.
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La Confiscation
"La Confiscation", 2/3 Qu'on leur coupe la dette", vidéo réalisée par le "petit Fakir"
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La Saignée
"La Saignée", 1/3 Qu'on leur coupe la dette", vidéo réalisée par le "petit Fakir"
Soutenue par le Collectif pour un Audit Citoyen de la Dette Publique.
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Pacte budgétaire, une rigueur austéritaire
L'Humanité, 20.07.2012.
Règle d’or imposée, souveraineté budgétaire reniée, sanctions renforcées… le menu du pacte budgétaire est gratiné. Décryptage.
Négocié par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, le traité sur la
stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) n’a pas bougé d’une
ligne. Il sanctifie la règle d’or, soumet les États à l’austérité et
renforce les sanctions.
Règle d’or «contraignante»
«La situation budgétaire (…) d’une partie contractante est en
équilibre ou en excédent (…) avec une limite inférieure de déficit
structurel de 0,5 % du produit intérieur brut […] Les règles énoncées
prennent effet dans le droit national (…) au moyen de dispositions
contraignantes et permanentes, de préférence constitutionnelles»
(article 3).
La règle d’or est inscrite en toutes lettres avec un déficit maximal
de 0,5% du PIB (3% jusqu’à présent). En France, il s’élève aujourd’hui à
4,5 % du PIB. Pour atteindre les 3%, 30 milliards d’euros doivent être
trouvés. L’obligation est également faite aux États de réduire leur
dette à un rythme imposé si elle excède 60% du PIB. Ces mesures doivent
être traduites dans le droit national. L’inscription dans la
Constitution n’est certes pas obligatoire mais, en tout état de cause,
l’État doit s’engager à cette hauteur.
Souverainetés bafouées
«Un mécanisme de correction est déclenché automatiquement si des
écarts importants sont constatés par rapport à l’objectif (…). Ce
mécanisme comporte l’obligation (…) de mettre en œuvre des mesures
visant à corriger ces écarts. (…) Le calendrier de cette convergence
(vers l’objectif de déficit fixé à chaque État) sera proposé par la
Commission européenne» (article3). « La présentation (des réformes
proposées par les États) pour approbation au Conseil de l’Union
européenne et à la Commission européenne ainsi que leur suivi auront
lieu dans le cadre des procédures de surveillance existantes»
(article 5).
C’est un véritable système de contrôle des politiques budgétaires des
États. L’automaticité des mesures coercitives permet d’éviter tout
débat. Non seulement Bruxelles décide du calendrier et des mesures,
forcément libérales, imposées aux États, mais assure aussi le service
après-vente. En outre, l’article 7 engage les États à soutenir les
recommandations de la Commission sauf si «une majorité qualifiée» est
opposée à la décision.
Austérité
sous peine
de sanctions
«Si (…) la partie contractante n’a pas respecté l’article 3 (déficit à
0,5% du PIB), la Cour de justice de l’Union européenne sera saisie (…).
Lorsque (…) une partie contractante considère qu’une autre n’a pas pris
les mesures nécessaires (…), elle peut demander que des sanctions
financières soient infligées» (article8).
La Commission européenne ou l’un des États peut, en cas de
non-respect des objectifs, saisir la Cour de justice et demander des
sanctions, « une somme forfaitaire ou une astreinte adaptée aux
circonstances et ne dépassant pas 0,1%» du PIB. Un verrou
supplémentaire.
Julia Hamlaoui
Chanter l'hymne, une obligation ?
L'équipe.fr
L'ancien président de la Fédération allemande de football, Gerhahrd Mayer-Vorfelder, veut que Joachim Löw impose à ses joueurs de chanter l'hymne national.
Chanter l'hymne national, une obligation
pour les joueurs allemands, sous peine d'exclusion ? Telle est l'opinion
de l'ancien président de la Fédération allemande de football (DFB),
Gerhahrd Mayer-Vorfelder (2001-2006), qui s'est confié au quotidien Bild. L'ancien dirigeant estime que «le sélectionneur (Joachim Löw) doit imposer l'hymne national». «Il
dit toujours qu'il ne peut pas les forcer. Moi, je pense que c'est
possible. S'il dit au joueur qu'il doit chanter, sinon il ne sera plus
sélectionné», poursuit-il.
