Par Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité, député au Parlement européen.
L'Humanité lance une
pétition "pour un référendum sur le nouveau traité budgétaire". Pour
le directeur de l'Humanité et député au Parlement européen, "le peuple
doit-il être tenu à l’écart de ce débat crucial qui concerne l’égalité
et la justice, le choix des politiques économiques et sociales, le rejet
de l’austérité comme moyen de sortir de la crise ?"
Rien ne servirait de mettre en place, d’un côté, une commission sur
la démocratisation de la vie politique, en enlevant, de l’autre, aux
parlementaires, jusqu’au droit de décider du budget de la nation et de
la Sécurité sociale. C’est pourtant ce qui se passerait avec
l’acceptation du traité sur la stabilité, la coordination et la
gouvernance dans l’Union économique et monétaire (TSCG). Pire, si la
Commission européenne considère, demain, que l’État ne réduit pas
suffisamment et assez vite ses déficits, un « mécanisme de correction
sera déclenché automatiquement ».
Le 25 juin 1992, le Conseil constitutionnel, chargé de donner un avis
sur la compatibilité du traité de Maastricht avec la Constitution
française, avait conclu à la nécessité d’une révision constitutionnelle
car le traité « portait atteinte aux conditions essentielles d’exercice
de la souveraineté nationale ». Ce raisonnement est encore plus vrai
aujourd’hui. La combinaison du traité d’austérité budgétaire et de deux
règlements (le Two-Pack) en cours d’adoption entre le Conseil et le
Parlement européen constitue non seulement un recul de la souveraineté
nationale, mais aussi une perte sans précédent de la souveraineté
populaire. Car ce ne serait plus les représentants élus directement par
le peuple qui décideraient des choix budgétaires ainsi que des
orientations économiques et sociales, mais la Commission de Bruxelles et
le Conseil, en dernier ressort.
La chose est si sérieuse que le président de la République a déféré,
le 12 juillet dernier, le texte du traité pour avis au Conseil
constitutionnel. Il s’est toujours dit opposé à « l’inscription de
l’obligation d’équilibre budgétaire dans la Constitution ». Mais aucun
tour de passe-passe ne peut effacer que l’application du traité oblige
de facto à une « règle d’équilibre budgétaire », « au moyen de
dispositions contraignantes, permanentes et de préférence
constitutionnelles ». En dernier ressort, c’est la Cour de justice
européenne qui jugera de la validité des choix juridiques décidés par
les États. Qu’on le veuille ou non, cela s’appelle la « règle d’or »,
que prétendait refuser le candidat socialiste en campagne. Faire voter
une loi organique, c’est-à-dire de portée supérieure à toutes les
autres, ne viserait qu’à cacher le fait qu’on ne l’inscrive pas
directement dans la Constitution. Mais cela reviendrait au même puisque
la loi organique est une loi complétant la Constitution.
Le souverain est le peuple. Doit-il être tenu à l’écart de ce débat
crucial qui concerne l’égalité et la justice, le choix des politiques
économiques et sociales, le rejet de l’austérité comme moyen de sortir
de la crise ? Les principes démocratiques fondamentaux conduisent à
répondre non. Dans ces conditions, un débat public doit avoir lieu sur
ce traité et le rôle de la France dans l’action pour changer l’Europe.
Ce débat doit être sanctionné par une consultation populaire sur
l’acceptation ou non du traité austéritaire. L’enjeu est crucial. Au
moment où l’expérience montre dramatiquement que les précédents traités
conduisent l’Europe et les peuples à se fracasser contre le mur de
l’argent et les enfoncent toujours plus dans la crise, la confrontation
publique est indispensable. La démocratie doit être restaurée, les
parlements respectés. Il en va de la possibilité ou pas de mener une
politique de gauche quand la majorité des électeurs la choisissent.
On ne peut à la fois défendre la nécessité de la démocratisation de
l’Union européenne et faire ratifier un tel traité sans débat public et
sans consulter les citoyens. La question ne serait pas de se prononcer
« pour ou contre » l’Europe, mais, au contraire, elle porterait sur les
orientations politiques, sociales, écologiques, culturelles, de la
construction européenne afin de redonner un nouveau sens à une Union
qui, telle qu’elle est, conduit les populations du continent à se
détourner d’elle.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire