dimanche 29 juin 2008

Epicure

Epicure (341-271)
L'oeuvre d'Epicure domine l'histoire du matérialisme antique. Peut-être vaut-il la peine de rompre avec l'ordre de la chronologie pour dresser le bilan de cette oeuvre capitale... Epicure naquit en 341. Son père Néoclès, du vieux clan athénien des Philaïdes, avait émigré à Samos, que les Athéniens avaient colonisée: il y vivait pauvrement sur une ferme coloniale, et faisait le maître d'école. Quand il eut quatorze ans, Epicure alla faire ses études dans l'île voisine de Téos, où Nausiphane professait les mathématiques et la physique ioniennes: c'est sans doute là qu'il connut les idées de Démocrite. A dix-huit ans, il se rendit pour la première fois à Athènes pour accomplir son année de service militaire. Xénophane dirigeait alors l'Académie de Platon. Aristote vivait à Chalcis.


L'année suivante, Perdiccas de Thrace attaqua Samos et en chassa les colons athéniens. Néoclès vint habiter Colophon. On lit dans Gilbert Murray un tableau vraisemblable de ces années de la jeunesse d'Epicure:


Les années qui viennent de s'écouler nous ont appris qu'il y a peu de formes de la misère plus dures que celles qu'endure une famille de réfugiés, et il y a peu d'apparences qu'elles aient été plus faciles dans l'antiquité. Epicure, semble-t-il, édifia sa philosophie tandis qu'il aidait ses parents et ses frères à passer ce mauvais moment. Le problème était de rendre supportable la vie de la petite colonie et en somme il le résolut. Ce n'était point le genre de problème que le stoïcisme et les grandes religions abordaient spécialement: c'était à la fois un problème trop terre à terre et trop pratique. On peut aisément imaginer les conditions auxquelles devaient s'appliquer ses préceptes. Les malheureux réfugiés qui l'entouraient se torturaient de terreurs inutiles. Les Thraces les poursuivaient. Les Dieux les haïssaient: il fallait qu'ils eussent commis quelque péché qui mérite châtiment. Il aurait mieux valu mourir immédiatement, mais ce péché leur aurait infligé les plus dures souffrances par-delà la tombe. Dans leur détresse, ils s'énervaient mutuellement, et cette amertume réciproque doublait leur misères*...


En 310, Epicure quitta Colophon et fonda une école de philosophie à Mytilène. Mas il alla bientôt s'établir à Lampsaque, sur la mer de Marmara. Les disciples affluaient; il y avait parmi eux des hommes importants, commeLéontéus et Idoménée. Ces amis d'Epicure pensèrent qu'un tel maître devait enseigner dans la capitale de la philosophie et ils achetèrent pour lui, à Athènes, une maion et un jardin et les lui offrirent. Epicure revint donc à Athènes en 306. Il s'y mêla quelque temps au mouvement philosophique, mais il s'en dégoûta promptement, et s'en éloigna. Il demeura tout le reste de sa vie, malgré les angoisses de l'époque, dans le célèbre jardin qui porta son nom à l'école. Il nefit guère que quelques courts voyages à Lampsaque et dans le voisinage. Mais ses disciples d'Asie le rejoignirent, d'autres élèves se joignirent à eux: il y avait là des philosophes comme Métrodore, Colotès, Hermarque, Léontéus, Idioménée, des esclaves comme Mys, des filles, comme Léontion, Nikidon, Mammarion.


Epicure mourut de la pierre, après quatorze jours de souffrances qu'il supporta comme il convenait à sa philosophie. Diogène Laërce raconte ainsi sa mort:

Se sentant mourir, il se fit mettre dans un baignoire de bronze remplie d'eau chaude et demanda une coupe de vin pur qu'il vida. Ayant adjuré ses disciples de se rappeler ses leçons, il expira. J'ai composé sur lui l'épigramme suivante:

Adieu, rappelez-vous mes leçons. Ainsi parla à sa mort Epicure.

Ce furent les derniers mots qu'il dit à ses amis.

Il se fit mettre dans un bain chaud, un gobelet de vin demanda;

Il le but et bientôt aspira les souffles glacés de Hadès.

Telles furent la vie et la mort d'Epicure*.


*MURRAY Gilbert, 1935, Five stages of Greek religion, London: Watts & Cie.

*LAERCE Diogène, X, 15, 16


NIZAN Paul, 1938, Les Matérialistes de l'antiquité, Paris: Maspero.

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