L'ancien président de la Fédération allemande de football, Gerhahrd Mayer-Vorfelder, veut que Joachim Löw impose à ses joueurs de chanter l'hymne national.
Ce sujet, qui agite également l'équipe de France,
tient à coeur à Mayer-Vorfelder, qui garde un souvenir cuisant de la
demi-finale de l'Euro 2012 perdue contre l'Italie (1-2) : «Les Italiens ont chanté avec ferveur et joué avec la même passion pour leur pays. Et nous ? C'était presque honteux.»
Il vise notamment l'attitude de Sami Khedira, qui préfère rester
silencieux par respect pour ses origines (son père est tunisien) : «Pour
moi, ce n'est pas une raison pour rester silencieux. On ne peut pas
jouer pour la DFB et en tirer les avantages, et agir ensuite comme si on
était seulement à moitié Allemand.»
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samedi 21 juillet 2012
La riposte de Thierry Peugeot aux attaques de Montebourg
Par Cyrille Pluyette, Le Figaro, le 19/07/2012.
Thierry Peugeot.Crédit Photo : François Bouchon.
INTERVIEW
- Le président du conseil de surveillance de PSA Peugeot Citroën
déplore la façon dont sont traités le groupe et sa famille par le
gouvernement. Thierry
Peugeot, 56 ans, est président du conseil de surveillance de PSA
Peugeot Citroën. Quelques jours après les critiques du président de la
République contre «le comportement des actionnaires», amplifiées par les
déclarations d’Arnaud Montebourg, le principal représentant des Peugeot
au sein du groupe défend la position de la famille.
Thierry PEUGEOT. - Au-delà de ma propre réaction et de
celle de ma famille, c’est tout le groupe qui vit mal ces attaques et
qui se sent visé: le conseil de surveillance, le directoire, l’ensemble
du personnel, les concessionnaires, les actionnaires, les fournisseurs
et même nos clients. Au restaurant d’entreprise, les salariés
m’arrêtent, ils sont choqués, dans l’émotion. Je reçois des messages
d’anciens dirigeants. Ce qui nous choque, c’est la manière dont
l’ensemble du corps social est traité. Cela crée un fort sentiment
d’injustice.
Quels propos vous semblent les plus injustes?
Il y a des mots que je n’ai pas aimés et qui ont été répétés:
«mensonge» et «dissimulation». Nous sommes prêts à accepter la critique,
mais il y a des limites. Il existe dans ce groupe une vraie passion,
une fierté, une ambition forte. PSA Peugeot Citroën
est le deuxième constructeur européen: c’est un constructeur qui a un
potentiel énorme, un vrai savoir-faire. Nous sommes par exemple les
seuls à avoir mis sur le marché la technologie hybride diesel, un
produit d’avenir. Créé au pays de Montbéliard il y a deux cents ans, le
groupe s’est constamment développé pour devenir ce qu’il est. Il emploie
aujourd’hui 200.000 personnes dans le monde, dont la moitié en France.
Comprenez-vous l’émotion que suscitent vos annonces?
Nous sommes bien conscients de la gravité du plan de 8000 suppressions d’emplois.
Ces mesures sont douloureuses, je comprends qu’elles puissent choquer
au sein de l’entreprise, du gouvernement et dans l’ensemble du pays.
Mais nous sommes des gens responsables, des industriels, des
entrepreneurs. Nous avons des valeurs d’humanisme et de respect, sur
lesquelles le groupe s’est construit durant toute son histoire. Nous
ferons en sorte que ces valeurs soient appliquées dans la mise en œuvre
du plan.
Le groupe traverse une crise extrêmement violente, due au fait
que le marché européen s’est effondré de 25% en cinq ans. Et comme il
s’agit de la zone où nous sommes le plus présents, nous souffrons,
d’autant que la concurrence est très forte. Dans ce contexte, nous
sommes dans l’obligation de nous adapter, nous ne pouvons pas rester
sans rien faire. Tout au long de son histoire, le groupe s’est toujours
adapté aux circonstances pour assurer sa pérennité.
La stratégie du groupe est remise en cause, continuez-vous à la défendre?
Je suis convaincu que nous devons devenir un groupe mondial et
réussir notre montée en gamme. Il n’y a pas d’autre stratégie possible.
Nous avons désormais deux coentreprises en Chine. Évidemment, nous n’y
avons pas la part de marché que nous souhaiterions, mais le
développement international ne peut pas se faire du jour au lendemain.
Par ailleurs, la DS3, symbole du haut de gamme à la française, lancée en
2010, est un succès.
Les actionnaires sont d’abord des investisseurs. Notre priorité a
toujours été de développer le groupe. PSA Peugeot Citroën n’aurait
jamais existé si nous étions restés à Sochaux. Mais nous sommes aussi
des gens responsables: à chaque fois que le groupe a été en difficulté,
il a suspendu le versement de dividendes à ses actionnaires. Cela a été
le cas en 2009 et en 2010, au titre des exercices précédents. En 2011,
l’entreprise a versé des dividendes car les résultats de l’exercice 2010
étaient bénéficiaires.
L’effondrement du cours de Bourse de l’entreprise, qui a perdu les trois quarts de sa valeur en un an, vous inquiète-t-il?
Oui, cela m’inquiète. Le groupe familial a 25% du capital, mais
il faut aussi se mettre à la place des actionnaires, qui détiennent les
75% restants. Si le cours a chuté autant, c’est que les attaques dont le
groupe fait actuellement l’objet ont un effet immédiat sur leur
perception du groupe. C’est une situation qui est dangereuse. La
capitalisation boursière aujourd’hui de 2,3 milliards d’euros est
extrêmement faible et n’a rien à voir avec les capitaux propres de
l’entreprise.
Redoutez-vous une OPA?
Tout est possible. Il faut donc agir.
Est-ce parce que la famille ne souhaitait pas se diluer que PSA a tant tardé à mettre en place une alliance?
Le groupe familial n’a jamais été contre une alliance. En 1974,
nous avons racheté Citroën, ce qui n’était pas évident, puis en 1978 les
trois filiales de Chrysler Europe. Notre participation est d’ailleurs
alors tombée quelques années plus tard à près de 20 %. Nous avons aussi
fait le choix d’aller chercher à l’extérieur les meilleurs dirigeants,
tous à très forte personnalité. Enfin, l’actionnariat familial est un
pilier de l’édifice du groupe, un véritable atout. Peugeot a besoin d’un
actionnaire de référence. C’est un élément de stabilité pour les
dirigeants, les salariés, les concessionnaires et même nos partenaires
étrangers, car nous avons une vision à long terme.
Votre alliance avec General Motors, critiquée par le gouvernement, n’arrive-t-elle pas trop tard?
C’est toujours facile de faire ce genre de reproche. Avec le
japonais Mitsubishi, en 2010, cela n’a pas abouti. L’alliance avec
General Motors est une véritable opportunité, avec une part de défi, ne
serait-ce qu’à cause des différences culturelles. Mais il y a un vrai
potentiel, de vraies synergies possibles. C’est un excellent choix.
Seriez-vous prêt à diluer encore la participation de la famille si cela était nécessaire à la survie du groupe?
Cela n’est pas à l’ordre du jour. Il faudrait étudier la question en fonction des opportunités.
Y a-t-il des dissensions au sein de la famille au sujet de Philippe Varin, le président du directoire?
Il n’y a pas de dissension au sein de la famille. Il y a l’unanimité totale. Et le conseil de surveillance a clairement exprimé son soutien à Philippe Varin, début juin.
Certains membres de la famille sont-ils exilés fiscaux?
Comme je l’ai déjà dit, j’habite en France, et je paie mes impôts
en France. Tous les membres de la famille qui siègent au conseil de
surveillance de PSA ou au conseil d’administration du holding FFP, ainsi
que tous ceux qui travaillent dans le groupe, vivent en France et y
payent leurs impôts. Au total, plus de 90 % des actionnaires de la
famille paient leurs impôts en France.
Avez-vous des craintes sur l’avenir du groupe?
Je suis à la fois inquiet et optimiste. Ce n’est pas la première
fois que nous traversons une période difficile. Le groupe s’en est
toujours sorti. Je suis optimiste sur son développement international et
sur son potentiel, même en Europe. Il y a sur ce continent des millions
de consommateurs exigeants, or nous proposons les meilleures voitures
au monde sur le créneau des petits et moyens modèles. Au milieu des
années 1980, la crise était au moins aussi forte. À l’époque, nous avons
été sauvés par la 205.
Pour certains, le groupe paie sa trop forte présence en France.
Tout d’abord, je n’aime pas cette expression. Nous sommes un
groupe international, européen, très attaché à son ancrage en France et à
ses origines. Nous avons 16 établissements industriels en France, dont 6
usines de voitures. Mais nous avons aussi fait le choix de nous
développer à l’international. Il n’y avait pas d’autre stratégie
possible.
Thierry Peugeot : "Il y a des limites" à la critique
Le Monde, 19.07.2012.
Pointée du doigt par le gouvernement depuis
l'annonce faite par le groupe PSA de la suppression de 8 000 postes en
France, la famille Peugeot riposte. "Il y a des mots que je n'ai pas aimés et qui ont été répétés : 'mensonge' et 'dissimulation'. Nous sommes prêts à accepter la critique, mais il y a des limites", se défend le président du conseil de surveillance du groupe, Thierry Peugeot, dans une interview publiée sur Le Figaro.fr.
"Au-delà de ma propre réaction et de celle de ma famille, c'est
tout le groupe qui vit mal ces attaques et qui se sent visé : le conseil
de surveillance, le directoire, l'ensemble du personnel, les
concessionnaires, les actionnaires, les fournisseurs et même nos
clients. Au restaurant d'entreprise, les salariés m'arrêtent, ils sont
choqués, dans l'émotion", assure-t-il. Estimant que le plan de restructuration était "en l'état inacceptable" et devait être "renégocié", François
Hollande s'était montré particulièrement virulent à l'égard de la
direction du groupe lors de son intervention du 14 juillet, accusée d'avoir reporté l'annonce du plan à l'après-présidentielle. "Ce plan était déjà une rumeur il y a quelques mois, la direction de Peugeot a nié qu'elle était dans la réflexion de ce plan", a-t-il dit. "Nous avons un vrai problème sur la stratégie de Peugeot, l'alliance avec General Motors, le comportement de l'actionnaire", a pour sa part déclaré Arnaud Montebourg, le ministre du redressement productif, qui doit recevoir Thierry Peugeot jeudi prochain.
"NOUS AVONS DES VALEURS D'HUMANISME ET DE RESPECT"
"Je comprends que (les suppressions de postes annoncées) puissent choquer au sein de l'entreprise, du gouvernement et dans l'ensemble du pays", a admis Thierry Peugeot. "Nous avons des valeurs d'humanisme et de respect, qui seront appliquées dans la mise en œuvre du plan", a-t-il ajouté. "Il
n'y a pas de dissension au sein de la famille. Il y a l'unanimité
totale. Et le conseil de surveillance a clairement exprimé son soutien à
Philippe Varin, début juin", a-t-il poursuivi.
A propos de dividendes versés aux actionnaires du groupes en 2011 et
plus particulièrement sur les 78 millions d'euros touchés par la
famille, Thierry Peugeot observe qu'"à chaque fois que le groupe a
été en difficulté, il a suspendu le versement de dividendes à ses
actionnaires. Cela a été le cas en 2009 et en 2010, au titre
des exercices précédents. En 2011, l'entreprise a versé des dividendes
car les résultats de l'exercice 2010 étaient bénéficiaires".
Interrogé sur la possibilité d'une OPA sur PSA, dont le cours de
Bourse a fondu, le président du conseil de surveillance répond que "tout est possible". Il ajoute par ailleurs que la famille Peugeot "n'a jamais été contre une alliance" avec un autre constructeur, et se dit "très attaché à son ancrage en France", même si PSA a "fait le choix" de se développer à l'international.
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jeudi 19 juillet 2012
Considérations sur l'art - Breton vs Lévi-Strauss
Suite à la publication de "L'art Magique" d'A. Breton en 1958, postulant en faveur d'une conception transcendantale et universelle de l'art graphique, traversant ainsi les époques et le temps, C. Lévi-Strauss lui répond: "Vous avez, Monsieur, choisi de poser une définition de l'art à un niveau où le sens se dissout". L'ethnologue considérait effectivement de manière différente les arts et les représentations. Selon lui, l'expression artistique est variable en fonction des peuples, ce qui est d'ailleurs identifiable au "style", critères esthétiques, techniques développées, qui sont souvent caractéristiques.
lundi 16 juillet 2012
Pour une nuit d'été
Les étoiles sont myrophores et palpitent
de fièvre.
Blaise Cendrars, Lotiss. ciel, 1949.
Blaise Cendrars, Lotiss. ciel, 1949.
PSA : ce que les dirigeants et le gouvernement n’ont pas fait
Politis, le 13 Juillet 2012.
Après
le plan social d’une ampleur sans précédent pour le groupe PSA, bien des
questions se posent sur les arguments de la direction et l’attitude du
gouvernement.
Tous les moyens ont-ils été utilisés pour éviter le « choc social »
programmé par l’industriel automobile PSA ?
Le président du directoire
de PSA Peugeot Citroën Philippe Varin, dont le groupe a annoncé un plan
de suppression de 8 000 postes en France, invoque des arguments
contestés par les organisations syndicales : les ventes chutent en
raison de la conjoncture et la baisse massive du coût du travail est la
« marge de flexibilité » indispensable pour restaurer la compétitivité
du groupe. Cette dernière étant l’alpha et l’oméga des difficultés
rencontrées par l’industrie française.
De son côté, le gouvernement Ayrault a entre les mains un dossier
dont l’issue était connue depuis 2011. Les organisations syndicales ont
en effet rappelé que le plan de PSA était attendu depuis plusieurs
mois : l’ampleur des suppressions d’emplois, ainsi que l’annonce d’un
arrêt d’ici à 2014 de la production de véhicules sur le site
d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) avait été révélée par la CGT dès
l’année dernière. Or, explique, Jean-Pierre Mercier, délégué syndical central adjoint
du groupe PSA, la direction a omis de présenter certaines décisions
économiques, pourtant lourdes de conséquence sur l’emploi. Pour lui, le
gouvernement a des moyens d’actions pour empêcher ce qui est présenté
par PSA comme inéluctable.
La direction de PSA s’est préparée depuis plusieurs à ce plan
social au motif que la stratégie industrielle a fragilisé le groupe.
Êtes-vous d’accord avec cette analyse ?
Jean-Pierre Mercier : Je suis convaincu qu’il n’y a pas de problème
de stratégie de PSA. Il faut imposer à PSA un rééquilibrage des
productions entre les différentes usines pour que tout le monde
travaille. La motivation de PSA pour fermer l’usine d’Aulnay-sous-Bois
ne se situe pas dans le fait d’avoir mis l’accent sur le diesel et pas
sur les voitures hybrides. C’est très clairement une volonté de la
direction de « rationnaliser l’appareil de production », c’est-à-dire de
fermer l’usine d’Aulnay et de surcharger de travail les usines de
Poissy, Mulhouse et Sochaux. Il s’agit de les faire tourner 24 heures
sur 24, voire sept jours sur sept selon les besoins, pour les faire
monter à 130, 140 % de leur capacité. Comme ça, PSA dégagera encore plus
de bénéfices. La seule motivation de la direction dans cette affaire,
c’est la rentabilité financière !
Le PDG de PSA, Philippe Varin, invoque un effondrement des ventes de véhicules. Qu’en pensez-vous ?
Pour nous, c’est complètement faux. L’argument consiste à dire que
PSA a perdu 240 000 ventes de véhicules entre le premier semestre 2011
et le premier semestre 2012. La direction compare l’année 2012 avec une
année qui est à un niveau record de vente de véhicules, de l’ordre de
3,55 millions, sachant que 2010 a été un record historique avec 3,6
millions de véhicules vendus.
La direction omet de dire que l’État lui a interdit de vendre des
voitures en Iran, une décision politique destinée à suivre l’embargo
économique sur l’Iran [1]. Cela veut dire que la direction s’assoit sur une vente de 200 000 véhicules par semestre !
L’Iran, c’est 457 000 véhicules vendus par an ! C’est le plus gros
marché à l’international pour PSA et c’est le deuxième juste après le
marché français. Comparé à 2011, PSA aurait fait jeu égal en 2012 s’il
n’y avait pas eu cette interdiction. On se rend compte que Philippe
Varin ne met pas en avant cette décision parce qu’il aurait été en
difficulté pour justifier l’injustifiable, c’est-à-dire la suppression
de 8 000 emplois.
Philippe Varin a répété que la France a « le coût du travail le plus cher en Europe » [2]
et insisté sur le fait que 44 % de la production de PSA est en France.
Il faut donc baisser massivement « les charges qui pèsent sur le
travail ». Est-ce une solution ?
C’est un vrai scandale ! Depuis peu, PSA ne paie plus d’impôt…
N’oubliez pas que la taxe professionnelle a été supprimée sous Sarkozy.
Et il ne paie plus d’impôts locaux…
Les dirigeants de PSA ne veulent plus rien payer. Aujourd’hui la
revendication de Philippe Varin est de ne plus payer de cotisations
sociales. Demain, cela sera de ne plus verser de salaire… PSA n’investit
pas dans la recherche, car c’est le crédit impôt recherche, et donc
l’État, qui finance par exemple la recherche sur le moteur hybride. Ces
patrons sont des assistés professionnels !
Or, il y a une stratégie industrielle payante qui a été écartée :
embaucher des jeunes, faire partir les anciens dès 55 ans et augmenter
les salaires. On pouvait aussi maintenir tous les emplois : en l’espace
de 5-6 ans, PSA a supprimé 20 000 emplois en France tout en vendant le
même nombre de véhicules. Cela veut dire que les marges ont explosé. Je
le répète : il n’y a pas eu d’erreur de stratégie. La preuve ? Les
ventes sont au rendez-vous !
Le gouvernement semble dans l’acceptation du plan social de PSA. Pouvait-il agir ?
Quand j’entends le ministre du Redressement productif, Arnaud
Montebourg, dire que le plan social de PSA n’est pas acceptable « en
l’état », ce n’est pas « en l’état » qu’il n’est pas acceptable. Il
n’est pas acceptable du tout ! Comment peut-on autoriser un groupe
multimilliardaire comme PSA à fermer une usine et à licencier 3 000
salariés à Aulnay-sous-Bois et 1 400 salariés à Rennes ! Comment peut-on
autoriser en pleine crise économique ce genre de politique !
On est en droit de demander au gouvernement qu’il intervienne. Qu’on ne
nous dise que l’État ne peut pas intervenir parce que PSA est un groupe
privé ! L’exemple de l’interdiction de vendre des voitures en Iran veut
dire que l’État, par moment, a des possibilités d’intervention pour la
bonne marche d’une entreprise privée. Si l’État est capable d’imposer à
PSA de sacrifier son premier marché international, il doit pouvoir aussi
interdire des licenciements.
Il a des moyens législatifs. Il suffirait que Montebourg dise à PSA :
si vous fermer l’usine d’Aulnay, si vous licenciez les salariés de
Rennes, je rétablis la taxe professionnelle ! En revanche, entrer dans
le capital n’est pas une bonne méthode : cela veut dire de la dépense
publique pour un groupe privé. Or, l’État détient 15 % du capital de
Renault, cela n’a pas empêché les suppressions d’emplois…
Et quand PSA annonce qu’il va réussir à créer 1 500 emplois sur le
site d’Aulnay, alors qu’on sait pertinemment que la Seine-Saint-Denis
détient le record du chômage en France et qu’il n’y a que peu d’emplois
créés dans ce département, nous disons à PSA : vous avez les moyens de
créer 1 500 emplois, faites-le ! Et donnez le boulot à 1 500 chômeurs de
la Seine-Saint-Denis. Nous, on a du boulot, on a de quoi fabriquer la
C3, parce qu’il y en a 450 000 à fabriquer jusqu’en 2016. On garde notre
boulot à Aulnay et donnez le boulot aux chômeurs qui en ont besoin !
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